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REDOUTÉ, Pierre-Joseph

Les Roses peintes par P.-J. Redouté, décrites par C.A. Thory

Paris, Panckoucke, 1824-1826

UN DES DEUX LIVRES AUJOURD’HUI CONNUS PROVENANT DE LA BIBLIOTHÈQUE DE CHATEAUBRIAND. IL EST RELIÉ À SES ARMES, SURMONTÉES DE SA COURONNE DE VICOMTE.

EXTRAORDINAIRE TÉMOIN D’UNE BIBLIOTHÈQUE PERDUE.

CET EXEMPLAIRE EST CITÉ DANS L’INVENTAIRE APRÈS DÉCÈS DE LA RUE DU BAC DRESSÉ LE 20 SEPTEMBRE 1848

Première édition in-8 (245 x 165mm)

TIRAGE : un des quelques exemplaires sur papier vélin
ILLUSTRATION : 160 planches de roses gravées à l’eau-forte, dessinées par Redouté, et coloriées “sous les yeux de M. Redouté”. Pour cette édition, “les dessins ont été gravés de nouveau et réduits du format in-folio au format in-8” (avertissement)
RELIURE DE L’ÉPOQUE SIGNÉE DE BIBOLET. Dos à nerfs orné et coins de maroquin rouge, armes en queue du dos, plats de papier rouge. Bibolet, élève de Simier, exerça de 1826 à 1847, soit, principalement sous la Monarchie de Juillet
PROVENANCE : François-René, vicomte de Chateaubriand (armes en queue du dos, surmontées d’une couronne de vicomte puisque François-René fut fait vicomte le 31 août 1817)

À la différence de Montaigne, de Montesquieu, de Racine ou de tant d’autres écrivains, l’absence de marque de provenance sur les livres ayant appartenu à Chateaubriand empêche à jamais de les retrouver :

“on déplorera peut-être que Chateaubriand n’ait pas eu, comme un Montaigne ou un Racine, accoutumé d’inscrire son nom au frontispice de ses livres, en sorte qu’il faut à jamais renoncer à l’espoir de retrouver quelque jour des hôtes dispersés du petit pavillon de la Vallée.” (Marcel Duchemin, p. 18).

Il existe pourtant deux témoignages, à trente ans d’écart, de ce que furent ces bibliothèques : le catalogue de vente de la Vallée-aux-Loups, en 1817, et l’Inventaire après décès de la rue du Bac, en 1848. Les descriptions succinctes des deux documents, l’un imprimé et connu à un seul exemplaire (BnF) et l’autre manuscrit, ne permettent pas d’identifier les livres. Ils donnent un indice sur les lectures de l’auteur des Mémoires d’outre-tombe, ils ne désignent pas des exemplaires particuliers mais des multiples. Il est donc impossible d’identifier les précieux exemplaires ayant un jour été pris en mains par Chateaubriand.

Deux livres font exception, cet exemplaire des Roses de Redouté, l’un des rares livres connus ayant appartenu à Chateaubriand, bien mentionné dans l’inventaire de 1848, et l’Office de Sainte Geneviève.

La Vallée-aux-Loups.

À la suite de la publication de De la Monarchie selon la Charte (1816), Chateaubriand, rayé par ordonnance royale de la liste des Ministres d’État, est réduit, pour vivre, à son seul traitement de Pair de France. En 1817, il se voit contraint d’aliéner sa “chaumière” de la Vallée-aux-Loups acquise en 1807. Chateaubriand se sépare d’abord de sa bibliothèque : “je vendis, pour avoir du pain, la Vallée-aux-Loups et mes pauvres livres qui m’avaient servi à créer ma petite fortune quand je m’en inspirais pour mes œuvres littéraires” (cité par Marcellus, p. 241). La vente de la bibliothèque eut lieu le 28 avril 1817. Sainte-Beuve prétend que, la séparation consommée, Chateaubriand “se vantait de ne plus avoir de bibliothèque”. C’est un peu ce qu’il écrivit à la duchesse de Duras : “la bibliothèque est vendue… ainsi me voilà bien dépouillé : comme Job, je suis venu au monde nu ; et je m’en irai nu” (lettre du 5 mai 1817).

