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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

27 May 2022

L’ADMISSION DE FRANÇOIS MITTERRAND AU “PELOTON” EN EST AU MÊME STADE QUE CELLE DE SON AMI GEORGES DAYAN

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

4 pp. in-8 (209 x 151mm), encre noire

CONTENU : 

Je reçois ta lettre du 16 postée le 17 et le porte-monnaie qui assure la permanence au fond de ma poche gauche ! Merci, chérie, tu es sensationnelle.

Le 19 mars 1940

Ma pêche que j’aime, tu es délicieuse : on a envie de te manger, de te croquer, de te dévorer. On voudrait t’emporter, te prendre. On voudrait rendre pour toi les baisers mille fois plus doux qu’ils ne sont, les caresses mille fois plus merveilleuses. On ne sait plus exactement comment t’aimer assez pour combler le millième du désir qu’on a de toi. On est parfaitement incapable de te dire le quart du quart de ce qu’il faudrait te murmurer toute la vie pour exprimer une parcelle de l’amour qu’on est forcé d’avoir pour toi.

Voilà ce qui saute aux yeux, ce qui écrase l’esprit quand on te voit, même en image. Voilà ce que je me répète depuis que tes photos m’apportent un peu de toi-même, ou plus exactement : voilà ce que je me répète depuis que je t’ai vue pour la première fois. Tu es belle, ravissante, éblouissante ; et quand je vois par la même occasion mon nez à double croche et mon ceinturon de travers, ça me met en colère. Ma douce chérie, ma petite déesse, je t’assure que l’amour ne m’aveugle pas, que j’ai l’esprit critique encore aigu, que tous les rouages fonctionnent bien : mais, rien à faire : je suis obligé de reconnaître qu’il n’y a rien de mieux que toi. Toi tu peux, aurais pu, pourras être mieux encore : mais seulement vis-à-vis de toi-même (peut-être de moi, aussi). Mais le reste du monde est infiniment au-dessous de toi (de nous ?). Tu n’es perfectible que par rapport à toi-même. Par rapport au reste du monde, tu es une perfection.

Voilà, chérie, une mise sur les autels ! Mais ce n’est que constater une chose acquise. Il y a bien longtemps qu’en moi tu as tout dévoré, que tu t’es installée en moi, que mon autel particulier t’est dédié. Sans doute, tu vas me répondre par une lettre courroucée. Tu me diras que tu es comme toutes les autres, que tu as agi comme les autres. Quand tu auras fini, tu me permettras, mon amour, de t’embrasser. Après cela, seras-tu comparable aux autres ? Je ne sais pas si j’ai envie de rire ; même quand j’ai l’air de m’amuser. Chérie, par contre, je sais que je meurs d’envie de t’embrasser. La douce place de ton cou ; tes lèvres. Je voudrais te sentir vivre contre moi. Et rester ainsi de longues heures à t’aimer. Mon amour chéri, ta lettre d’hier soir m’a ravi. Oui, nous ne pourrions pas vivre autrement qu’ensemble. Tu seras ma femme. Il faut que tu sois bientôt ma femme ou comment trouverons-nous la force d’attendre, de vivre encore sur un amour qui n’est pas tout ? Comment pourrons-nous résister à notre désir d’être parfaitement l’un à l’autre ? Ma bien-aimée, l’un et l’autre nous nous plaignons de mal exprimer l’immensité de notre amour. Quel moyen trouver ? Moi je ferme un instant les yeux, je te recrée, près de moi et c’est presque comme si tu étais là, comme si je pouvais te sentir, te toucher. Alors je te parle, et tu m’entends.

Question pratique : il est de toute première importance de réussir mon admission au peloton. Les avantages sont innombrables : je te verrai souvent, régulièrement et pendant plusieurs mois. (Merveilleux avantage : se voir, s’aimer, avoir des journées à nous deux seuls !). De plus, certitude d’une situation matérielle, d’une somme qui tombe dans la caisse chaque mois ! Voici où j’en suis : ma demande a quitté le Régiment, non choisie par lui, mais elle l’a quitté. J’en suis au même point que mon ami Dayan. Si donc elle n’atteint pas le Ministère, ce sera uniquement par erreur administrative contre laquelle il devrait être possible de réclamer. Si elle atteint le Ministère, ce sera l’affaire des appuis. Je suis anxieusement l’affaire : elle est importante.

Chérie, chérie, je suis très heureux de ce que tu me dis de ton entretien avec Claudie. C’est si bon d’avoir un trésor d’impressions, de bonheur, à soi et seulement à soi. Je t’avais dit mon irritation devant les indiscrétions, les impudeurs des jeunes femmes : je n’avais pas trop insisté. Si tu l’as retenu (et cela me fait un très grand plaisir), c’est que tu as compris la valeur que cette délicatesse avait pour moi. C’est merveilleux, tu comprends tout.

Mon tout petit Buju chéri (et Bedeur ? et Gredet ? que deviennent-ils ?). J’ai envie de te dire que je t’aime. Le temps est si long sans toi qu’il m’arrive de désespérer. J’ai besoin de toi. J’espère que tu n’as pas tout à fait oublié nos moments si doux de bonheur ; ceux que nous avons connus à Jarnac, fous de notre amour. Ah ! Chérie, que bien vite tout cela revienne ! En plus beau encore. Car un jour proche tu seras à moi, tu te donneras à moi, nous connaîtrons toutes les merveilles de l’Amour, de notre amour. J’ai tellement hâte que tu sois ma femme ! Je t’aimerai à la folie. Ma Marie-Louise, je te donne les caresses que tu veux, je t’embrasse avec amour, je t’aime. Je t’adore.

François