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[SIMA, Joseph].

Au temps de Jésus-Christ. Contes populaires tchécoslovaques mis en français par Louise-Denise Germain

[Paris], “chez Mlle Germain, 14 rue Séguier”, 1922

SEUL EXEMPLAIRE AUJOURD’HUI CONNU DONT LES REMARQUABLES DOUBLURES ET LES GARDES PEINTES À LA GOUACHE SONT FORMELLEMENT ATTRIBUÉES À JOSEPH SIMA.

EXEMPLAIRE ROBERT ZUNZ, L’UN DES PRINCIPAUX MÉCÈNES ET AMI DE LOUISE-DENISE GERMAIN.

“VÉRITABLE TRAVAIL DE COLLABORATION” (F. LE BARS) ENTRE DEUX CÉLÈBRES ARTISTES DU LIVRE : LOUISE-DENISE GERMAIN TRADUCTRICE ET JOSEPH SIMA GRAVEUR DE CELUI-CI.

ÉDITION ORIGINALE de la traduction française et première traduction française de ces contes. Préface de Charles Vildrac


In-4 (238 x 188mm)

TIRAGE : un de 50 EXEMPLAIRES DE TÊTE sur vieux japon, celui numéroté XLIX à la justification, avec la suite des 10 gravures hors-texte également sur japon

ILLUSTRATION : 25 gravures originales sur bois de Joseph Sima dont 10 hors texte, avec la SUITE DES 10 GRAVURES HORS TEXTE de Joseph Sima réservée aux exemplaires sur japon


ENVOI : 

autographe signé de Joseph Sima :

Pour Monsieur Zunz
en grande sympathie
Sima
12 décembre 1938

PIÈCE JOINTE : 

note autographe de Robert Zunz, jointe à l’exemplaire (2 pp. à l’encre noire, sur papier d’écolier)  :

“Louise-Denise Germain. G 925. Au Temps de Jésus-Christ. Contes populaires tchécoslovaques mis en français par Louise-Denise Germain. Préface de Charles Vildrac. Gravures sur bois de Joseph Sima. Un des cinquante exemplaires sur Vieux Japon, avec une suite du premier état des gravures. N° XLIL (49). (Achevé d’imprimer le 17 juin 1922 pour la presse de Kauffmann, imprimeur à Paris. Colliot, pressier). Le tirage terminé les bois ont été détruits.

Reliure plein maroquin noir, dos à cinq nerfs, filets or sur les tranches des plats et à l’intérieur. Pages de garde de Sima. Tête dorée, non rogné, couverture conservée. P. Horclois, relieur. (Dans un étui).

Dédicace autographe de Sima : pour Monsieur Zunz, en grande sympathie. Sima. 12 décembre 1938.

Origine : don de M. Sima, en souvenir de Louise Germain. (La reliure a été faite aux frais de M. Zunz, par Horclois. 11 rue Git le Cœur 450 F.)

Référence : Correspondance Sima du 26/2/1939. Dos 395 Dossier Sima) ”


RELIURE JANSÉNISTE DE L’ÉPOQUE SIGNÉE DE K. KAUFFMANN - F. HORCLOIS. Maroquin janséniste brun, dos à nerfs, DOUBLURES ET GARDES PEINTES PAR JOSEPH SIMA, composition à l’aquarelle d’un semis de taches noires que traversent deux grandes bandes d’aquarelle bleu ciel, horizontales et verticales formant une croix, tranche supérieure dorée, couverture et dos conservés. Étui assorti : papier bleu nuit bardé d’un motif en croix à l’aquarelle noire ATTRIBUABLE À JOSEPH SIMA

PROVENANCE : 

Robert Zunz (1880-1944), banquier, député des Côtes-du-Nord, mécène de Max Jacob et l’un des premiers commanditaires de Louise-Denise Germain (envoi et note jointe à l’exemplaire. Cette note donne une cote, “G. 925”, que l’on retrouve bien, écrite au crayon à papier, de la même main, dans l’angle d’une des gardes de l’exemplaire)


Charnières légèrement frottées, légères décharges sur des feuillets de garde

La seule reliure aux gardes peintes attestées avec certitude à Joseph Sima

Dans sa préface à l’exposition Louise-Denise Germain à la Bibliothèque de l’Arsenal (2017), Fabienne Le Bars précisait :

“Robert Zunz (1880-1944) fut le témoin privilégié de la naissance de la vocation de L.-D. Germain, lui qui dut un temps s’employer chez le maroquinier Arthur Lévy (1847-1931). C’est là en effet qu’il fit vers 1902 la connaissance de L.-D. Germain qui y travaillait aussi. Leur amitié ne se démentit jamais et Robert Zunz devint également l’un de ses clients” (pp. 10-11).