Cette bibliothèque de la Vallée-aux-Loups était située dans un cabinet de travail à part de la maison, sorte de pavillon en forme de tour dans le jardin, du nom de Velleda, qui existe toujours. Ce détail souligne l’importance que Chateaubriand accordait à ses livres. Vingt ans plus tard, rue du Bac, c’est son appartement tout entier qui sera transformé en une sorte de cellule de moine, loin des divertissements extérieurs.

Le catalogue de vente de la bibliothèque de la Vallée-aux-Loups comprend 398 ouvrages rassemblant quelque 1172 volumes, sans compter beaucoup d’éditions courantes vendues par lots au commencement et à la fin de chaque vacation. Un certain nombre d’ouvrages précieux de la Vallée-aux-Loups provenait du legs de Pauline de Beaumont. Ils sont luxueusement reliés. Aucune marque de provenance n’est cependant mentionnée :

“on peut affirmer sans grand risque d’erreur que, si les livres de Pauline de Beaumont sont bien, comme il est probable, venus former le premier fonds de la bibliothèque de la Vallée, c’est surtout la section des Belles-Lettres qu’ils ont enrichie. À l’exception peut-être aussi d’un petit nombre de volumes recueillis en 1804 de la pauvre succession de Lucile, on doit admettre que, dans l’ensemble, la bibliothèque de la Vallée représente l’effort personnel de Chateaubriand prolongé depuis son retour d’émigration en 1800 jusqu’en 1817 en vue de se procurer au fur et à mesure de ses besoins les éléments indispensables à l’élaboration patiente et consciencieuse de son œuvre. Car c’est bien là le caractère essentiel de la “librairie” de Chateaubriand : elle est avant tout un instrument de travail (nous soulignons). Ses volumes sont généralement reliés en veau fauve ou marbré. Les exemplaires provenant de Pauline de Beaumont étaient au contraire, généralement reliés en maroquin rouge” (Marcel Duchemin).

La rue du Bac.

Chateaubriand vécut au 112 (maintenant 120) rue du Bac les dix dernières années de sa vie, de 1838 à 1848. Jacques-Alain de Sédouy décrit cet univers :

“la dernière installation des Chateaubriand, 120, rue du Bac, est dans un des deux hôtels édifiés à la fin du XVIIe siècle, pour les évêques des Missions étrangères dont les bâtiments s'élèvent à côté. Céleste et son mari y occupent l'appartement du rez-de-chaussée qui donne sur un jardin se prolongeant par celui des Missions étrangères. Malgré un grand salon, l'appartement est plus petit que la maison de la rue d'Enfer. On accède à la chambre de Chateaubriand soit par le salon, soit par un couloir meublé de quelques rayons de livres qui communique directement avec l'antichambre”.

Selon Madame de Chateaubriand, François-René ne désira plus avoir de bibliothèque en s’installant rue du Bac. Elle distribuait volontiers les livres de son mari, en assurant :

“Chateaubriand surtout est enchanté de notre appartement parce qu’il n’y a pas moyen d’y placer un livre : vous connaissez l’horreur du patron pour ces nids à rats qu’on nomme bibliothèque” (lettre du 10 juillet 1839 à l’abbé de Bonnevie).

Chateaubriand ne désire plus être entouré ni par les livres, ni par les femmes. Le temps de l’écriture n’est plus aujourd’hui celui de la lecture. Plusieurs témoignages attestent cependant de la présence de bibliothèques et de livres dans les demeures successives qu’occupa Chateaubriand après 1818. Rue d’Enfer se trouvait “un tas d’in-folio poudreux” (les Mémoires d’outre-tombe). En 1834, à l’Infirmerie Marie-Thérèse, l’historien et journaliste Pitre-Chevalier note qu’il fut reçu dans “la bibliothèque de M. de Chateaubriand” garnie, sur l’un des côtés, “d’une bibliothèque en chêne sculpté”, ce qui implique la présence de livres en assez notable quantité. En 1837, un autre visiteur, J. J. Wap, assure que les parois de la chambre, très spacieuse, étaient “garnies tout autour de bibliothèques”.

