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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

27 May 2022

FRANÇOIS MITTERRAND VEUT HÂTER LA CÉRÉMONIE DE MARIAGE.

“ATTENDRE LA FIN DE LA GUERRE ? ET SI ELLE VIENT DANS DIX ANS ?”.

“JE PRÉFÉRERAIS EMBRASSER LE BOUT DE TES ONGLES QUE D’AVOIR TOUT D’UNE AUTRE FEMME”

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

8 pp. in-8 (180 x 134mm), encre noire

CONTENU : 

Le 4 mai 1940

Mon bonheur adorable, ma petite fille chérie, j’ai envie de te répéter : je t’aime, je t’adore, je suis fou de toi. Mon Bonheur : tu l’es tout entier, je te dois toute la joie du monde (causa laetitiae, moi aussi je t’appelle comme cela ma chérie).

Je crois tellement que tu m’aimes, que tu m’attendras, que tu seras à moi ; je crois tellement que tu te donneras à moi avec un élan aussi émerveillé que le mien. Chérie, quel couple nous ferons ! Je serai orgueilleux de nous. Tu es si belle, si adorable et moi près de toi, je me sens parcouru d’un feu comparable à ta beauté. Devant le monde et devant nous, nous serons beaux, nous demeurerons beaux. Ne pense pas mon Zou, que j’écris avec exaltation, l’amour ne m’empêche pas d’être lucide !

Non seulement tu es belle Mariezou chérie, mais encore tu as embelli toutes choses pour moi. Tout purifié. Te posséder, toi, mon amour chéri, cela n’a aucun rapport avec une autre joie. Je préférerais embrasser le bout de tes ongles qu’avoir tout d’une autre femme, fût-elle la plus ravissante après toi, mais j’ai déjà beaucoup plus que le bout de tes ongles ! J’ai un trésor de baisers, de caresses, d’abandons fous, j’ai déjà la délicieuse ardeur de cette petite amoureuse adorée que tu es. Bientôt, bientôt, n’est-ce pas ma petite aimée que tu seras à moi ? J’ai tant besoin de toi. Tu riras peut-être, mais je t’assure que ce besoin atteint un degré incroyable ! Comme un petit enfant qui ne sait pas encore faire une boucle à ses chaussures et qui exige que ce soit sa mère qui l’aide. Mais pour moi, c’est plus grave : je ne puis vivre sans toi. Ô oui, notre amour est trop grand pour s’arrêter longtemps encore hors de notre union merveilleuse. C’est inhumain de donner des limites à une tendresse infinie : je t’adore, je t’aime tant. Remarque chérie, que je ferais tout comme tu le voudras, que j’accepterais tous tes désirs, toutes tes volontés, et, si je ne te cache pas mon désir violent de toi, sache que mon impatience sera patiente autant que tu le lui commanderas. N’ai-je pas déjà refusé à moi-même ce que je désirais le plus au monde ? Et pourtant, Dieu sait si je t’aimais, si je te voulais, mon amour… Mais tu le sais aussi. Eh bien, j’attendrai encore si tu le veux. Je t’adore.

Mais cela ne m’empêche pas de te supplier de hâter notre mariage. Attendre la fin de la guerre ? Et si elle vient dans dix ans ? Non, non, mon amour. Dis-moi que tu m’appartiendras bien vite, que tu veux te donner à moi sans tarder. Il y a des risques ? C’est vrai et je souffre de la contradiction des faits. Mais je t’aime si follement. Notre bonheur sera si merveilleux que ce qui viendra après en demeurera illuminé. Ce n’est pas une raison matérielle qui peut nous arrêter. L’incertitude de l’après-guerre ?… Notre amour serait bien pauvre s’il ne surmontait pas ces difficultés. Je sais bien les obstacles : si je suis blessé, si nous avons un enfant. Dans le premier cas, faisons confiance à Dieu. Toute vie n’est-elle pas sujette à ces malheurs ? Dans le second cas, ce n’est pas inévitable, dans la mesure légitime possible. Alors ma bien-aimée, je t’en conjure : marions-nous vite. Ou je ne sais pas si j’aurais toujours la force de ne pas te demander ton amour total, et toi tu n’auras pas alors la cruauté de me le refuser, n’est-ce pas, mon Zou chéri ? Et notre bonheur sera merveilleux. Mais puisque nous voulons que ce bonheur ait lieu dans le mariage, soyons logiques. Chérie, comprends-moi. Je t’assure que je ne parle pas dans un instant de faiblesse. Je sais seulement que je t’aime follement, que tu es tout, absolument tout pour moi. Et c’est très simple, ma causa laetitiae, si je ne t’adorais pas comme cela, si ma raison était plus forte que mon cœur, je serais si facilement résigné que notre amour serait vraiment un amour pour rire, un amour quelconque.

