
Acheter
Estimation d'un livre ou d'un manuscrit
Essai sur la littérature anglaise et considérations sur le génie des hommes, des temps et des révolutions
EXEMPLAIRE SUR GRAND PAPIER, BROCHÉ, À TOUTES MARGES
ÉDITION ORIGINALE
2 volumes in-8 (249 x 164mm)
COLLATION : (vol.) 1 : (2) ff., 370 pp., (1) f. ; (vol. 2) : (2) ff., 404 pp., (1) f.
TIRAGE : un des 250 exemplaires DE TÊTE sur grand papier vélin
BROCHÉS. Couverture imprimée, non rognés. Chemise, étui
Ses mois d’Amérique suivis de son exil en Angleterre, de 1793 à 1800, offrirent à Chateaubriand une connaissance profonde de la langue et de la littérature anglaise. Les premières lignes de l’Avertissement le rappellent :
“J’ai visité les États-Unis ; j’ai passé huit ans exilé en Angleterre ; j’ai revu Londres comme ambassadeur, après l’avoir vu comme émigré ; je crois savoir l’anglais autant qu’un homme peut savoir une langue étrangère à la sienne. J’ai lu en conscience tout ce que j’ai dû lire sur le sujet traité dans ces deux volumes”.
Chateaubriand rédige, au moment que sa carrière politique s’achève, les derniers essais qui seront publiés de son vivant : Études historiques (1831), Essai sur la littérature anglaise (1836), Congrès de Vérone (1838), Vie de Rancé (1844). Il poursuit en même temps la rédaction des Mémoires d’outre-tombe.
L’Essai sur la littérature anglaise fut initialement conçu comme une introduction à sa traduction (en prose) du Paradis perdu de Milton (1836). Chateaubriand étoffe finalement son sujet et l’élargit à une histoire de la littérature anglaise depuis le Moyen-Âge jusqu’à lui. Y sont prépondérantes les figures de Shakespeare, de Milton et des poètes dits de la nuit et des tombeaux, principalement représentés par Walter Scott et lord Byron :
“Skakespeare est donc admirable encore en raison des obstacles qu’il lui fallut surmonter. Jamais esprit plus vrai n’eut à se servir d’une langue plus fausse” (vol. 1, p. 259).
Les prédécesseurs de Chateaubriand n’avaient présenté que des moments ponctuels de l’histoire de la littérature anglaise. L’ambition de l’Essai sur la littérature anglaise, plus vaste, est fondée sur une poétique du fragment et de la digression. Chateaubriand prévient dans son Avertissement :
“Dans cet Essai, […] je m’occupe de tout, du présent, du passé, de l’avenir; je vais çà et là ; quand je rencontre le Moyen Âge, j’en parle ; quand je me heurte contre la Réformation, je m’y arrête, quand je trouve la révolution anglaise, elle me remet la nôtre en mémoire, et j’en cite les hommes et les faits [...] Ce sont des mélanges qui ont tous les tons, parce qu’ils parlent de toutes les choses. […] La littérature anglaise n’est ici que le fond de mes stromates ou le canevas de mes broderies”
Ses contemporains, dont Victor Hugo et Alfred de Vigny, furent désorientés, d’autant plus que Chateaubriand opposait à leur génération - dont il déplorait en fausse modestie qu’ils l’aient suivi - les grands génies que sont Homère, Dante et Shakespeare.
L’Essai de Chateaubriand participa à la redécouverte de la littérature anglaise, en France, au XIXe siècle. À sa suite, Hippolyte Taine publia, en 1863, une Histoire de la littérature anglaise. Cette manière d’écrire librement, par fragments et digressions, trouvera des ramifications encore plus lointaines, jusque dans les essais de Julien Gracq sur la littérature par exemple ou ceux sur l’art et l’histoire de Marc Fumaroli.
Chateaubriand inséra des passages inédit des Mémoires d’outre-tombe dans l’Essai sur la littérature anglaise qui seront par la suite modifiés et réintégrés à son grand œuvre.
M. Clouzot, Guide du bibliophile français, p. 65 -- L. Carteret, Le Trésor du bibliophile, I, p. 163 -- G. Vicaire, Manuel de l’amateur des livres du XIXe siècle, II, 289