Rue du Bac, Chateaubriand écrivit la Vie de Rancé et acheva les Mémoires d’outre-tombe dans sa chambre à coucher qui lui servait aussi de cabinet de travail. Des contemporains, en particulier ses secrétaires Julien-Marie Daniélo et Vial de Lussan, ont laissé la description de ce cadre ascétique. Le 17 décembre 1843, quand Vial de Lussan se rend pour la première fois chez l’écrivain, il rapporte qu’il fallait, pour atteindre la chambre de Chateaubriand, suivre un couloir “meublé de quelques rayons de livres et, dans la chambre même, d’assez nombreux volumes exigés par la préparation du Rancé (Tallemant, Sévigné, Saint-Simon etc.) épars sur les meubles ou rangés sur une étagère”. Il aperçoit en outre, “d’autres volumes qui laisseront leur trace dans la Vie de Rancé : plusieurs biographies du Réformateur, Mme de Sévigné, Bossuet naturellement, Boileau, une Vie de St-François, Une Voix de prison par Lamennais, d’autres encore” (F. Letessier). On retrouve ces auteurs dans l’Inventaire après décès dressé en 1848. Ils apparaissent dans le même ordre que celui donné par Vial de Lussan, révélant qu’ils n’ont pas été déplacés entre sa première visite en 1843 et l’inventaire post-mortem de 1848. Au mur, parmi d’autres images profanes ou pieuses, est accroché, un dessin d’actualité, Le Tombeau de l’Abbé de Rancé, avec cette inscription au-dessus de la porte de la sépulture : Rancé fit refleurir la religion en ces lieux ; Ses cendres sont ici, son âme est dans les cieux. Dans un angle, le manuscrit des Mémoires est rangé au fond d’une caisse en bois blanc dont la serrure ne fonctionne plus. Vial de Lussan conclut : “ce fut entre le sommeil de la chatte et les criailleries de la perruche que Chateaubriand acheva la Vie de Rancé”.

Cette chambre un peu triste n’est pourtant pas véritablement une cellule monacale :

“on y reçoit les intimes, le Maître dicte ses phrases au rythme souverain ou bien un secrétaire fait la lecture à voix haute. Parfois, furtive, Mme de Chateaubriand vient s’étendre sur une bergère, bavardant, riant, raillant. Entre autres familiers admis dans le sanctuaire où s’élaborent les chefs-d’œuvre, on doit une mention spéciale aux animaux de la maison : Minette, la grosse chatte noire et jaune, endormie sur un in-folio, Jako le perroquet jovial, et Cathau la perruche floridienne, favorite babillarde, que son maître menace en vain de sa calotte, lorsqu’elle se montre trop insupportable” (F. Letessier, p. 55).

La fin de l’inventaire de 1848 confirme bien la présence insolite dans l’anti-chambre d’un perroquet et une perruche prisés dix francs (p. 20). Les chats ont toujours joué un grand rôle chez Chateaubriand, ce qui est bien naturel si l'on se souvient du surnom “Le Chat” qui lui était donné jadis par son petit groupe d'amis. Après Micetto, le chat gris du pape Léon XII que Chateaubriand a recueilli à Rome après la mort du pape, une grosse chatte, Minette, a suivi ses maîtres rue du Bac. L’emblème parlant du “chat” est présent jusque dans le mobilier du “Chat”, comme le révèle le catalogue d’exposition de 1969 de la Bibliothèque nationale : bureau en chêne surmonté de candélabres et fauteuil de bureau en chêne ayant appartenu à Chateaubriand. Celui-ci repose sur trois pieds en forme de pattes de chat. Il est surmonté d’un chat noir en faïence qui serait un cadeau de Mme Récamier à l’écrivain (numéro 621).

