Lettre imprimée adressée à Frantz-Jourdain
LA SAVOUREUSE INSOLENCE DADA : L’HISTOIRE DU TROUSSE-PIPI
ÉDITION ORIGINALE. 1 f. in-4 (275 x 210 mm).
TRANSCRIPTION :
“Paris, le 16 décembre 1919,
Monsieur,
Vos pirouettes de vieil homme politique ne m’intimident pas. Je ne comprends pas pourquoi le fait d’être passé deux fois dans votre bureau en vous demandant non un service mais un conseil, peut lier mon opinion à votre sujet et à celui du Salon des “Camarades”. Il y’a plus de dix ans de cela ; je n’avais pas l’expérience des hommes. Je ne vous connaissais pas. Je vous connais maintenant.
On m’a accusé d’avoir manqué de dignité en n’ayant pas donné ma démission de sociétaire avant d’avoir écrit l’article incriminé. Je ne suis pas comme M. DESVALLIERES, un chevalier et n’ai rien à faire avec les recettes de chevalerie.
Je vous écris pour vous confirmer que je ne donne pas ma démission.
S’il plaît à M. Maurice Denis de donner la sienne, il peut le faire avec autant moins de risques que son lit est fait à la Nationale, et son fauteuil roulant tout près de l’Institut. Seuls M. VAUXELLES et le PAPE verseront des larmes conjuguées.
J’ajoute que si vous me radiez, la question sera portée devant l’Assemblée générale.
En vous remerciant, Monsieur, d’avoir mis votre talent de lecteur au service de mon article devant les victimes elles-mêmes, ce dont elles doivent vous être reconnaissantes, je regrette de ne pouvoir, pour vos frais de déplacement, vous envoyer une mèche de mes cheveux. Chacun met son bien là où il peut : vous sur le crâne, moi en dessous.
Bonjour, Monsieur.”
En 1922, Georges Ribemont-Dessaignes déclenche un mini-scandale au Salon d'Automne en tentant d'y exposer une toile au titre volontairement provocateur : Le Trousse-Pipi. Malgré son statut de sociétaire qui aurait dû lui garantir une place d'office, les organisateurs, outrés par cette "insulte à l'art", refusent d'accrocher l'œuvre. Cette censure n'était pas un échec pour l'artiste, mais une victoire stratégique typiquement Dada : en forçant l'institution à rejeter son travail pour indécence, Ribemont-Dessaignes réussissait à démontrer le caractère réactionnaire et bourgeois des salons officiels, tout en s'offrant une publicité tapageuse au moment même où le mouvement cherchait ses derniers éclats.
