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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

06 October 2022

ALLUSION CLAIRE À L’AUTRE RENCONTRE DE CATHERINE LANGEAIS : “NOUS COMMENÇONS NOTRE VIE, SEULEMENT ET TOTALEMENT À NOUS… LE RESTE EST EFFACÉ, PURIFIÉ PAR CE QUI EST NOUS”.

“TU ES LÀ, CHÉRIE, ET JE METS MES COUDES SUR TES GENOUX”

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

4 pp. in-12 (199 x 135 mm), encre noire

CONTENU : 

Le 13 mars 1940

Mon amour chéri, ce matin le vent souffle en tempête et la pluie tombe violemment. Contraste avec le beau soleil d’hier ! Heureusement que la nature est plus inconstante que nous. Aujourd’hui comme hier, je t’aime. Je me suis pénétré de tes deux lettres du 10. Quelle bonne idée que tu as eue de m’écrire longuement : cela a sauvé ma soirée qui s’annonçait triste. Je constate une chose : nos pensées depuis cinq jours se sont curieusement rencontrées ; nous nous sommes dit à peu près les mêmes idées, les mêmes sentiments et d’une manière presque identique. Ce qui prouve que notre union est de plus en plus complète. Non seulement notre union physique mais encore notre union spirituelle. Nouvelle preuve que tout va de pair. Comme tu l’exprimes si bien : on ne peut voir le raccord. Mon Zou bien-aimé, je suis vraiment émerveillé par notre amour. Je ne pensais pas autrefois qu’il était possible d’arriver à une telle entente, à une telle tendresse avec une femme. Je pense maintenant que j’ai une chance plutôt exceptionnelle : c’est si merveilleux de savoir que ma femme sera celle que j’aime, celle à laquelle me lie tout un passé d’amour, un présent de bonheur. Le mariage est si souvent une œuvre imparfaite à cause de l’amour médiocre qui lui sert de base.

Mon petit Buju chéri, je t’adore. Vois-tu, nous avons connu ensemble à peu près tout : des joies splendides, des souffrances, et même le risque extrême de l’amour : la connaissance parfaite de ce que nous sommes l’un et l’autre. Mais aucune de nos peines n’a ressemblé à une déception. L’amour est le plus fort, infiniment. Nous sommes à jamais tout l’un pour l’autre, l’un à l’autre. Comme la vie est ennuyeuse, morne, inintéressante, sans toi. Tu es toute ma vie. (Je te l’ai dit en partant d’Angoulême). Je voudrais arriver à t’écrire comme si tu étais près de moi, avec autant de simplicité, ne jamais avoir l’impression d’écrire.

Tu es là, chérie, et je mets mes coudes sur tes genoux. De temps en temps, je t’embrasse. Tes lèvres sont merveilleusement douces, chérie, tes baisers me comblent de joie. Car tu es belle et ravissante, et je t’aime. J’aime te caresser, ma peau-douce. Déjà tu m’appartiens et plus rien ne reste en toi que la trace de mes caresses. Car moi, je t’aime à la folie, et tu es mienne. Ma petite fiancée, je t’adore. Tu es jolie. Te voir me ravit. Aucune femme au monde ne m’a procuré plus de ravissement que toi. Tu as raison, mon amour, de dire que si j’avais voulu te prendre (comme je l’ai sans doute désiré, mais je pense qu’il ne le fallait pas), cela n’aurait pas gâché notre amour. Non seulement, cela sera la conclusion nécessaire et normale de notre union, mais plus encore c’en sera une merveilleuse étape. (Moi, je ne dis pas “conclusion”. Te souviens-tu de ta première lettre ? Tu la terminais ainsi : “je ne finis pas, car rien ne doit finir”. Tu avais déjà compris le sens de l’amour).

Je te disais avant de partir que je craignais le retour par bouffées des pensées qui me déchirent. Celles qui me disent que tu as appartenu à un autre que moi. Ne crains pas, chérie : ces pensées, je les chasse. Tu avais sans doute des obligations vis-à-vis de toi, tu n’en avais pas vis-à-vis de moi. Et si j’ai beaucoup de peine, si je m’irrite contre la bêtise du sort qui a permis cela alors que le jour était si proche de ton retour près de moi, je n’éprouve rien d’autre à ton égard que le sentiment obscur d’une sorte d’injustice qui se serait abattue sur moi, et surtout sur toi. Nous nous aimons tant, notre amour est si merveilleux. Chérie, mon amour, ne souffre plus de tout cela. C’est fini. Nous commençons notre vie, seulement et totalement à nous. Nous avons encore toute la beauté devant nous. Tu verras que nous serons heureux, très heureux. Ne parlons plus du reste : le reste est effacé, purifié par ce qui est nous.

Mon Marizou, je compte sur un programme détaillé de tes occupations ; raconte-moi (je numérote pour que tu n’oublies rien !) :
1) Ce que tu penses de Jarnac, de ceux qui l’habitent.
2) Tes conversations avec les uns et les autres.
3) Ton retour chez toi.
4) Tes projets : quand pars-tu pour le Midi ?
5) Tes faits et gestes de Paris, de façon que je puisse te suivre, comme je le faisais : je ne pouvais pas arriver à te quitter quand je te savais là !
À propos de ton voyage dans le Midi (et de tes autres voyages futurs) : combine bien :
1) Le jour où tu devras me prévenir de ton départ, pour que j’écrive immédiatement à ta nouvelle adresse. N’oublie pas qu’il faut 5 jours pour qu’une lettre parvienne à la Côté d’Azur. Donc faire attention au temps que met ta lettre à me parvenir (2 jours, de la Seine), puis au temps que mettra ma réponse (5 jours ou 6 pour Bandol, par exemple).
2) Surtout chérie, essaie de ne pas me laisser un jour sans rien de toi ! Au début, je ne te l’aurais pas demandé, car je n’aurais pas voulu avoir l’air de te donner une ligne de conduite ! Mais maintenant, je sais que tu fais tout ton possible pour ne pas occasionner de coupures. J’espère donc que tes voyages te laissent le temps de m’envoyer au moins un mot d’amour quotidien. Pourquoi je souhaite cela ? Parce que tu sauves mes journées.

Autre question : ne crois pas que si je te parle des photos d’Art, c’est pour t’inciter à passer chez Piron ! Mais pour éviter toute erreur, n’oublie pas que Otto et Piron, 3 place de la Madeleine, sont prévenus de ta visite au nom de M. Mitterrand, donc, le cas échéant, précise cette indication. Ils savent où s’adresser pour tout règlement. Et les photos prises à Jarnac ? Il y avait 2 rouleaux à faire développer : un pris à moitié à Paris, à moitié à Jarnac (je crois), l’autre fois avec toi. Je serais très content de les avoir le plus tôt possible !

Ma toute petite fille chérie, à ce soir. Je t’écrirai de nouveau, comme de coutume. Et c’est un bonheur pour moi de penser que pas un jour ne s’écoule sans que nous ne nous exprimions notre amour. Je t’embrasse et te donne mes plus doux baisers, toutes les caresses qui nous unissent et disent pour nous notre tendresse. Je t’aime.

François