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Lettre autographe signée à Sylvain Itkine
LETTRE DE DÉSESPOIR : L’ARTISTE ROUMAIN SAUVE SA FEMME, JACQUELINE ABRAHAM ET SE CACHENT DANS LES ALPES.
“LA BATAILLE POUR LA VIE EST DEVENU DUR”
2 pp. in-8, encre violette, papier fin, recto verso, enveloppe manuscrite
[Orthographe non, modifiée]
“Mon cher Sylvain, j’ai reçu ta lettre et merci pour tes paroles encourageantes. Il est vrai qu’il faut une patience de géant dans ces moment, et qu’actuellement la vie ne nous réserve que très peut d’instant pour notre inspiration, qui elle-même souffre d’une asphyxie inévitable et grandissante, que les surprises journalières apporte.
Ma femme est enfin arriver après d’innombrables péripéties dans un état de complète lassitude et fatigue morale et physique et vraiment incroyablement incapable de poursuivre ce lutte. Il faut absolument qu’elle soit loin de tout et capable de se remettre, je dois probablement pour le moment me consacrer tous à son rétablissement. C’est pour ça qu’il me faut naturellement, comme pour changer, de l’argent, qui est la seule clef mystérieuse qui ouvre toutes les portes du bonheur etc.
Vraiment je ne l’ai pas vu depuis 2 ans, et son état est d’une nervosité amnésique qui surpasse tout ce que l’on peut écrire, je suis désespérer et je ne peut pas la laisser dans cet état. Je t’écris à toi, mon ami, qui connais toutes mes souffrances et qu’un jour je verrai pour t’expliquer tous ça en détail.
Il faut alors, que je m’installe de nouveau quelque part et cette fois-ci, comme tu l’écris, essentiellement, à bon manger.
Je vais louer ici une maison, je vais l’arranger pour y passer l’hiver, que me conseille-tu ? C’est encore ici que la vie est meilleur marché qu’à Marseille et puis qu’on peut trouver un peut de choses à manger.
Ma femme, avec qui je ne suis pas marier (je t’écris ca parce que ça aussi créé des complications) et qui est la cousine de Marcel Abraham, qu’elle a vu à Toulon en lui demandant éventuellement du travail lui a parler de toi : ignorant que nous sommes des bons amis (c’est vrai, n’est-ce pas ?)
Mais elle est incapable de travailler, et puis faire quoi ? Je voudrai la garder avec moi, pour qu’elle ce remet, je lui dois énormément pour tout ce qu’elle a fait pour moi etc..
Mon cher Sylvain, la bataille de la vie est devenu dur, que vois-tu pour moi ? Pourrai-je encore vendre quelque chose. J’ai fait ces quatre nouvelles toiles que je pourrai toujours descendre à Marseille et qui me paraisse assez sensationnelles.
Je compte beaucoup sur mon exposition, avec les tableaux que Laurette a emporter au Mexique, aux États-Unis, mais je n’ai aucune nouvelle depuis la fin avril, c’est-à-dire la dernière lettre a était envoyer le 27 avril, après le Mexique a déclaré la guerre.
Je pense par exemple si Rougeol voudrai m’acheter un tableaux alors avec cette nouvelle collaboration entre lui et moi, c’est certain que mon tableau ce “fortifiera”avec le temps, je pourrai continuer. Comme je t’encombre, et toi, qui as tellement de souci de ton côté, mais par ailleurs il n’y a rien, je suis donc obliger de me retourner toujours vers toi.
Du côté comité je crois que d’une manière ou d’une autre c’est fini.
Une exposition ? Je ne crois pas non-plus favorable, il faudrai que je trouve des gens pour leur vendre mes tableaux. C’est le seul moyen de s’en tirer, surtout que maintenant mes charges deviennent grandes.
Tu vois par ailleur que mon état d’esprit n’est pas pour le plus stimulant du côté de la création et des tableaux mais une fois liquider ces choses là je reprendrai ma peinture avec une soif plus énormes encore que ces éponges oublier longtemps sur le sable au soleil.
Mon très cher, reçois mon affection et mes souhaits de vacances tranquilles avec Robine à qui j’envoie aussi mes hommages
Victor"
PROVENANCE : de l'ancienne collection de Reine Caulet-Colbert (selon la correspondance établie par l'INHA)
Jacqueline Brauner, née Abraham, était la cousine germaine de Marcel Abraham (1898-1955), directeur de cabinet de Jean Zay sous le Front Populaire. Tous se cachent en Provence et dans les Alpes. Durant l'hiver 1941, Sylvain Itkine participa aux jeux surréalistes à Marseille et joua le rôle de commissaire-priseur dans une vente aux enchères à la villa Bel-Air dont les lots étaient des toiles peintes par des membres du groupe. Cet acte de résistance culturelle auquel participa Victor Brauner notamment, visait à affirmer la liberté d'expression malgré la guerre.
Victor Brauner, écrits et correspondances 1938-1948, Lettre à Sylvain Itkine, [24] juillet 1942, Brauner XII., p. 200, INHA, 2005