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[MICHEL-ANGE]. SCULTORI, Adamo, dit Ghisi le Mantouan

[Peintures de la Chapelle Sixtine]. Michael Angelus Bonarotus pinxit. Adam Sculptor Mantuanus incidit

[Rome], 1550

LA PREMIÈRE REPRÉSENTATION COMPLÈTE DES FRESQUES DE LA CHAPELLE SIXTINE, COMMANDÉES PAR LE CARDINAL DE GRANVELLE.

RARE EXEMPLAIRE EN RELIURE ANCIENNE, AUX ARMES DE LOUIS-URBAIN LEFÈVRE DE CAUMARTIN, PROTECTEUR DU JEUNE VOLTAIRE.

LES EXEMPLAIRES DU GETTY ET DE LA BNF SONT INCOMPLETS. CELUI DE LA BRITISH LIBRARY EST DANS UNE ÉDITION DATÉE DE 1612

ÉDITION ORIGINALE

In-4 (195 x 143mm)
ILLUSTRATION : 73 planches gravées (numérotées 1 à 72, plus le titre)

RELIURE DU DÉBUT DU XVIIIe SIÈCLE. Veau marbré, décor doré, armes au centre des plats, dos à nerfs orné, tranches dorées sur marbrures
PROVENANCE : Louis Urbain Lefèvre de Caumartin (armes sur les plats, ex-libris armorié du château de Saint-Ange ; Olivier, Hermal, de Roton, 651) -- Enrique Piñeyro (1839-1911, homme de lettres cubain ; ex-libris et cachet) -- Mme Daulnoy (Paris, 1930, I, n° 428)

Quelques mouillures marginales aux derniers feuillets

Cette suite de gravures constitue la première représentation complète des fresques de la chapelle Sixitine. Elle est quasiment contemporaine de la réalisation, par Michel-Ange, du Jugement Dernier.

À la fin des années 1540, le cardinal de Granvelle commanda à Giovanni Battista Scultori, originaire de Mantoue, un ensemble de dessins de la chapelle Sixtine. Scultori envoya cinquante-neuf esquisses de la “capella del Papa” au mécène collectionneur, en y incluant une gravure de son fils, Adamo Scultori, dans l'espoir de lui obtenir un parrainage. Granvelle renvoya les dessins (ils sont aujourd’hui conservés à la Biblioteca Nacional à Madrid). Scultori fils (que Vasari confond avec son maître, Giorgio Ghisi) les corrigea, les compléta et grava cet ensemble de soixante-douze planches.

“Cette série occupe une place élevée dans l'histoire de la représentation des fresques de Michel-Ange, car, à l'exception de seulement quelques personnages centraux, elle constitue la première reproduction complète – et la seule jusqu'aux années 1700 – de tous les personnages sur le plafond” (A. Moltedo, p. 95).

La suite dévoile l’état primitif des fresques de la chapelle Sixtine. Des personnages y figurent qui seront supprimés par Michel-Ange en 1535, par exemple le Prophète Jonas et ses disciples, pour faire place au Jugement Dernier (nos. 62-65).

Les Scultori, père et fils, choisirent en outre de montrer les personnages à part entière. Chaque gravure correspond à un personnage biblique, et non pas à une vue d’ensemble. Ce choix de représenter dans le détail cette fresque monumentale est mis en œuvre, pour la première fois, dans ce recueil de gravures. L’éloignement de la fresque, d’une hauteur de vingt mètres, est dès lors réduit à la distance d’un livre que l’on tient dans la main.

La datation de l’édition originale est difficile à déterminer. Selon Bartsch et Bellini, l’édition originale se différencie des trois suivantes par son nombre de planches : elle possède soixante-douze planches plus le titre, alors que les suivantes (publiées par G.B. de Rossi) ont une planche supplémentaire. Selon Alida Moltedo, la planche supplémentaire a été gravée en même temps que les soixante-douze premières de l’édition originale. Alida Moltedo s’appuie sur l’existence d’un exemplaire aux planches inversées, réalisé par une main anonyme, mais daté de 1552. On sait au moins qu’Adamo Scultori réalisa cette suite avant 1552, et non tardivement comme le suggérait Bellini. Le Metropolitan Museum of Art possède deux exemplaires, avec soixante-douze et soixante-treize planches. L’exemplaire du Getty (NE662.S38 A65 1580) n’a plus de page de titre. Cinq autres exemplaires sont conservés dans des bibliothèques américaines : à la New York Public Library, à Buffalo, à Lake Forest College et à Princeton, et au Museum of Fine Arts de Boston.

L’exemplaire de la Bibliothèque nationale de France (FRBNF44258729) est incomplet de cinq planches. L’exemplaire du British Museum est daté de 1612.

La suite sera publiée jusqu’à la moitié du XVIIe siècle. L’édition originale est rare. Seul cet exemplaire a été proposé à la vente depuis plus de trente ans. La très grande majorité des bibliothèque publiques possède une édition tardive.

Louis Urbain Lefèvre de Caumartin (1653-1720), dit “le Grand Caumartin”, marquis de Saint-Ange, est né à Châlons-sur-Marne. Son éducation fut confiée à Esprit Fléchier, futur évêque de Nîmes. Lefèvre de Caumartin fut successivement conseiller au Parlement, maître des requêtes, intendant des finances puis conseiller d’État sous le règne de Louis XIV. Il épousa, en 1680, Marie-Jeanne Quentin de Richebourg, l’amie de Madame de Sévigné. Il avait rassemblé une riche bibliothèque dans son château de Saint-Ange. Celle-ci ne comptait pas moins de 3.300 volumes dont les papiers et le manuscrit des "Mémoires" du Cardinal de Retz qui serviront à leur publication.

Lefèvre de Caumartin recueillit le jeune Voltaire à Saint-Ange au sortir de la prison de Châtelet, où son insolence l'avait conduit. Voltaire commença la rédaction de La Henriade dans la bibliothèque du château, aidé de l'immense mémoire de son hôte. Il écrivit, à propos de Lefèvre de Caumartin, le plaisir qu’il eut à l’écouter :

« Caumartin porte en son cerveau
De son temps l’histoire vivante ;
Caumartin est toujours nouveau
À mon oreille qu’il enchante »

Un banc de grès, à l'entrée du château, porte encore le nom de Voltaire.

BIBLIOGRAPHIE : 

J. C. Brunet, Manuel du libraire, I, 1393 (indique par erreur un portrait mais qui n’appartient pas à l’édition) -- Bartsch, XV, 426 (nos 27-98) -- Alida Moltedo, "Michelangelo e le stampe del suo tempo" in La Sistina riprodotta. Gli affreschi di Michelangelo dalle stampe del Cinquecento alle campagne fotografiche Anderson, Rome, 1991, pp. 17-30 -- manque au Katalog der Ornamentstichsammlung, Berlin (qui répertorie un autre ouvrage contenant des planches par Ghisi)