Épisode de la vie d’un Artiste. Grande Symphonie Fantastique par Hector BERLIOZ... Partition de Piano par F. LISZT
TROIS RARES ENVOIS DE FRANZ LISZT À FRÉDÉRIC CHOPIN ICI RÉUNIS AUTOUR DE HECTOR BERLIOZ : À MON BIEN BON CHOPIN.
LES DEUX AUTRES ENVOIS PORTENT L’ACRONYME D’UNE FORMULE LATINE DE PRIÈRE SOUVENT UTILISÉE PAR LISZT : P. N. N. Q., SOIT PRO NOBIS NUNC QUOQUE QUI SIGNIFIE POUR NOUS MAINTENANT AUSSI.
UN FULGURANT ABRÉGÉ DES FOLLES ANNÉES DU PREMIER ROMANTISME MUSICAL.
ON CONNAÎT L’EXTRÊME RARETÉ DES LIVRES ET OBJETS AYANT APPARTENU À CHOPIN QUI MOURUT AU 12 PLACE VENDÔME SANS RIEN LAISSER DERRIÈRE LUI.
ÉDITION ORIGINALE de la réduction pour piano de la Symphonie fantastique, antérieure de douze ans à sa première édition orchestrale
[Précédé par] :
(2) : LISZT, Franz. Fantaisie romantique sur deux mélodies suisses composée pour le piano. Paris, Bernard Latte, [1837]
(3) : LISZT, Franz. Rondeau fantastique sur un thème espagnol El Contrabandista composé pour le piano... et dédié à Me. Georges Sand. Paris, Bernard Latte, [1837]
3 œuvres en un volume in-4 (343 x 260 mm)
CONTENU : entièrement gravé, soit :
(1) : Symphonie fantastique : couverture, titre, [50] ff. paginés [1]-89 pour la musique, incluant 5 faux-titres dont 2 hors texte, avec la griffe de Franz Liszt sur la page de titre ;
[Précédé par :]
(2) : Fantaisie romantique : couverture, titre, 26 pp. de musique et 1 f. blanc, planche B.L. 1030, avec la griffe de l’éditeur Bernard Latte ;
(3) : Rondeau : titre, pp. 2-40 de musique et 1 f. blanc, planche B.L. 1031, avec la griffe de l’éditeur Bernard Latte :
TROIS ENVOIS AUTOGRAPHES SIGNÉS DE FRANZ LISZT À FRÉDÉRIC CHOPIN, sur chaque partition :
(1) : Grande Symphonie fantastique par Hector Berlioz, sur la couverture :
À mon bien bon
Chopin
FL
(2) : Fantaisie romantique, sur le titre :
A Chopin
Pxxx nxxx nxxx qxxxxxx
FL
La formule caviardé utilisée par Liszt correspond à la formule abrégée par ses initiales : Pro nobis nunc quoque [soit : Pour nous maintenant aussi]
(3) : Rondeau fantastique, sur le titre :
À Chopin
p. n. n. q.
FL
Les quatre initiales sont celles de la formule favorite de Liszt : Pro nobis nunc quoque [soit : Pour nous maintenant aussi]
RELIURE VERS 1900. Dos de veau fauve, dos à nerfs orné, pièce de titre havane portant en lettres dorées : “F. Liszt – Pezzi per P [iano]. F[orte].”), non rogné
PROVENANCE : Franz Liszt (1811-1886) -- Fréderic Chopin (1810-1849) -- Tito Conti, peintre italien (1842-1924), qui a probablement fait exécuter la reliure -- Giuseppe Buonamici (1846-1914), compositeur, pianiste et pédagogue italien, qui a reçu le recueil en cadeau de son ami Tito Conti (voir la note en italien et à l’encre noire de G. Buonamici, signée, au recto de la première garde) -- Leo Samuel Olschki (1861-1940), célèbre libraire et éditeur à Florence -- Robert Bory (1891-1960), musicologue suisse
Exceptionnel témoignage de l’amitié de deux géants de la musique romantique autour de Berlioz.
