Gouache originale signée représentant le monogramme de Wilhelm de Kostrowitzky [Apollinaire]
LE MONOGRAMME D’APOLLINAIRE
Gouache originale (91 x 120mm) de différentes couleurs
INSCRIPTION au verso, à l’encre rouge, de la main de Charles Tamburini : “1894. Tamburini. Monogramme de Wilhelm”
PROVENANCE : archives de Guillaume Apollinaire -- puis sa femme, Jacqueline Apollinaire (1891-1967), qui les conserva jusqu’à sa mort dans leur appartement au 6e étage du 202 boulevard Saint-Germain (Paris, 31 mars 2011, lot 43)
Ce monogramme fut dessiné et peint par Charles Tamburini, camarade de classe d’Apollinaire et René Dalize au collège Saint-Charles de Nice, en 1894. Apollinaire âgé de quatorze ans était alors en troisième. On y distingue le “W” de Wilhelm en rouge et gris, encadrant cinq autres lettres. Charles Tamburini peignait des petits soldats à l’aquarelle sur des cartes de visite qu’il pliait en deux pour tenir debout. Des batailles de boulettes de papier projetées par des élastiques sur les armées de carton occupaient les élèves de fond de classe. Charles Tamburini est dédicataire d’un poème d’Apollinaire de la même époque, Pan est mort.
La question des origines et de la nationalité d’Apollinaire, enfant naturel, fils d’une mère courtisane, a toujours été problématique. L’invention de ce chiffre (ou monogramme) rappelle bien cette préoccupation qui le tint toute sa vie :
“Un jour
Un jour je m’attendais moi-même
Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes
Pour que je sache enfin celui-là que je suis”
(Cortège)
En Apollinaire se mêlent une ascendance aristocratique réelle par sa mère et les difficultés d’être né d’un père inconnu. Apollinaire n’aura de cesse de rétablir son identité quitte à s’inventer des lignées prestigieuses (fils de pape, d’officier russe, polonais, italien etc.)
“Ton père fut un sphinx et ta mère une nuit” (Le Larron).
Seule la poésie, en définitive, lui permettra de se réinventer, ne serait-ce que par le choix de son pseudonyme. On sait à quel point, après avoir été calomnié par la presse xénophobe, suite au vol de la Joconde (août 1911), il tint à obtenir la nationalité française. Il fut finalement naturalisé français le 14 mars 1916, trois jours avant d’être blessé. Ce monogramme s’inscrit donc au plus profond d’une question identitaire essentielle et ancienne chez Guillaume Apollinaire. Il existe par ailleurs un blason réel des Kostrowitzsky (reproduit dans l’album de la Pléiade, 1971, p. 11).
Laurence Campa, Guillaume Apollinaire, Paris, Paris, 2013, pp. 35 et 37