Ce n’est pas le cas ma chérie, mon amour pour toi me brûle trop pour que je ne te dise pas mon désir, mon adoration ; je suis sûr que toi, ma fiancée chérie, tu devines la beauté de cet amour absolu ; que tu comprends et mon impatience et mon vœu d’obéissance ! Et puis, je sais aussi, ma merveilleuse, que tu m’aimes. Je me souviendrai toujours de ce jour ou tu m’as dit tout bas un “non” si plein d’amour : j’ai deviné moi aussi alors que si que si nous avions la même résolution, le même désir aussi vivrait en nous. Comme je t’ai aimée d’être si faible et si forte, d’être si unie à moi en toute chose.

Donc, chérie chérie, tu veux que je m’endorme le dernier : je le ferai avec bonheur. Mais si, tu verras que tu auras envie de dormir : ce sera si doux, après nos caresses enivrantes de se reposer l’un contre l’autre. Et tu te pelotonneras, tout contre moi, tes bras autour de mon cou, et tu me caresseras tout simplement en m’enlaçant comme une petite femme heureuse d’être à celui qu’elle aime. Le sommeil te gagnera sans que tu le saches. Et bientôt, j’aurais une petite fille chérie à aimer silencieusement, délicatement pour ne pas l’éveiller. Tu verras comme nos nuits seront belles mon Buju ! Je ne crois pas que nous aurons envie de faire chambre à part ! Je ne me vois pas du tout t’aimant sur commande et pour assurer une nombreuse postérité ! Est-ce que ça te déplaira chérie que je t’aime aussi un peu pour toi ? Les soirs où tu n’auras pas envie de dormir, je te raconterai des histoires, entremêlées de quelques baisers je suppose ! Et puis, ce sera rudement bien le lendemain matin de se réveiller l’un l’autre par un baiser, de paresser un peu au lit, et puis cela m’amusera de te voir te promener dans notre chambre, ébouriffée, t’étirant comme une petite chatte.

Et encore tout ce que je raconte est au-dessous de ce que sera la réalité. Et nous tarderions à nous marier ? Alors zut, nous serions fous.

J’apprends que Marie Bouvyer se fiance avec Jean Herpin. Tu le savais ? Petite cachottière ! (Mais c’est très bien de savoir tenir un secret). Eux se marieront cette année : et nous ? Et nous ? Jean Herpin est un de mes amis, il est très sympathique et intéressant. Ce n’est pas un type banal, loin de là. Il aimait Marie depuis longtemps. Il y eut d’ailleurs un premier acte. Pourquoi Marie s’est-elle décidée brusquement ? Je l’ignore, car elle continuait de voir Jean assez régulièrement. Je souhaite qu’elle l’aime.

J’en reviens à mon histoire de peloton : pourvu que ça réussisse (je n’ai pas très bonne impression). Trois avantages primordiaux : 1) nous nous marierons quatre mois plus tôt, 2) nous nous verrons souvent de juin à octobre, 3) cela diminuera mes chances de partir pour la Norvège, ça il ne le faut pas : ce qui est à redouter non pas en raison du danger, mais de l’éloignement.

J’ai lu Siona à Berlin. Pas mal du tout. Le style est bien meilleur que dans L’Île de volupté. Cela m’a beaucoup intéressé. Les types allemands sont remarquablement décrits, stigmatisés. Myriam Harry est-elle Israélite ? Sans doute. Je commence La Rose de la mer de Paul Vialar.

Mon amour chéri, bonsoir, je t’aime, je t’aime, je t’aime. J’ai reçu ce soir 2 lettres de toi mises à Paris le 2 à 15h30 et 18h30. Demai, je n’aurai sans doute rien, ça m’ennuie. Reçu aussi une lettre (la première) de ton frère François. Je vais lui répondre. Merci pour la photo : je l’attends.

Et puis je t’aime. Je passerai encore cette nuit fier de toi, mon amour. Cela te plaît-il ? J’embrasserai tendrement tous tes points de Beauté, l’un après l’autre et longuement pour les remercier de n’avoir pas menti, car je t’adore ma petite pêche chérie.

François