Cette exposition présentait à part une section, intitulée “De la collection Robert Zunz” (pp. 39 et suiv.) formée de six livres et objets réalisés par Louise-Denise Germain pour Robert Zunz. Le paragraphe d’introduction rappelle à nouveau la proximité de l’artiste et du collectionneur :

“Ami de jeunesse de L.-D. Germain, Robert Zunz est toujours resté proche d’elle. Ayant fait fortune, il put laisser libre cours à son goût pour les arts, avec une dilection plus particulière pour les arts décoratifs, jouant volontiers les mécènes auprès de nombreux artistes. Il commanda ainsi régulièrement à L.-D. Germain, de même qu’il acquit diverses pièces de maroquinerie, aussi après sa mort. Un objet peu ordinaire témoigne encore de l’amitié qui unissait ces deux personnes : un tabouret de piano signé des artistes décorateurs Léon et Maurice Jallot, dont le coussin aux bords tressés et aux liserés lamés et filetés d’argent est signé L.-D. Germain, qu’elle offrit en 1929 à Louise Zunz, fille aînée de Robert Zunz, à l’occasion de son mariage”.

Ces six reliures de Louise-Denise Germain ayant appartenu à Robert Zunz sont conservées dans des collections privées. Trois d’entre elles ont des gardes signées “L.D.G” par la relieuse. Les trois autres n’ont pas leurs gardes signées. Cet exemplaire d’Au temps de Jésus-Christ, également présenté dans l’exposition de l’Arsenal (n° 47) mais dans la section “Collaboration avec Sima”,constitue le septième et dernier exemplaire présenté lors de l’exposition Louise-Denise Germain ayant appartenu à Robert Zunz. Une précieuse note de la main de Robert Zunz, précise les circonstances de création de cette reliure, notamment ce détail essentiel qu’il souligne :

“Pages de garde de Sima… don de M. Sima, en souvenir de Louise Germain”.

Cet exemplaire d’Au temps de Jésus-Christ est non seulement le seul de la collection Robert Zunz a posséder une attribution de ses gardes à Joseph Sima mais il est également l’unique exemplaire de toute l’exposition Louise-Denise Germain à posséder une telle marque d’attribution des doublures et gardes au peintre tchèque. Jean Toulet rappelle en ouverture de ce catalogue d’exposition, l’importance de ces gardes peintes de Joseph Sima dans le charme qu’exercent les reliures de Louise-Denise Germain, en précisant bien qu’ “aucune de ces gardes peintes [par Sima] n’est signée” (p. 19). Aucune, hormis celles de cet exemplaire ; importance que souligne également Fabienne Le Bars :

“Si cette reliure classique de bibliophile ne présente aucun caractère permettant de l’attribuer formellement à L.-D. Germain, une mention de Robert Zunz, proche ami de cette dernière à qui le volume a appartenu, précise que les gardes aquarellées ont été peintes par Sima. C’est l’un des rares cas où l’ambiguïté peut être levée”.

Cet exemplaire est donc le seul aujourd’hui connu dont on puisse formellement attribuer la peinture des gardes et doublures à Joseph Sima. Le charme de cette reliure naît en effet de ses gardes remarquables d’inventivité, traversées de bandes bleues, contrastant avec une reliure janséniste sombre. Un tel exemplaire nous invite, quand on l’ouvre, dans l’un des plus chics et confidentiels ateliers de reliure de la première moitié du XXe siècle.

