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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

24 May 2022

FRANÇOIS MITTERRAND PARLE DE GEORGES DAYAN, FRANÇOIS DALLE ET LOUIS CLAYEUX, QUI TOUS TROIS CONNAÎTRONT UN GRAND AVENIR.

“TOUS CES NOMS TE DEVIENDRONT FAMILIERS ; ILS ÉVOQUENT POUR MOI DE VIEUX SOUVENIRS, CHARMANTS, LIÉS À TOUTE MON ÉVOLUTION DE CES DERNIÈRES ANNÉES. ILS SONT AUSSI LE PRÉSENT. PLUS TARD, TOUS ONT LEUR CHANCE D’ARRIVER AUX PREMIÈRES PLACES : MAIS QUE FERA DE NOUS LA GUERRE ?”

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

4 pp. in-12 (180 x 139 mm), encre noire

CONTENU : 

Le 21 mars 1940

Ma merveille chérie, moi aussi, je t’embrasse passionnément. Moi aussi, je désire violemment le moment où tu m’appartiendras. Je veux que tu comprennes ceci à chaque ligne de mes lettres, même quand je ne l’écris pas. Et c’est pourquoi je commence ma lettre ainsi : au fond, je n’ai qu’une chose, éternelle, délicieuse, incomparable, à te dire : je t’aime.

Je pense comme toi, chérie, à notre bonheur si la guerre disparaissait soudain. Tu serais ma femme, nous ferions notre vie. Nous pourrions agir seulement en raison de notre amour. Cela viendra un jour, mais quel ennui d’avoir à accepter un délai. Notre bonheur exige que tu sois à moi, que nous connaissions l’entière douceur de l’amour : pourquoi cette maudite guerre nous prive-t-elle de la suprême joie, de notre immense désir : cette union, cette vie parfaitement partagée, ce merveilleux plaisir de vivre ensemble ?

Mon petit Zou que j’aime, je songe bien souvent à notre tendresse et aux joies qu’elle nous a déjà procurées. Je reviens avec délices à tout ce que nous avons connu ensemble. Et quand j’essaie de comprendre pourquoi ce que j’ai vécu avec toi n’a rien de comparable, je suis obligé d’avouer que je dois être un favori des dieux (sans trop savoir pourquoi) : tu es la plus ravissante de toutes les femmes du monde… Et c’est à moi que tu appartiens.

Chérie chérie, je m’ennuie de toi. Je t’adore ; je suis malheureux loin de toi. Tu as bien raison de t’étonner : c’est extraordinaire comme nous sommes liés, indispensables l’un à l’autre. Que sera-ce quand nous serons totalement l’un à l’autre, lorsque nous serons unis pour toujours.

Mon emploi du temps est monotone. Je rends régulièrement visite à mon dépôt de munitions. Cela me procure de belles promenades. Souvent, j’éprouve l’envie de t’avoir à mon bras : les collines et vallées d’ici sont vastes, imposantes, belles – nous les admirerions ensemble. Depuis ce matin, je suis chargé du mortier de la compagnie. Le mortier est un petit canon, de 60 mm de calibre. J’ai sous mes ordres six hommes et un cheval ! Cela n’est que provisoire, et bientôt je retrouverai ma section ; mais c’est une responsabilité sérieuse.

Chaque soir, je reçois le courrier : vers 16 heures. Quotidiennement, j’aperçois tes grandes enveloppes bleues : je passe mes journées à les attendre. Tu es évidemment très absorbante ! Toutefois, j’écris toujours à quelques amis (je suis pourtant obligé de constater que le dicton est vrai, je t’aime et le reste n’a plus ou presque plus d’attraits pour moi). J’ai des nouvelles régulières de Georges Dayan et de François Dalle, que tu connais. D’autres que tu connaîtras : Louis Gabriel Clayeux, Jean Herpin, Guy de La Vaissière. Tous ces noms te deviendront familiers ; ils évoquent pour moi de vieux souvenirs, charmants, liés à toute mon évolution de ces dernières années. Ils sont aussi le présent. Plus tard, tous ont leur chance d’arriver aux premières places : mais que fera de nous la guerre ?

Mon amour chéri, toi qui seras toujours auprès de moi, je t’assure que je serai fier de te présenter à ceux que j’estime : les ménages sont rares où la confiance, la compréhension, l’amour vont de pair. Je te jure, mon amour, qu’à nous deux nous construirons ce chef-d’œuvre : tu seras ma compagne, ma femme dans tous les domaines, dans tous mes désirs, dans tous mes actes. Il faudra que personne ne puisse nous séparer quand on voudra parler de nous. Nous ne serons qu’un. N’est-ce pas, chérie, que nous nous aimerons passionnément ? Ma peau-douce bien-aimée, je t’adore. Un jour, il faudra que je t’écrive une lettre où il n’y aura que ces mots. Je t’adore, je t’adore, etc. (Je ne mettrai pas et cætera !).

J’ai reçu hier soir un mot de ton père qui me parle du peloton. Si tu le vois (je ne veux pas lui récrire seulement pour ça), tu peux lui dire que Dayan était parti au Régiment, comme moi avec avis défavorable, ce qui n’a rien empêché. En réalité, c’est un obstacle minime : les appuis font tout et très facilement. Ton père ajoute qu’il va prendre 3 jours de permission à Valmondois pour que tu aies quelque chose de moi sûrement. Mon amour, je t’aime et te désire ardemment. Perpétuellement vivent en moi le souvenir de nos caresses merveilleuses et le désir de te prendre bientôt pour connaître enfin tout l’amour qui doit être le nôtre. Je t’aime infiniment chérie.

François

J’ai reçu hier ta lettre postée le 18. Aujourd’hui, celle du 19. Tu es ma petite fiancée et je t’aime follement, chérie Zou.