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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

06 October 2022

“JE ME PLAIS À T’AIMER D’UNE MANIÈRE EXTRÊMEMENT MATÉRIELLE”.

ÉVOCATION DE MARIE-LOUISE “ÉBOURIFFÉE” APRÈS LEURS “HEURES DE TENDRESSE”

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

4 pp. in-8 (205 x 155mm)

CONTENU : 

Le 20 mars 1940

Mon amour chéri,
Décidément je t’adore. Je lis et relis tes lettres. Elles me ravissent. Mon adorable petite fiancée, nous serons follement heureux ensemble. Je suis exigeant ? Pas le moins du monde ; je suis prêt à t’obéir, chérie, toute ma vie, à faire tout ce qui pourra te rendre heureuse. Et ce qui me rassure, c’est que je sais bien que ce que tu veux sera nécessairement ce que je veux : parce que nous nous aimons. Je te jure, mon amour, que ta tâche ne sera pas rude. Elle le serait pour quiconque ne serait pas toi. Mais la question ne se pose pas. Tu verras comme il sera bon et doux de vivre ensemble. Ne t’ai-je pas appelée ma petite déesse ? Comment pourrait-on faire la moindre peine à une petite déesse aussi délicieuse que toi ? Et puis, je t’aime. Notre amour n’est pas irréel le moins du monde, et c’est ça qui m’émerveille : il est total. Je me plais à t’aimer d’une manière extrêmement matérielle. C’est si bon de t’aimer ainsi. Tu es belle, ravissante. Tu comprends dans quel sens je te dis cela. Si je me défiais de l’amour physique, c’est qu’entre nous tout ne serait pas parfait ; et c’est pourquoi je me réjouis de ne pas avoir fait de toi une déesse inaccessible. Si je t’adorais seulement comme une image ou une vision enchanteresse, je ne t’aimerais pas autant que je t’aime. Mais je ne sais rien de plus étonnant, de plus enivrant que notre amour, que cet accord parfait de nos caresses, de nos désirs et de ce prestige spirituel dont tu me parles.

Je ne crois pas qu’il nous sera si difficile “de garder chacun aux yeux de l’autre, le même prestige, la même grandeur”. Je l’ai pensé autrefois ; mais l’expérience de notre tendresse m’a prouvé que je me trompais. Voici tout de même plus de deux ans que nous nous aimons. Nous avons appris à mieux nous connaître, nous savons presque tout l’un de l’autre. L’épreuve est donc commencée depuis longtemps. Elle a toujours pour moi été délicieusement rassurante. Nous exigeons beaucoup de nous. Nous ne voulons pas d’un bonheur statique, installé, médiocre. Nous voulons nous parfaire l’un par l’autre. Nous ne négligeons rien non plus pour que notre amour soit incomparable dans tous les domaines. Avons-nous été déçus jusque-là ? Nous avons sans doute souffert parfois l’un par l’autre, mais cette souffrance était justement intimement liée à notre amour, et n’a jamais eu aucun rapport avec une déception. Je ne t’ai jamais moins aimée, au contraire. Sans doute, mon amour chéri, nous devrons rester dignes de cette volonté de toujours nous aimer follement, mais cette volonté se confond avec tous nos désirs. C’est une volonté infiniment douce. Oui, ma pêche aimée, notre vie sera belle telle que nous la comprenons. Tu me le dis : nous chercherons ensemble la perfection. N’as-tu pas remarqué que notre amour était déjà une grande force ? Nous sommes séparés mais la vie continue autour de nous avec ses tentatives, ses laideurs, ses attraits. Nous nous aimerions moins, nous risquerions certainement beaucoup. Mais depuis que je t’aime, je sens chacun de mes actes dirigés par toi. Je me mépriserais si j’accomplissais quoi que ce soit contre toi, contre notre amour. Tu n’en saurais rien mais moi je serais rongé par le remords d’avoir avili notre merveilleuse tendresse.

Pour toi, j’essaie de vivre bien et j’y réussis. Tu es perpétuellement présente en moi : comment pourrais-je agir sans toi ? Sans t’entraîner avec moi ? Ce ne serait pas seulement criminel mais encore bête, idiot. Quand on possède ce que j’ai, on a tout. Ma bien-aimée, en m’aimant, tu m’as tout apporté. Tu feras de moi un être meilleur, plus complet, plus compréhensif. Mon petit Zou chéri, je t’aime tellement. Tu étais confuse quand je disais à tout le monde “Regardez-la, n’est-ce pas qu’elle est vraiment très réussie” ? Cela m’amusait. Mais je disais vrai. Tu es si jolie mon amour, et tes sortilèges sont si délicieux. Je n’ai jamais été plus heureux que pendant nos longs instants de tendresse. J’aurais voulu que mes caresses t’expriment mieux que tout mon amour. Ma peau-douce, est-il possible de connaître de plus douces caresses que celles que nous avons vécues ? Oui, mais dans un seul sens : le don total de nous-mêmes, dans l’union plus belle encore qui nous attend.

Ma Zou, je crois que je suis en train de t’écrire la même lettre que toujours. Mais derrière les mêmes mots, les mêmes phrases, tu sauras découvrir un amour toujours aussi neuf, aussi violent. Je t’aime. Ne me dis pas que tu me racontes “des petites histoires sans intérêt”. Je dévore tout ce que tu me dis. J’aime que tu me dises tes occupations, toutes “ces petites histoires” qui font ta vie et sont précisément pleines d’intérêt. N’hésite donc pas, chérie, à me tenir au courant de tes moindres faits et gestes : ils occupent tellement mon esprit, ils me permettent de mieux me raccrocher à ta vie matérielle.

Chérie, je voudrais te voir. Lorsque tu te coiffes après ton sommeil, comme tu le faisais après nos heures merveilleuses de tendresse, lorsque tu mets ton fard (je ne regarde pas mais je sais les gestes que tu vas faire), tu es jolie, ébouriffée, ma douce chérie, avec tes joues roses sous mes baisers. Comme tu es resplendissante, ma petite fille abandonnée entre mes bras. Quand te reverrais-je ainsi ? Quand retrouverons-nous les douceurs de nos caresses ? Mon amour, n’est-ce pas que rien ne peut être plus beau que notre vie, telle que nous la devinons ?

Il faut bien vite que nous vivions de nouveau notre amour. Et c’est pourquoi je désire si ardemment mon admission au peloton. Quatre mois pendant lesquels nous ne manquerons pas une occasion de nous voir. Quand je pense à la valeur d’une seule journée vécue toute entière avec toi, cela m’éblouit.

Ma chérie, je te remercie beaucoup d’avoir pensé à me faire l’envoi du petit paquet que j’ai reçu avant-hier. Toutes ces pensées, ces attentions s’inscrivent dans mon cœur. Je t’aime. Je ne sais pas si ma lettre est intéressante. Je ne te parle que de notre amour. Aujourd’hui, je ne sais que cela. Je t’adore. Je veux ton amour. Aussi mon petit Buju bien-aimé, ne me dis pas que tu viens juste de mettre du rouge. Tant pis pour moi. Je t’embrasse et ce baiser contient toute ma tendresse.

François