Louise-Denise Germain et Joseph Sima

Le peintre tchèque Josef (francisé en Joseph) Sima (1891-1971) est l’auteur des remarquables gravures sur bois illustrant ce livre. Il arrive à Paris en 1921. Il travaille, l’année suivante, dans l’atelier de reliure de Louise-Denise Germain (1870–1936), exceptionnelle figure pionnière dans l’histoire de la reliure. D’abord employé à effectuer des travaux auxiliaires, il appose bientôt sa marque sur les reliures qu’elle exécute en peignant leurs doublures et gardes de compositions à la gouache. En 1923, il épouse Nadine, fille de Louise-Denise Germain, qui travaille elle aussi dans le petit atelier de sa mère. Outre leur activité d’artiste, Louise-Denise Germain et Joseph Sima réalisèrent en tout et pour tout deux livres : ces contes du folklore tchèque et un livre intitulé Le Livre de mariage, tous deux parus la même année, en 1922.

Par la suite et dans les années 1930, Joseph Sima rencontre un groupe de jeunes gens épris d’absolu, issus d’un lycée de Reims, et réunis sous le nom de poètes du Grand Jeu. Avec eux, Joseph Sima découvre que la vraie unité de l’univers, pour un artiste, c’est la poésie. Sima réalise la couverture et les illustrations de leur revue Le Grand Jeu, les peint de nombreuses fois et traduit des poèmes tchèques en français, qu’ils publieront.

Dans ce livre, Louise-Denise Germain se fait traductrice du tchèque qu’elle “met en français” et surtout éditrice de l’ouvrage. Au temps de Jésus-Christ a été imprimé et relié par K. Kauffmann et son gendre Francis Horclois comme le mentionnent le colophon du livre et la note manuscrite jointe. Kauffmann a lui-même relié pour Louise-Denise Germain (Jean Toulet, op. cit., p. 18). Leur atelier se situait au 11 rue Gît-le-Cœur, soit à quelques mètres du 14 rue Séguier où se trouvait celui de Louise-Denise Germain et Joseph Sima. On sait l’habitude du premier possesseur de ce livre, Robert Zunz, et ceci par d’autres exemplaires lui ayant appartenu, de porter un regard sur les reliures qu’il faisait exécuter. Nul doute qu’après avoir fait relier son exemplaire par Kauffmann et Horclois, il l’apporta lui-même en quelques pas à Joseph Sima qui en décora les doublures et les gardes, et y inscrivit un envoi.

Parmi les autres objets réalisés par Louise-Denise Germain et ayant appartenu à Robert Zunz se trouvent un tabouret (voir supra), deux pochettes à main et un portefeuille (nos 89-91 du catalogue).

L’exposition de l’Arsenal consacrée à Louise-Denise Germain citait en tout quatre exemplaires d’Au temps de Jésus-Christ, tous sur vieux japon nacré :

- n° 44, conservé à la BnF, broché

- n° 45, collection Jacques Polge, relié par Louise-Denise Germain, sans attribution des gardes

- n° 46, autre exemplaire conservé dans une collection privée, relié par Louise-Denise Germain, également sans attribution des gardes

- n° 47, celui-ci, le seul dont les gardes sont formellement attribuées à Joseph Sima

Cet exemplaire finement apprêté d’un livre intime, écrit et traduit par Louise-Denise Germain, illustré par son gendre Jospeh Sima, imprimé et relié par leur voisin Kauffmann, adressé à l’un des premiers commanditaires de Louise-Denise Germain, Robert Zunz, enluminé sur ses gardes et doublures par le talent, à la fois majestueux et silencieux, de Joseph Sima, rappelle la formule de Jean Toulet : “les gardes peintes par J. Sima sont comme un sas, un moment d’ascèse et de glissement vers le texte” (catalogue Louise-Denise Germain, p. 20).

EXPOSITION : 

Fabienne Le Bars, Bibliothèques de bibliophiles. Louise-Denise Germain (1870-1936). Reliures. Cat. Expo, Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, 2017, p. 33, n° 47 et pp. 39 et suiv. (pour les exemplaires “De la collection Robert Zunz”). L’exemplaire était décrit comme Montval, sans la suite, et non justifié dans le catalogue alors qu’il est bien numéroté XLIX, imprimé sur japon et accompagné de la suite requise. L’envoi est bien daté du 12.xii.1938 comme dans le catalogue BnF

BIBLIOGRAPHIE : 

J. Fléty, Dictionnaires des relieurs français, p. 98