L’Inventaire après décès dressé en date du 20 septembre 1848.

L’Inventaire après décès conservé au Minutier central des notaires parisiens, établit avec précision ce que fut la vie matérielle, “objective”, rue du Bac. Une déambulation au fil des pièces laisse percevoir que les objets et les meubles sont rendus à leur fonction utilitaire. Le luxe y est réduit à une grande sobriété. Seuls quelques souvenirs choisis ornent les murs. Ce monde extérieurement décrit reflète bien l’état d’âme dans lequel se tient Chateaubriand. Il s’est retiré en lui-même, dans le dépouillement d’un exil maintenant intérieur, pour écrire sa dernière œuvre. Depuis 1830, Chateaubriand vit aussi un exil politique que l’on appelle “émigration intérieure”.

L’Inventaire commence par classer les bouteilles de vin. Une valeur est donnée à chaque lot en bout de ligne. Suit la description d’un cabinet éclairé sur la cour où se trouvent deux bustes de Lamennais, prisés cinq francs, une peau de lion, deux vieilles descentes de lit, le tout prisé six francs. Lamennais fut l’ami de Saint-Malo, le prêtre qui, comme François-René, a vu la montée inexorable du capitalisme. Son souvenir accompagne encore Chateaubriand rue du Bac. Le buste de Lamennais fut présenté lors de l’exposition Chateaubriand de la Bibliothèque nationale de France (1969, n° 602). On trouve plus loin une petite table en noyer, deux consoles en acajou, un prie-Dieu prisés 90 francs. Dans un cabinet noir apparaît la mention d’une première bibliothèque : un petit bureau, une commode, deux corps de bibliothèque prisés vingt francs. Suit une chambre à coucher éclairée par une fenêtre sur le jardin, décorée de trois médaillons, dix tableaux, aquarelles et gravures prisés cinquante francs, simplement meublée d’un lit de sangle, une table en chêne, un secrétaire en acajou, un paravent de six feuilles. Celle-ci donne sur un salon éclairé par trois fenêtres sur le jardin. Des fauteuils, des chaises, des guéridons, des tables en acajou ou en chêne sont présents dans chaque pièce. Le mobilier est principalement en acajou, selon le goût en vogue sous Louis-Philippe. Des candélabres, des chenets de cheminées et deux pendules (prisées 360 francs) ornent ce salon.

Les objets sont à peine décrits mais suffisent à restituer l’atmosphère dans laquelle vit l’écrivain. En plus du buste de Lamennais, se trouvent une Madeleine, les bustes de Louis XVIII, de la duchesse de Berry, du comte de Chambord, un portrait en pied de ce dernier (p. 14). Le catalogue de l’exposition Chateaubriand de la Bibliothèque nationale (1969) mentionne la plupart de ces objets, comme ce “buste offert à Chateaubriand par le comte de Chambord en 1842” (n° 619). Victor Hugo avait noté sa présence rue du Bac, dans Choses vues.

Un petit lit avec couronne en fer “d’assez mauvais goût” (Victor Hugo).

Une deuxième chambre appelée “la chambre à coucher” est meublée d’“une table pliante en acajou, une commode en citronnier, une étagère en palissandre prisés quatre-vingt-cinq francs”. Aux murs sont accrochés “neuf gravures, dessins ou aquarelles, et un bas relief en plâtre prisés douze francs.” Les fenêtres sont encadrées de “quatre rideaux en coton gris prisés quinze francs” (p. 15). Cette chambre est celle de Chateaubriand. On reconnaît son lit en fer surmonté d’une couronne : “un lit en fer, deux sommiers mariés, deux matelas, un traversin, deux oreillers, deux rideaux de lit et une couronne de lit en bronze prisés quatre-vingt-cinq francs” (p. 14v.). Victor Hugo décrit le même lit dans Choses vues, à la date du 4 juillet 1848 : “M. de Chateaubriand était couché sur son lit, petit lit en fer à rideaux blancs avec une couronne de fer d’assez mauvais goût”. Le catalogue Chateaubriand de la Bibliothèque nationale de France (1969) présenta ce même lit, sous le numéro 620 : “lit de fer avec couronne et rideaux blancs ayant appartenu à Chateaubriand”. Il est aujourd’hui conservé dans le château de Combourg. C’est l’un des rares objets, avec cet exemplaire, à porter trace d’une “couronne” chez Chateaubriand.

