Romain GARY

"Parce qu'on ne peut pas vivre sans quelqu'un à aimer"

Romain Gary, né Roman Kacew le 8 mai 1914 à Vilnius, est l’un des écrivains les plus fascinants et insaisissables du XXe siècle. À la fois romancier, diplomate, aviateur et scénariste, il demeure le seul auteur à avoir remporté deux fois le prix Goncourt — un exploit rendu possible grâce à son double pseudonyme, Émile Ajar.

Une vie marquée par l’exil et l’engagement

Issu d’une famille juive lituanienne, Romain Gary grandit aux côtés de sa mère, Mina, figure centrale de son existence. Installé en France dès 1928, il étudie le droit à Aix-en-Provence avant de s’engager dans les Forces françaises libres pendant la Seconde Guerre mondiale. Aviateur courageux, il se distingue par plusieurs décorations, dont la Croix de guerre et la Légion d’honneur.​

Après la guerre, il mène une carrière diplomatique qui le conduit à New York, Los Angeles, ou Berne. Mais c’est la littérature qui lui permet d’accomplir pleinement le rêve d’élévation transmis par sa mère : devenir un écrivain français reconnu.​

L’œuvre d’un enchanteur tourmenté

Romain Gary publie son premier roman, L’Éducation européenne (1945), salué pour sa peinture des résistants polonais. En 1956, Les Racines du ciel lui vaut le prix Goncourt et consacre son humanisme : un cri d’amour pour la liberté et la dignité, symbolisé par la défense des éléphants d’Afrique.​

Son œuvre, profondément humaniste et marquée par la compassion, explore des thèmes récurrents tels que la quête d’identité, la résistance morale et la foi dans l’homme malgré ses failles. Parmi ses livres les plus célèbres figurent La Promesse de l’aube (1960), récit poignant de son enfance et de l’amour maternel, Chien blanc (1970), sur les tensions raciales aux États-Unis, et Les Cerfs-volants (1980), son ultime testament littéraire.​

Le mystère Émile Ajar : une supercherie littéraire

Sous les pseudonymes d’Émile Ajar, Fosco Sinibaldi ou Shatan Bogat, Gary redéfinit son identité à plusieurs reprises, jusqu’à brouiller les frontières entre vérité et invention. Ce jeu de masques atteint son apogée avec La Vie devant soi (1975), récit bouleversant d’un jeune orphelin arabe et d’une vieille femme juive, pour lequel il reçoit un second prix Goncourt — sans que personne ne découvre qu’il en est déjà lauréat.​

Ce n’est qu’après son suicide, le 2 décembre 1980, que la vérité éclate à travers son manuscrit posthume Vie et mort d’Émile Ajar. Dans une pirouette aussi ironique que tragique, Romain Gary dévoile sa ruse et conclut par ces mots : « Je me suis bien amusé. Au revoir et merci. ».​

Héritage et postérité

L’œuvre de Gary, intégrée à la prestigieuse Bibliothèque de la Pléiade en 2019, continue d’inspirer par sa liberté de ton, son humour et son humanisme. Il reste l’incarnation d’un écrivain indomptable, refusant toute étiquette et préférant se réinventer plutôt que se figer.​

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