-10% pour tout achat sur le site
13 000 €/$14,000
Acheter
Estimation d'un livre ou d'un manuscrit
CHOISEUL-GOUFFIER, Marie-Gabriel-Florent-Auguste, comte de

Voyage pittoresque de la Grèce

Paris, (Tillard), puis Blaise l'aîné, 1782-1809-1822 (1824)

ORIENTALISME ET NÉO-CLASSICISME : LE LIVRE QUI FIT DÉCOUVRIR LA GRÈCE ANCIENNE À L’EUROPE.

EXEMPLAIRE EN BELLE CONDITION DANS SES JOLIES RELIURES CONTEMPORAINES À DOS DE MAROQUIN. IL EST ENTIÈREMENT NON ROGNÉ

ÉDITIONS ORIGINALES

2 tomes en 3 vol. in-folio (535 x 352mm)

COLLATION et ILLUSTRATION : (vol. I) : (4 ff.), xii, 204 pp., 2 grandes cartes sur double page de la Grèce moderne et de la Grèce ancienne, 126 figures numérotées 1-126 dont quelques cartes, avec la planche 110 en premier état portant le titre Tournoi-turc ; (vol. 2) : (4 ff.), 346 pp., 34 figures numérotées 1 à 33 dont 1 dépliante, avec la planche 8bis ; (vol. 3) : portrait de l’auteur, (2 ff.), 1 f. feuillet d'avertissement rédigé par le libraire Blaise à l'achèvement de l'ouvrage, 12 pp. contenant la Notice sur la vie et les ouvrages de M. le comte de Choiseul-Gouffier par Bon-Joseph Dacier suivie des articles nécrolo_giques publiés à la mort de Choiseul-Gouffier et de la Table générale des planches des trois volumes, pp. 347-518, 124 figures numérotées de 34 à 157 avec un bis pour la planche 76 et le grand plan d’Istanbul dépliant

L'illustration, principalement due aux talents de Moreau le jeune, A. de Saint-Aubin, Choffard, Huet, Monnet, le célèbre Louis-Sébastien-François Fauvel comprend au final 285 figures sur 168 planches, en partie à double page ou parfois repliées, montrant des cartes, des plans, des relevés, des sites et des costumes, etc. Il y a aussi 22 en-têtes et culs-de-lampe, deux grandes cartes dépliantes, 3 titres gravés et un portrait de l'auteur gravé au burin par M.-F. Dien d'après Boilly

RELIURES UNIFORMES VERS 1825. Dos lisses dorés et coins de maroquin rouge à grain long, plats de papier maroquiné rouge

Quelques piqûres, les marges de quelques rares planches légèrement roussies, manque de papier marginal à la p. 12, planche 119 mal reliée à la suite de la planche 116, planche 125 mal chiffrée 126. Quelques rares feuillets légèrement brunis au vol. 2. et au vol. 3

Archéologue passionné et raffiné, Marie-Gabriel,comte de Choiseul-Gouffier (1752-1857) fut le dernier ambassadeur de la monarchie française auprès de la Sublime Porte. Il avait été nommé en 1784. Refusant de rentrer en France lors de la Révolution, il s’opposa pendant à un an à l’entrée en fonction de son successeur. Sa tête fut mise à prix par la République et ses collections détruites par les Jacobins. Il dut chercher refuge en Russie auprès de sa vieille adversaire Catherine II. Paul Ier de Russie le nomma ensuite directeur de l'Académie des Beaux-Arts et de la Bibliothèque impériale, puis Talleyrand s'entremit pour favoriser son retour en France en 1802.

Talleyrand, rencontré au Collège d’Harcourt, avait été le cher ami des beaux jours de l’Ancien Régime. “Monsieur de Choiseul est l’homme que j’ai le plus aimé” écrit Talleyrand dans ses Mémoires. Ils avaient tous deux partagé nombre d’intrigues de cour. Mais c’est dans l’entourage de son cousin le duc de Choiseul que le talentueux Choiseul-Gouffier, bon dessinateur et bon cartographe, avait appris la Grèce auprès de l’abbé Barthélémy, l’un des piliers de Chanteloup, célèbre château de Touraine où le duc avait été exilé. D’avril 1776 à janvier 1777, Choiseul-Gouffier naviguera sur l’Atalante, frégate dirigée par un marin prestigieux, le marquis de Chabert, chargé d’une mission scientifique :

“Choiseul-Gouffier, comme il sied pour un voyage à prétention scientifique, ne part pas seulement en compagnie de son valet de chambre, le fidèle Chartier : il est accompagné d’un secrétaire, l’ingénieur F. Kauffer ; d’un architecte sorti de la nouvelle École des Ponts et Chaussées, J. Foucherot ; d’un dessinateur, Jean-Baptiste Hilair, qui le secondera jusqu’à la fin de sa vie” (B. Holtzmann)

Au Grand Tour des jeunes seigneurs anglais, Choiseul-Gouffier avait préféré la découverte inédite du Levant. Il en rapportera une vision philhellénique originale puisqu’il envisagera la création d’une Grèce indépendante dans la presqu’île de Morée placée sous protection russe. La publication du premier volume lui valut d’entrer à l’Académie. En 1784, il fut nommé ambassadeur à la Sublime Porte d’où il commença une célèbre collection d’antiques qui fit de lui l’égal de Lord Elgin. Choiseul-Gouffier devait mourir en 1817 avant que la troisième partie de son œuvre, dont la deuxième avait paru en 1809, ne voie le jour. Ces deux derniers volumes offraient un contenu novateur. Celui de 1809 traitait de la Troade et de l’Asie mineure encore peu connus à l’époque tandis que le dernier volume présentait la Turquie sous un nouveau jour, de longs passages étant consacrés aux Dardanelles et à Istanbul.

Exemplaire de choix comportant le premier volume en second tirage. On y trouve le Discours préliminaire en douze pages finissant à la 22e ligne. Rédigé par Choiseul-Gouffier en collaboration avec Chamfort, le contenu très philhellénique et anti-turc de ce Discours avait dû en effet être édulcoré après la nomination de Choiseul-Gouffier à l'ambassade de Constantinople. On remarque aussi la planche 50. Elle représente la bataille de Tchesmé gagnée le 6 juillet 1770 par la flotte russe du comte Alexiei Grigorievitch Orlov (1737-1807) contre une flotte turque nettement supérieure en nombre. C'est la plus grande défaite subie par l'empire ottoman depuis la bataille de Lépante. La marine russe était désormais maîtresse de la mer Égée, où elle resta pendant cinq ans. Cette victoire russe, le même jour que celle de Larga et deux semaines avant celle de Kagul, mettra Catherine II en position de force pour les négociations de paix mettant fin à la guerre russo-turque.

BIBLIOGRAPHIE : Blackmer 342 -- F. Barbier, Le Rêve grec de Monsieur de Choiseul. Les voyages d’un Européen des Lumières, Paris, 2010 -- J.-C. Brunet, Manuel du libraire, I, col. 1847 : “Le premier volume de cet ouvrage, à l’époque où il parut pour la première fois, était incontestablement, sous le rapport de la gravure, la plus belle production en ce genre qu’on eût encore vue ; aussi eut-il beaucoup de succès.” -- Cohen-de Ricci, Guide de l’amateur de livres à gravures du XVIIIe siècle, col. 238