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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

06 July 2022

“ÊTRE PLUS FORT QUE LA GUERRE”.

MARIE-LOUISE RENCONTRE LE PÈRE DE FRANÇOIS MITTERRAND

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

4 pp. in-12 (197 x 134 mm), encre brune

CONTENU : 

Le 21 février 1940

Mon petit Zou chéri, j’ai reçu avant dîner ta lettre du 18, postée rue Singer le 19. Tu m’y annonces ton départ pour Paris. Dis-moi exactement quand tu quittes Valmondois de façon que je t’écrive Avenue d’Orléans. Je suis content que tu aies l’occasion de faire la connaissance de papa. Je lui ai souvent dit que ça valait rudement la peine de te voir. Je voudrais bien être à sa place dimanche prochain.

Mon tout petit Zou, je suis évidemment très ennuyé de te savoir fatiguée. Je serais profondément heureux que tu n’aies rien mais il vaut mieux tout essayer pour déceler la cause précise de ta fièvre, pour la bien connaître afin de la combattre efficacement. Si je m’inquiète pour toi parce que je t’aime, je ne m’inquiète pas le moins du monde pour nous, parce que je t’aime. Songe, ma fiancée adorée que tout nous est commun, que notre vie commune a commencé réellement depuis que nous lie notre promesse. Et je voudrais que cette pensée te fasse du bien.

Bientôt nous nous marierons et ce sera la réalisation tant désirée de notre amour. Quel bonheur sera le nôtre ! J’ai hâte, mon amour chéri, de te posséder totalement, tellement hâte de t’avoir toute à moi. J’ai besoin de toi, de ton amour et de ton abandon. Je ne désire que toi, ma délicieuse petite déesse. Je t’aime tant. Je suis sûr que si tu étais ma femme bien-aimée, nous serions l’un et l’autre invulnérables. La guerre ? Les fatigues ? Tout cela sera anéanti dans le bonheur de notre union. Je t’adore, ma pêche chérie. Je veux que tu le saches tellement que tu en sois infiniment heureuse.

Cette journée a été très belle. Soleil radieux qui donnait aux collines une noblesse nouvelle. Tu vois, chérie, j’ai beaucoup plus de vitalité que d’enthousiasme. Je suis assez content de moi ! Je redoutais la guerre car l’exemple de 1914 a prouvé que beaucoup d’anciens combattants avaient épuisé toutes leurs réserves d’énergie, de vie et n’avaient pu s’adapter au rythme de l’après-guerre. Or, six mois ont passé, et je me sens plein d’une égale vitalité. (Tu appelles cela enthousiasme, ce n’est pas tout à fait le cas : je suis souvent bien sceptique, mais j’aime la vie et ne veux pas être vaincu par elle). Sans doute je réagis souvent avec violence. Mais preuve qui abonde dans le même sens, je crois qu’on ne m’usera pas. Et pourtant le travail est dur. De 7 heures à 16h30 maintenant, sur le terrain ! Ce n’est guère reposant. Plus que cela, c’est souvent épuisant. Mais je veux tenir le coup. Être plus fort que la guerre.

Et tu n’es pas étrangère, chérie, à ce désir. Je veux être fort pour nous. C’est à toi d’ailleurs que je dois cette volonté. Je t’aime tant, je t’ai tant aimée que je m’étais juré de te reconquérir malgré les souffrances, le désespoir. Je te dois tout, mon amour chéri. Mon Zou, tu ne peux savoir comme il m’est difficile de t’écrire ce soir de façon suivie ! Quelques camarades sont réunis avec moi et les bouteilles d’alcools divers s’accumulent ! Ma table bouge à chaque instant et le bruit ne m’épargne pas. Ça ne fait rien, ma douce chérie. Je te dis que je t’aime. Cela te suffit-il ?

J’ai envie de te faire une déclaration solennelle. Je t’adore. Ma belle petite fille, comment pourrais-je ne pas t’aimer, te désirer follement ? Tu es si ravissante, si enivrante. Vivre avec moi, je ne sais si ce sera si agréable que ça pour toi (je ferai mon possible !). Mais vivre avec toi, t’aimer, posséder ta merveilleuse tendresse de femme adorable, mon Marizou, il n’y a certainement rien de comparable. Tes baisers, mon amour, sont si doux. Tout ce qui est toi est si délicieux. Je t’aime et je t’embrasse avec amour.

François

J’ai vu que Zog, l’ex-roi d’Albanie, devenait ton voisin. Il a de la chance.

[Apostille :] Dis bonjour à notre Paris pour moi. Je t’aime