La bibliothèque de la rue du Bac.

La section “Livres de bibliothèque” de l’inventaire manuscrit couvre trois pages (pp. 18 et suiv.). Huit cent soixante huit volumes sont rassemblés en trente lots, plus quelques “cartons” : “la prisée des livres inventoriés a été faite par M. Chaumont commissaire priseur, sur l’avis de M. Chimot, libraire rue Christine”. Comme le reste de l’inventaire, ces livres sont rassemblés en lots à peine décrits. Cependant, leur valeur estimative confirme qu’il s’agit de modestes exemplaires d’étude. Les formats ne sont pas mentionnés. D’après leurs auteurs, il s’agit d’in-8 (Louise Labé, Homère, Montaigne, Racine, Pascal pour les Belles Lettres). On rencontre une Biographie Universelle de Michaud également de petit format. Le lot le plus cher est une galerie de la duchesse de Berry, œuvres de Racine, vie St Louis, prisés cent vingt francs.

À la troisième ligne de l’inventaire de la bibliothèque (page 19) apparaissent les Roses de Redouté : huit volumes, les roses par Redouté, les pigeons par Temminck, voyage en Autriche, galerie des peintres – 60 [francs]”.

D’après son prix, cet exemplaire des Roses de Redouté est bien au format in-8. L’édition originale in-folio aurait été “prisée” dix fois plus, puisqu’elle vaut 600 francs, selon Brunet. De même, un exemplaire du Temminck in-folio serait prisé 450 francs, selon Brunet. Il ne peut s’agir, pour le Temminck, que de la réédition en trois volumes in-8 de 1813-1818. Il ne fait aucun doute que cet exemplaire des Roses cité dans l’Inventaire est celui relié aux armes de Chateaubriand. Depuis la vente de la Vallée-aux-Loups, Chateaubriand n’a plus lieu de s’adonner au jardinage. Il ne possède que des livres utiles à son œuvre. Ces Roses lui furent-elles offertes ? Cet exemplaire relié en maroquin rouge par Bibolet, relieur de Talleyrand, frappe par son contraste avec cet appartement de la rue du Bac aux “rideaux en coton gris” et ces livres reliés en veau. Ces Roses en reliure rouge à dos doré rappellent bien les couleurs de Chateaubriand (“de gueules semé de fleurs de lys d’or”. Elles témoignent d’une splendeur et d’une époque où il était un homme du monde, dans le monde, bien qu’en 1830 (époque de la reliure), Chateaubriand fut déjà dans son “exil intérieur”. Cet exemplaire prend place à côté des portraits de la duchesse de Berry et du comte de Chambord. Dans la remise est également oubliée une voiture en calèche avec flèche et autres nécessaires prisée deux cent cinquante francs (p. 15). C’est celle que Chateaubriand, dans sa splendeur, avait achetée à Talleyrand.

Les dernières lignes de l’inventaire de la bibliothèque mentionnent trente volumes œuvres de Chateaubriand prisés 50 francs (p. 19 v.) Ces Œuvres sont décrites dans le catalogue Chateaubriand de la première exposition de la Bibliothèque nationale (1948, n° 562) : Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand. Paris, Pourrat frères, 1836-1839. 30 vol. (sur 36) in-8, couvertures illustrées ; le dos de chaque volume est recouvert d’une bande d’andrinople frappée à froid d’un motif à la Cathédrale, avec titre et tomaison dorés. (Travail exécuté sur les indications de Chateaubriand). Cette relique, qui figure pour 50 francs dans l’inventaire après décès de l’auteur, passa aux mains de sa soeur Bénigne. L’exemplaire est tel que Chateaubriand l’a laissé, avec sa carte de visite.

