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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

03 October 2022

GEORGES DAYAN, CONFIDENT DE FRANÇOIS MITTERRAND

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

4 pp. in-8 (180 x 139mm), encre noire

CONTENU : 

Le 22 mars 1940

Mon amour chéri, voici un printemps qui commence bien. Les giboulées qui avaient choisi le rythme exagéré de dix minutes de fureur pour dix minutes de sérénité ont cessé depuis ce matin. C’est un Vendredi saint majestueux et qui n’a pas besoin d’une orchestration pour se faire entendre. Coutume absurde : à chaque instant des enfants passent en tournant des crécelles ; ils crient : “c’est l’Angélus”, bêtement. Ils sont chargés de remplacer les cloches voyageuses. Pourquoi remplacer ? Le symbole ne suffit donc pas ? Voici un cas typique de la défiguration des belles croyances, une utilisation baroque et, au fond, dangereuse des symboles.

Mon Marizou chou, je viens de recevoir ta lettre écrite le 19, mise à la poste le 20 et datée sur le cachet le 20 à 15h30 (tes lettres précédentes étaient datées de même). Je la reçois à 15 heures. Elle a donc mis deux jours pour aller de l’avenue d’Orléans à moi. Tu ne m’annonces pas de départ pour Valmondois, (ton père m’en parle dans sa lettre du 18), je continue donc de t’adresser mes lettres à Paris ; comme toutefois il se pourrait que tu aies quitté Paris pour les fêtes de Pâques, je t’envoie comme hier, un petit mot à Valmondois. Tu auras ainsi de toutes façons quelque chose de moi.

Mon amour, la réflexion de ta mère m’amuse beaucoup, et je m’amuse aussi que tu n’aies pas manqué de la repérer ! Oui, cela prouve que l’idée de notre mariage fait secrètement du terrain : il faut la faire progresser, pour cela ne négliger aucune circonstance favorable. C’est plus commode pour toi que pour moi, mais je sais bien que nos intérêts avec toi sont dans de très bonnes mains ! Il faudra sans doute utiliser la guerre : car elle risque d’être longue. Mes scrupules intérieurs sont les mêmes : cela m’ennuie de te laisser seule de longs mois alors que ton mariage ne devrait que te rendre heureuse, cela m’ennuie de te risquer de te laisser pour toujours. Mais ces scrupules sont combattus par ces deux réflexions : tu es très jeune et tu pourras facilement refaire ta vie. Il serait cruel de laisser échapper ce que notre mariage nous promet de bonheur. À ces réflexions, j’ajoute ce réflexe : je te désire violemment. Je t’aime. Je te veux. Je t’adore, et je ne puis concevoir que ma vie puisse finir sans que tu aies été liée à moi à jamais.

En même temps que ta lettre de ce soir, je reçois des nouvelles de Colette et de Georges Dayan. La première me dit peu de choses : elle tient seulement en peu de lignes à me dire son affection et quelques faits brefs concernant la maison. Le second m’écrit selon la coutume, son amitié. Il me parle de notre rencontre et de l’impression de bonheur qu’il lit en toi et en moi. Donc, tu rages une fois de plus contre Jean Duhamel ! Et Pierre D. que devient-il ? Sait-il que tu es fiancée avec moi ? Cela le stupéfiera un peu ! C’est un brave type, je crois, mais pas très fin.

Que dit-on à Paris, et chez toi, du Ministère ? Optimiste ? Moi, j’ai un préjugé favorable à l’égard de Reynaud, mais je crains que ses trop nombreux ministres lui compliquent la tâche ! T’ai-je dit que j’étais allé de nouveau au cinéma ? (Offert par la femme d’un lieutenant du régiment, de Lesseps). J’y ai vu Arlette et ses papas avec Dearly et Jules Berry (excellents acteurs). Plutôt amusant. Avant, un documentaire sur la guerre, un peu idiot, à ne pas présenter à des gens qui en sortent et qui ont envie de rire devant les fac-similés.

Tu es adorable chérie d’aller te faire photographier. Tu es douce, douce et je t’aime : il serait vain de te dire autre chose en guise de remerciement. J’écris peu actuellement. Je t’enverrai demain quelques pages (fantaisies ou plutôt souvenirs impromptus, pas travaillées, mais qui peuvent l’être). Ma petite pêche adorée, sais-tu que j’ai toujours l’envie furieuse de t’embrasser, de te serrer contre moi pour t’exprimer mon amour ? Je t’aime, et tout est contenu dans ces mots.

Tu recevras cette lettre le jour de Pâques peut-être. Sois joyeuse, ce jour-là Marie Zou chérie. Pense à moi, je ne ferai qu’être auprès de toi. Je ne ferai que t’aimer. Ma merveille, mon délicieux petit Zou, tes lettres me ravissent toujours. Ma petite fiancée, tu sais, je pense souvent au temps où nous serons mariés. As-tu compté sur tes doigts toutes les joies qui seront les nôtres ? Ça en sera étourdissant. Mon amour, je t’embrasse et tu sais toute la douceur et la tendresse de nos baisers : je te les offre, et c’est fou.

François

[Apostille :] Je t’aime.