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BAILLET, Adrien

Des Enfants devenus célèbres par leurs études ou par leurs écrits. Traité historique

Paris, A. Dezallier, 1688

MAGNIFIQUE EXEMPLAIRE EN RELIURE VERT POMME D’UNE TROUBLANTE FRAÎCHEUR.

PROVENANT DES PRESTIGIEUSES BIBLIOTHÈQUES DU PRINCE RADZIWILL PUIS ÉDOUARD RAHIR.

REMARQUABLE TRAITÉ SUR LES GRANDS HOMMES QUAND ILS ÉTAIENT ENFANTS, PAR LE BIBLIOTHÉCAIRE DE LAMOIGNON ET PREMIER BIOGRAPHE DE DESCARTES

ÉDITION ORIGINALE

In-12 (157 x 88mm). Bandeau à l'effigie de Guillaume de Lamoignon (1617-1677), père de l’avocat général, et lettrine aux armes des Lamoignon, le tout gravé sur cuivre
COLLATION : π2 A-X12 Y8 Z2
ILLUSTRATION : portrait de Chrétien de Lamoignon, dédicataire de l’ouvrage, gravé par Antoine Trouvain

RELIURE DU XVIIIe SIÈCLE SIGNEÉ DE MOUILLIÉ (étiquette). Maroquin vert pomme, triple filet doré en encadrement avec fleurons aux angles, dos long orné, tranches dorées
PROVENANCE : Prince Sigismond Radziwill (1822-1892 ; Paris, 1866, n° 1665) -- Édouard Rahir (ex-libris ; Paris, 1938, VI, n° 1642)

Adrien Baillet est né en 1649, année de mort de Descartes, près de Beauvais dans un milieu paysan. À force d'études, il est d'abord curé de campagne puis bibliothécaire de l'une des plus prestigieuses familles de parlementaires, les Lamoignon. Au service de Chrétien-François Ier de Lamoignon (1644-1709), il rédigea, de sa main, dès 1682, les trente-trois volumes in-folio composant le catalogue borgésien de la bibliothèque familiale. Pendant près de vingt-six ans que le janséniste Baillet fut bibliothécaire de Lamoignon, il ne sortait qu’une fois par semaine, et passait tout le reste du temps en études. Il s’entretenait avec les écrivains célèbres et les ecclésiastiques du cercle des Lamoignon : Molière, Racine, Regnard et Boileau qui dédiera sa sixième Épître au parlementaire.

"Baillet ne dormait que cinq heures par nuit, encore le plus souvent habillé, ne faisait qu’un repas, ne buvait pas de vin, ne se chauffait jamais qu’en compagnie ; dès qu’il était seul, il éteignait son feu, tant par mortification que pour être moins distrait de l’étude". (Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, 1843).

C’est en établissant le catalogue de la bibliothèque de Lamoignon que Baillet composa ses principaux ouvrages : les Jugemens des sçavans sur les principaux ouvrages des auteurs (1685), Des Enfants devenus célèbres par leurs études ou par leurs écrits (1688), Auteurs déguisez sous des noms étrangers (1690) et surtout, son ouvrage le plus célèbre, La Vie de M. Descartes (1691), première biographie moderne consacrée à un philosophe.

Si Baillet est bibliothécaire du père, il est également précepteur du fils, Chrétien de Lamoignon (1676-1729). C’est donc à son élève âgé de douze ans qu’il dédicace Des Enfants devenus célèbres par leurs études ou par leurs écrits, comme autant d’exemples instructifs pour le jeune homme. Des Enfants devenus célèbres devait initialement servir de traité préliminaire à un grand Recueil des auteurs françois déguisez qui ne vit jamais le jour (une édition partielle parut en 1690). Le traité des Enfants devenus célèbres fut finalement publié à part à cause du sujet très original qu’il développait. La formulation du titre signifie déjà, en elle-même, un regard nouveau porté sur l’enfance à cette époque. Le titre ne parle pas de l’enfance mais “des enfants” dans une individualisation de chacun d’entre eux. Le traité de Baillet ne fait pas non plus l’étude d’hommes célèbres mais d’enfants devenus des hommes célèbres. Son regard est prospectif, en tout cas, d’un point de vue narratif (puisqu’évidemment le choix de ces enfants est fait d’après une célébrité connue à posteriori). Enfin, la seconde partie du titre définit les moyens et causes de cette célébrité : “par leurs études ou par leurs écrits”. Ce traité a une visée didactique. Un siècle avant Émile, et dans un schéma apparemment semblable à d’autres “vies” (Vies des hommes illustres de Pétrarque, Vies de saints ou Vies des meilleurs peintres de Vasari par exemple), Baillet réinvente le genre des “vies” en considérant la célébrité - ou réussite -, en regard de l’enfance.

Selon Baillet, la principale condition pour figurer dans son “dénombrement” est "de ne point passer l'âge de vingt ans" (préface). Ainsi se trouvent côte à côte des figures historiques (Alexandre le Grand, César), des écrivains et des philosophes (Marc Aurèle, Baïf, La Boétie, Budé, Hobbes), des historiens (Grotius, Spelman), des scientifiques (Pascal, Ringerberg), des mystiques (Ignace de Loyola, saint Augustin, saint Thomas d’Aquin, Melanchton), empruntés à l’Antiquité, le Moyen-Âge ou l’époque moderne. On remarque que Pascal, presque contemporain de Baillet, et son aîné en jansénisme, est avant tout considéré comme un génie précoce des mathématiques, et non comme l’auteur plus tardif des Pensées (1670) :

“pour finir ce que M. Pascal le jeune a fait sur les Mathématiques au dessous de vingt ans, nous ajouterons qu’il n’en avait que dix-neuf lorsqu’il inventa la Machine d’Arithmétique que l’on conserve au Cabinet du Roy et dans celui de quelques autres personnes de considération. C’est une machine d’une invention admirable, on l’a estimée l’une des choses les plus extraordinaires qu’on eut encore vue jusqu’alors” (p. 311).

Les pages consacrées au jeune saint Augustin, paresseux et pris de la “passion du jeu”, ne sont pas moins passionnantes. Baillet réserve enfin une section aux jeunes femmes qui ont plus de “vivacité d’esprit et de pénétration que les garçons” mais dont l’éducation est, selon lui, malheureusement négligée.

La prestigieuse collection Mortimer L. Schiff conservait quatre exemplaires reliés par Mouillié. Trois de ces reliures avaient des décors exactement semblables au notre, si ce n’est que leur maroquin était rouge et non pas vert

BIBLIOGRAPHIE : 

Jean-Robert Armogathe, "Descartes, philosophe des Lumières, ou l'effet Baillet", in Mélanges de littérature française offerts à M. Shackleton, Oxford, 1988 -- Dictionnaire de Port Royal, Paris, 1994, p. 137 -- Seymour de Ricci, French signed bindings in the Mortimer L. Schiff Collection, New York, 1935, II, nos 128-132