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MITTERRAND, François

Lettre autographe deux fois signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

27 May 2022

“S’IL LE FAUT, SI LA GUERRE DOIT DURER, J’IRAI TE CHERCHER” : PRÉMONITION DE FRANÇOIS MITTERRAND SUR SA TENTATIVE D’ÉVASION

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

6 pp. in-8 (180 x 139mm), encre noire

CONTENU : 

Le 23 mars 1940

Ma petite pêche aimée, chaque fois que je commence une lettre pour toi, un tas de mots d’amour se pressent en moi. Je voudrais chaque fois te dire exactement l’immense désir que j’ai de toi, qui me poursuit et me rend impatient. Je me rappelle les moments d’amour vécus avec toi, je voudrais les revivre, et penser qu’il me faut attendre de longs mois me désespère. Quand seras-tu à moi, chérie ? Quand seras-tu enfin mon bien, ma petite femme toute à moi ? Quand te posséderai-je à jamais ? Tant de gens te voient, te parlent, t’aiment peut-être, et moi qui t’aime plus que tout autre, qui désire ta présence, tes baisers, tes caresses, je suis obligé de vivre loin de toi. Autrefois, je t’aimais, mais tu ne t’étais pas promise à moi, tu t’étais écartée de moi, mais maintenant ton désir, ton espoir est le même que le mien, et c’est dur de ne pouvoir donner son être, sa vie, de ne pouvoir prendre pour toujours celle qu’on aime au-delà de tout.

Tu es jolie, ma chérie, et tu es si douce, si merveilleuse quand nous nous aimons, quand tu t’abandonnes à ma tendresse. Te souviens-tu Mariezou chérie, de notre bonheur, de notre amour, de notre ravissement ? Te souviens-tu de nos caresses ? Comme il était bon de s’aimer. Ma fiancée bien-aimée, c’est vrai que nous nous rappellerons toujours ces dix jours de nos fiançailles. Il n’y a rien à enlever de ces dix jours : nous en sommes sortis liés par notre promesse, par une connaissance plus vraie de ce que nous sommes, par les plus tendres caresses. Notre union, pour n’avoir pas encore été totale, n’en a pas moins été pleine de délices : Ô ! Chérie, comme ce sera fou d’être l’un à l’autre, d’être unis comme le veut notre amour. Tout ce que nous connaissons l’un de l’autre ne nous a offert que des merveilles.

Chérie chérie, tu vois que je suis déjà bien fou de toi ! Je suis obligé de vivre avec toi par toutes les forces de mon être, et mes souvenirs, mon regret présent, mes désirs, s’amalgament pour faire de moi ton esclave, ton adorateur ! Ma déesse, ma petite fille, est-ce que cela t’ennuie d’être tant aimée ? Dis-moi ton amour, tes baisers, dis-moi ta tendresse, dis-moi tout ce que tu m’as dit d’aveux passionnés : j’ai tant besoin de toi, je suis si triste sans toi. Tu me parles de cet avocat, ami de ton frère, qui admire extrêmement sa femme ? Si tu savais comme moi je t’adore, comme je te trouve belle, incomparable. Et en vérité, tu l’es, avant quiconque.

Moi aussi je me souviens de notre première journée, au cours de laquelle nous sommes allés au Biarritz avec Claudie. Oui, c’était splendide, nous étions passés par l’hôtel : je me souviens encore de ton parfum de ce jour, de la douceur de ton cou, de mon merveilleux plaisir à prendre tes lèvres. Je me souviens de ton corps entre mes bras, contre moi. Je me souviens de tout ce que tu étais dans le moindre détail : je t’adore tellement. Tu le vois, aujourd’hui je ne sais que te dire mon désir de te retrouver telle que tu étais, à moi, que mon désir de t’avoir à moi plus encore. Mon amour de Zou, tes lettres me donnent tout le bonheur, tout le réconfort qui me sont nécessaires. Comme cela et comme cela seulement, je saurai t’attendre. Je comprends combien tu m’aimes, tes lettres sont presque aussi douces, adorables que toi. Ce que j’ai fait depuis hier ? J’ai écrit pour me distraire. Même quand je m’amuse ça devient toujours un peu nostalgique. Je suis allé voir mes hommes du dépôt, et c’est tout, ou plutôt non : j’ai tout le temps pensé à toi.

Je reçois à l’instant ta lettre du 21 (hier j’avais celle du 20). Tu es triste, mon amour chéri ; mais je pense que justement tu aurais dû venir me parler, me raconter nos tendresses : c’est notre seul remède. Mon petit Zou adoré, s’il le faut, si la guerre doit durer, j’irai te chercher et nous nous marierons. Quand nous aurons connu toutes les joies, tout le bonheur, tout le plaisir d’être l’un à l’autre, la guerre pourra bien nous faire souffrir. Nous aurons quand même eu notre part. Ma petite pêche, ma peau-douce, est-ce que si je t’embrasse, si je te donne toutes les douces caresses que tu veux, si je prends ta bouche doucement, si je te donne tout ce que tu aimes, tu auras la force de me sourire ? Alors je le fais, et cela me remplit de bonheur. Es-tu moins triste maintenant que je t’ai dit que je t’adore ?

François

23/3/40

Mon amour chéri, je t’ajoute ce petit mot car je ne puis me résoudre à cacheter ma lettre sans te crier encore une fois mon amour. Tu sais Mariezou que je t’adore. Dis, mon petit Zou bien-aimé, ne sois pas triste. Tu es si jolie avec ton beau sourire. Tu es si jolie tout le temps et je t’aime si follement. Quand tu as de la peine, viens tout de suite à moi, raconte-moi tout ce qui te passe par la tête. Je mets ma tête sur tes genoux et je t’écoute.

Mes jours et mes nuits se passent toujours auprès de toi. Le jour, je pars seul pour mieux retrouver ta présence, la nuit je rêve à toi, j’évoque tout ce que tu es. Parfois, j’ai la sensation que tu es auprès de moi, que je puis me pencher sur toi pour t’embrasser, couvrir ton corps du mien pour le sentir vivre. Je n’arrête mes baisers que pour te dire mon amour. Et tu restes, comme tu le seras plus tard, tous les soirs de notre vie, couchée contre moi, dans mes bras, uniquement et merveilleusement à moi.

Ne t’inquiète pas mon amour, mon amour chéri. Le temps passe malgré les tristesses. Je te jure que tu seras ma femme quand tu le voudras. Ma toute petite fiancée, tu sais bien que tu es toute-puissante. Chérie, je n’ai rien désiré, je n’ai rien aimé : tu es ma bien-aimée, tu es mon désir. Pense que peu d’hommes auront adoré une femme autant que moi je t’ai aimée. Et je t’embrasse avec toute la violence de mon amour. Je t’offre tout ce que tu exiges de moi. Tout ce que tu désires. Je t’aime.

François

[Apostille :] Je t’écris tous les jours, ne t’inquiète pas chérie. Je t’aime à la folie. Pour ma demande, j’ai en effet écrit à ton père qu’elle n’avait pas été acceptée par le Bataillon toujours pour la même raison. J’ai réussi à la faire suivre, mais le Régiment n’a pas pu la classer avant les demandes admises ! Mais cela n’a aucune importance réelle. Il suffirait d’un mot de [Jean ?] Fabry1, je suis sûr, auprès du Cabinet du ministre.