Liszt et Chopin sont ces deux pianistes virtuoses qui ont révolutionné la technique du clavier. Si l’on ajoute le nom de Hector Berlioz - justifié par la présence, dans ce volume, de l’édition originale de sa Symphonique fantastique dans la transcription de Liszt - on obtient la triade magique, renvoyant aux plus belles pages de la musique romantique française et européenne.
Liszt avait découvert avec enthousiasme la Symphonie fantastique de Berlioz lors de sa première exécution au Conservatoire de Paris en décembre 1830. Il la transcrivit au piano. Le virtuose hongrois s’était rapidement lié d’amitié avec Chopin, qui, installé en France en septembre 1831, était aussitôt devenu la coqueluche du Tout-Paris, artistique, musical et littéraire. On pense que le compositeur Fernando Paër les présenta dès l’arrivée de Chopin à Paris, dès son installation boulevard Poissonnière, en septembre 1831. C’est le temps glorieux des concerts privés, des joutes pianistiques dans les salons, des rencontres avec Victor Hugo et Henri Heine, des duos avec Hiller, des duels avec Thalberg, des concerts de Liszt et Berlioz au conservatoire, de l’amitié avec George Sand qui rédige ses premières Lettres d’un voyageur et surnomme affectueusement Liszt “le crétin” pour moquer son prétendu anti-intellectualisme, le temps de Lamennais et du saint-simonisme… Bientôt viendront les séjours à Nohant, les complications, les brouilles, les réconciliations autour du piano, les séparations, les voyages. L’aimable concurrence de Chopin et de Liszt se nourrissait d’ailleurs d’une admiration réciproque : ce dernier adorait les Études du Polonais, lui-même admiratif des sonorités inattendues que son ami hongrois savait en tirer. La formulation même de l’envoi, par un double adjectif, sur cette grande œuvre de Berlioz - à mon bien bon Chopin - traduit vigoureusement l’intensité de l’amitié qui liait les deux artistes.
Lorsque Liszt dédicace à Chopin les deux premières pièces de l’Opus 5, la Fantaisie romantique et le Rondeau fantastique (ce dernier envoi pouvant être interprété comme un défi, vu la difficulté du morceau), l’amitié entre les deux compositeurs n’est plus au beau fixe, moins pour des questions de rivalité professionnelle - comme on l’a trop souvent dit en opposant Liszt le virtuose à l’angélique Chopin, la technique au sentiment - que pour des querelles plus personnelles et intimes. La présence de deux fortes têtes telles que George Sand et Marie d’Agoult double et accentue les vexations et malentendus entre les deux musiciens.
Après la mort de Chopin (17 octobre 1849), Liszt, installé à Weimar en 1848, pleure le départ de son complice des années romantiques. Le décès de Chopin est d’ailleurs, avec celui de Lichnowsky, disparu la même année, l’origine de l’Héroïde funèbre de Liszt. Ce dernier reconnaîtra sa dette artistique dans une poignante biographie de Chopin parue en 1852, “un peu exubérante de style, mais remplie cependant de très bonnes choses et de très belles pages” (George Sand). Cette biographie superbe est l’incontestable Tombeau musical de Chopin, comme les trois envois en hommage de ce volume forment eux aussi, et par avance, une sorte de tombeau. L’influence de Chopin sur l’œuvre de Liszt fut considérable. Ainsi, les deux Ballades, les Polonaises et la Bénédiction de Dieu dans la solitude sont inconcevables en dehors de l’ombre protectrice du compositeur polonais.
