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MITTERRAND, François

Carte autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

22 May 2022

“JE FAIS REVIVRE DANS MA SOLITUDE LA FÉERIE DE NOTRE PASSÉ.”

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

2 pp. in-12 (282 x 147mm), crayon, en-tête du “Kriegsgefangenenpost”, cachet du Stalag, cachet de la poste

CONTENU : 

[Suscription :] Mademoiselle Marie-Louise Terrasse, Paris, 5 avenue d’Orléans 14e arrt, France. [Expéditeur :] Mitterrand François 21716, 1515

[Verso :] Le 13 octobre 1940, Mon Zou bien-aimé, ces lettres me sont cruelles car je ne puis m’empêcher de songer que si nos projets s’étaient réalisés, nous serions aujourd’hui l’un près de l’autre, chez nous. Et nous serions tellement heureux, mon grand amour. Je pense à toi sans cesse. Si mes lettres sont brèves et peu nombreuses, tu sais bien chérie chérie que mes journées ne sont faites que de toi, de mon espoir, de tout ce que la vie me promet grâce à toi. Il me semble que je saurai te rendre follement heureuse ! Plus que jamais, toi seule demeures. De toutes les affections, de toutes les tendresses, je l’ai bien compris, ma petite déesse, rien ne compte pour moi auprès de ton amour. Je suis très souvent bien triste, j’ai tant besoin de toi et tu dois aussi être tellement seule, mon aimée. Je fais revivre dans ma solitude la féerie de notre passé. Tu as été toute ma joie. Ne souffre pas, mon tout petit, pour ce qui a pu être. Tu es à moi et je rêve avec orgueil du foyer que tu me feras. Dans tes lettres, mon Zou, raconte-moi tes occupations. Tout ce qui est autour de toi, ta coiffure, tes robes. Portes-tu parfois la robe du 3 mars ? Elle représente tant de souvenirs merveilleux : nos fiançailles et les jours incomparables de Paris et de Jarnac. Envoie-moi une ou deux photos de toi. J’y tiens énormément. Pense que je ne connais pas ta coiffure actuelle ! Que fais-tu ? Qui vois-tu ? Dans ta seule lettre reçue, celle du 12 septembre, tu me dis “quelle bonne idée nous avons eue de nous fiancer en mars”. Comme je suis heureux de voir que tu ne le regrettes pas, ma bien-aimée, alors qu’au lieu du bonheur promis, je ne t’apporte que des tristesses. Ma chérie, si tu peux m’attendre, et je sais bien que toi, ma ravissante, tu continues nécessairement une vie normale, je te jure que nous nous ferons un avenir tel que nous le rêvons. Pensons surtout qu’au-delà de toutes les circonstances, notre but suprême est notre union totale. Parce que là résidera toute notre joie. Oui, je songe à Lewis [personnage du roman Fontaine de Charles Morgan], mais à un Lewis fou de sa fiancée et qui ferait toute son œuvre pour elle. Je t’aime.

François