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MITTERRAND, François

Lettre autographe deux fois signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

06 October 2022

“SI TU M’AS FAIT SOUFFRIR, Ç’A ÉTÉ SEULEMENT LORSQUE TU M’AS RETIRÉ TON AMOUR OU LORSQUE TU L’AS DONNÉ À D’AUTRES” ;

FRANÇOIS MITTERRAND JOUE AU FOOTBALL

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

4 pp. in-8 (197 x 136mm), encre bleue

CONTENU : 

Le 12 mars 1940

Ma bien-aimée chérie, j’ai reçu hier soir ta seconde lettre écrite en partie de Royan. J’espère que ce soir j’aurai la suite ! J’ai besoin de t’entendre dire ton amour. Tu m’es d’un grand secours, chérie, car j’ai quelquefois peine à écarter de moi une tristesse insupportable. Je t’aime et veux t’aimer toujours avec la même ferveur. Mais c’est si bon aussi de savoir que tu m’aimes, que nos désirs sont les mêmes, que notre désir est le même, que notre bonheur est exactement le même, lié à notre amour. Quand quittes-tu Jarnac ? Restes-y autant que tu le désireras mais n’oublie pas de me préciser quatre ou cinq jours à l’avance la date de ton départ de façon à ce que j’écrive Avenue d’Orléans.

Je pense à toi intensément. Nous devons être si heureux. J’ai toujours été si heureux avec toi. Je ne crains pas l’absence car j’ai une confiance absolue en toi. Je sais et je crois que tu m’aimes plus que tout, comme il est nécessaire que tu m’aimes ; nécessaire parce qu’il ne serait pas bon que quelque chose passât avant notre amour. Mais cela n’empêche pas que l’absence soit dure. Aidons-nous par la grandeur de notre tendresse à supporter ces difficultés. Je t’adore mais j’ai tellement besoin de toi !

Mon amour, ce matin j’étais gai. Pourquoi suis-je un peu triste maintenant ? Je ne cesse pas de vivre avec toi, mais parfois pèse sur moi d’un seul coup le poids de ma solitude, de notre éloignement. Nous sommes tellement faits pour nous aimer. Pourquoi sommes-nous donc ainsi séparés ? Comme j’ai hâte de te prendre et de t’appartenir. Ma ravissante petite fiancée, n’est-ce pas qu’il sera doux et merveilleux de vivre ensemble. Ah ! Que vite tu sois ma femme, à moi, vraiment à moi. Que vite je puisse t’aimer et ne plus savoir que l’enivrement de notre amour.

Je réfléchis beaucoup au sens de notre amour, au sens de notre vie. J’essaie de comprendre tout ce qui s’est passé pour nous depuis deux ans. Si tu m’as fait souffrir, ç’a été seulement lorsque tu m’as retiré ton amour ou lorsque tu l’as donné à d’autres. De tout ce qui fut et est notre amour, je ne retire que du bonheur, de la joie, qu’un passé et un présent irremplaçables. Je ne suis ni très bon, ni très indulgent, mais je t’aime. Comprends-tu mon amour, je t’aime infiniment. Ce n’est pas en vain que je t’aime merveilleusement, que je t’adore. Tu es pour moi toute la beauté, toute la vérité, tout le bonheur de ma vie. Tu es ma toute petite fille bien aimée.

J’éprouve le besoin de te dire tout cela, une fois de plus, car il existe des mots magiques qui chassent toutes les tristesses. Plus que cela (ils seraient au fond peu de chose s’ils n’étaient que des antidotes), il existe des mots magiques évocateurs de tendresses aussi nécessaires que les aliments physiques. Je ne pourrais plus vivre sans toi. Il est un peu effrayant, et rassurant, que tant de bonheur puisse reposer sur l’un et l’autre. Nous sommes liés par une sorte de nécessité plus forte encore que les promesses, que les premiers engagements. Comment te l’exprimer ? Plus que moi-même, tu es ma vie.

Chérie, chérie, je reviens sans cesse sur notre amour. Ne trouves-tu pas que je radote ? Ma peau-douce chérie, c’est de ta faute aussi. Pourquoi es-tu si délicieuse ? On me dit tout d’un coup que le courrier est peut-être parti. Je vais y voir. Si oui, je serais furieux. Sinon, je donnerai cette lettre trop tôt finie. Mais je t’adore et t’embrasse de tout mon amour. J’ai reçu tes 2 lettres du 10.

François

Mon amour chéri, je continue ma lettre. Je crois qu’il y aura une levée à 17h30 ; elle pourra donc quand même partir ce soir. Je viens de lire tes deux lettres. Comme il m’a été doux de recevoir cette double affirmation de ta tendresse. Je suis tellement plus gai maintenant. J’avais déjà adressé ces lignes à Jarnac. Après lecture de tes lettres, j’ai rectifié et les envoie à Paris. Tu vas sans doute avoir l’ennui d’une coupure causée par ce changement d’adresses. J’espère qu’elle ne durera pas. Cette lettre-ci devrait normalement te parvenir vendredi. Et de Jarnac, on fera suivre les précédentes.

Hier, j’ai joué au football (récréation inattendue). Mais aujourd’hui je traîne un peu la jambe d’autant plus que la paire de chaussures achetée à Angoulême n’est pas encore assouplie et me blesse le pied. Mais ce n’est pas grave ! J’aime beaucoup tes lettres chérie. Elles me comblent de joie. Oui, je pense souvent à ces moments de notre chambre, si merveilleux. Avec toi, je connais des joies incomparables. Pouvais-je aimer femme plus délicieuse, plus aimée, plus adorable que toi ? Ne parlons plus du passé : il n’existe plus, brûlé par notre amour. Aimons-nous follement. Mon buju chéri, tu sais bien que l’amour vrai sauve tout. N’y a-t-il chose plus près de la vérité que notre amour ? Je répondrai plus complètement à tes bonnes et longues lettres du 10 dans ma lettre de ce soir. Comme je t’aime, ma petite fiancée. À Paris, pense bien à moi, à nous, à nos souvenirs. Quel est ton programme pour les jours qui vont venir ? J’ai écrit une brève lettre à ton père, une autre à ta mère, pour leur dire mon souvenir. Ma demande de peloton est partie du Colonel (avis défavorable, tu sais pourquoi. Mais elle suit, c’est le principal. Je te tiendrai au courant).

Ma petite fille chérie, je suis triste chaque fois que je termine une lettre : c’est un peu te quitter. Mais comme tu me le dis, je mets ma tête sur ton épaule. J’aime tes baisers et te donne mes plus douces caresses. À ce soir chérie

François

J’espère que les voyages ne gêneront pas trop ta correspondance. Tes lettres sont tellement attendues. Chérie, je t’adore.