Ce travail de reliure fut donc exécuté sur les indications de Chateaubriand. On y découvre l’existence insoupçonnée d’un certain goût, exceptionnel chez Chateaubriand, pour des reliures luxueuses.

Des exemplaires sans marque de provenance.

Le catalogue Chateaubriand (1996) des livres de Maurice Chalvet contenait quatre livres ayant appartenu à Chateaubriand. Tous portaient un envoi. Un cinquième livre (un Office de Sainte Geneviève) était relié en maroquin rouge avec un “C” majuscule frappé sur la plat supérieur et surmonté cette fois d’une couronne de comte.

Cet inventaire, au-delà de sa rigueur toute notariale, est donc d’une précision remarquable. Chaque détail semble flagrant à celui qui connaît la vie du Chat. Si l’usage des armoiries est peu renseigné, on connaît au moins par l’inventaire, l’existence du lit de fer surmonté d’une couronne. Une chose est certaine cependant, avec cet exemplaire des Roses : sa reliure est postérieure au 7 août 1830, date à laquelle Chateaubriand abandonne sa pairie puisque le manteau de pair de France ne figure pas sur les armes du présent volume.

Chateaubriand dont l’œuvre est pourtant modelée de subjectivité aura donc laissé ses livres dans l’anonymat. Les livres ont été absorbés, assimilés par l’écriture. Cet exemplaire des Roses de Redouté, sauvé de l’oubli grâce à ses armes couronnées, est remarquable. Comme ces quelques portraits ou bustes de la duchesse de Berry du comte de Chambord et de Lamennais, il suffit à lui seul à rappeler un monde perdu, constitutif d’un monde recréé par l’écriture.

BIBLIOGRAPHIE : 

pour les bibliothèques de Chateaubriand : Notice de bons livres provenant de la bibliothèque de M. de Ch*** Dont la Vente se fera le lundi 28 avril 1817 et jours suivans... Cote BnF : RES P-Q-167 -- Inventaire après décès dressé en date du 20 septembre 1848 de François René, vicomte de Chateaubriand, demeurant rue du Bac, n° 112, et décédé le 4 juillet 1848. Archives nationales, cote MC/RS//580 : “huit volumes, les roses par Redouté, les pigeons par Temminck, voyage en Autriche, galerie des peintres”. En ligne, p. 19, l. 3 : https://www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr/siv/rechercheconsultation/consultation/ir/consultationIR.action?irId=FRAN_IR_042962&udId=c1p732luffsb--14wzylewypzi1&details=true&gotoArchivesNums=false&auSeinIR=true&fullText=chateaubriand&optionFullText=ET -- Marcel Duchemin, La Bibliothèque de Chateaubriand, Paris, 1932 -- Pitre-Chevalier, Les Dernières années de M. de Chateaubriand in Le Grand Bey, 481 -- Antheunis de Tiège, Un écrivain hollandais chez Chateaubriand, in Bulletin de la société Chateaubriand, 1930, n° 1, p. 30 -- Fernand Letessier, “Chateaubriand et la Vie de Rancé”, in Bulletin de l’Association Guillaume Budé, Paris, 1951 -- comte de Macellus, Chateaubriand et son temps, Paris, 1859

CATALOGUES D’EXPOSITION : Chateaubriand(1768-1858). Exposition du centenaire. Paris, Bibliothèque nationale de France, 1948 -- Chateaubriand. Le voyageur et l’homme politique. Paris, Bibliothèque nationale de France, 1969

BIBLIOGRAPHIE pour Redouté : Dunthorne, Flower and Fruit Prints, 233. – Sitwell, Great Flower Books, p. 128. – Leonard C. Bruno, The Tradition of Science, p. 69 : “Not only is it a most beautiful book, Les Roses is also significant as a record of botanical knowledge of the genus Rosa”