Pro nobis nunc quoque
Le mystère semble devoir de prime abord régner sur la nature et le sens des quatre mots caviardés à la plume dans l’envoi de la Fantaisie romantique comme sur celui des abréviations p. n. n. q. du Rondeau fantastique. Il s’agit d’une formule latine, réduite ici à un acronyme, que Liszt avait l’habitude d’écrire de sa propre main sur ses partitions de piano : Pro nobis nunc quoque, ce qui signifie en français : Pour nous maintenant aussi. Cette formule dérive de l’Ave Maria (Ora pro nobis, nunc et in hora mortis nostra, soit “Priez pour nous, maintenant et à l'heure de notre mort”). Forme d’invocation à la grâce, ces mots latins sanctifient d’un coup d’éternité le moment présent, celui de l’envoi à Chopin. La formule, réduite au simple pro nobis nunc quoque, constitue une sorte de signature fraternelle partagée avec Chopin. Il s’agit là d’un rituel spirituel intime propre à Liszt et que Chopin connaissait. L’utilisation d’un tel langage codé témoigne de la proximité des deux artistes. L’acronyme fut surtout utilisé par Liszt après son entrée dans les ordres mineurs. Le compositeur rejoignit en effet le Tiers-Ordre franciscain en juin 1857, reçut la tonsure en 1865 et se fit appeler l’”abbé Liszt”.
Trois importantes partitions pour piano de Franz Liszt.
1. La Symphonie fantastique d’Hector Berlioz apparaît ici dans sa transcription pour piano que Schumann admirait tant. Liszt la termina en 1833 et elle fut publiée l’année suivante. C’est la toute première édition imprimée de l’ébouriffant chef-d’œuvre de Berlioz, créé le 5 décembre 1835 au Conservatoire sous la direction de François-Antoine Habeneck. L’adaptation de Liszt précède de douze ans la première édition de la version orchestrale. Cette partition illustre les qualités de transcripteur de Franz Liszt - si remarquablement analysées par Jacques Drillon - et contribue à faire de ce recueil un merveilleux récital en trois parties évoquant avec éclat l’âge d’or de la musique romantique à Paris.
2. La Fantaisie aurait paru simultanément à Bâle, chez Ernst Knopf. Cette édition bâloise, mentionnée par Raabe, semble introuvable et n’est pas recensée dans les grandes bibliothèques internationales. La Fantaisie romantique sur deux mélodies suisses Opus 5, n°1 - seule pièce de Liszt incluant l’adjectif “romantique” dans son titre - prépare le terrain à l’Album d’un voyageur et aux Années de pèlerinage. Cette œuvre, composée en 1835-1836, d’une grande audace harmonique, “occupe un espace médian entre le répertoire des fantaisies lisztiennes - jouant à chien et chat avec le goût parisien, sans cesser d’en détourner les codes - et celui des poèmes pianistiques, émergeant à cette période précise, fondés sur l’aptitude de la musique à se faire passage sonore, surgissement, voire œuvre-monde” (Emmanuel Reibel).
3. Le Rondeau fantastique Opus 5, n° 2, composé en 1836 sur l’air de Manuel Garcia “Yo que soy Contrabandista” et dédié à George Sand, illustre la virtuosité intense de Liszt. Cette pièce d’une difficulté redoutable, soutenue par un tempo infernal, abonde en effets acrobatiques. Mikhail Pletnev s’y est cassé les dents et a pu la qualifier d’injouable. Seule Valentina Lisitsa aurait été capable de la dompter. Signalons tout de même la version de France Clidat, surnommée “ Madame Liszt” par Bernard Gavoty. Comme indiqué sur la couverture générale de la Fantaisie et du Rondeau, qui porte le titre Trois morceaux de salon pour le piano, l’Opus 5 comporte normalement trois numéros. Le Divertissement qui achevait le triptyque n’a pas été inclus dans ce volume. Il est ici heureusement remplacé par la Grande Symphonie fantastique.
Fantaisie romantique : Raabe 9 & Searle 157 -- Rondeau fantastique : Raabe 88 & Searle 252 -- Symphonie fantastique : Raabe 134 & Searle 470 -- Emmanuel Rebeil, Comment la musique est devenue “romantique”. De Rousseau à Berlioz. Paris, Fayard, 2013 -- J. Drillon, Liszt transcripteur, Arles, 1986 (rééd. 2005 avec Schubert et l’infini) -- Franz Liszt, Chopin, Paris, 2010, préf de Pierre Brunet




