Libraire-expert de livres et manuscrits anciens
500 - 800 €
Acheter
Estimation d'un livre ou d'un manuscrit
MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

04 July 2022

CAMPAGNES DE FRANCE (16).

LES TRACES DE LA DÉSUNION DE 1939 : “LE DÉCHIREMENT QUE FUT POUR MOI L’AVEU QUE TON CORPS TU L’AVAIS DÉJÀ DONNÉ, LAISSÉ, Ô ! TU SAIS COMBIEN J’EN AI SOUFFERT”.

EXALTER LA VIE PAR L’AMOUR, LOIN DES “DÉCHAÎNEMENTS D’ARTILLERIE”

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

8 pp. in-8 (210 x 136mm), encre bleue

CONTENU : 

Le 27 mai 1940

Mon Zou, mon trésor adoré, ta lettre m’a réveillé ce matin. Quel bonheur d’écouter ta tendresse ! Je t’aime, je t’adore, je suis heureux de t’aimer, d’être aimé de toi. Tu es mon bien, mon trésor, mon petit bout de Zou chéri, ma fiancée. Tu vas être ma petite femme : ce ne sera pas rien d’être ma femme adorée 24 heures sur 24 ! Je crois même que je te gâterai, tu seras tout : ma petite fille, mon petit enfant, mon animal délicieux, ma femme, ma compagne et pas pour un peu de temps, pour toujours. Nuit et jour je te comblerai des plus merveilleuses caresses d’amour. Aimeras-tu être aimée par moi ? Ma paresseuse chérie, aimeras-tu mon adoration ? Il ne faudra pas tout de même n’aimer que mes caresses et me laisser complètement tomber ! Mais je crois aussi que tu sauras m’aimer indiciblement…

Chérie chérie, vite, sois ma femme ! Ne le désires-tu pas ? Alors là, tout l’amour du monde nous sera accordé. Plus de limites, plus cet antagonisme du désir fou et de l’attente à respecter, plus de contradictions. Mais, au contraire, notre amour deviendra une parcelle de l’immense amour, une partie du bel Amour, du vrai, de l’Amour voulu et aimé par Dieu. Ô chérie, quelle merveille ! Avec toi enfin le bonheur coïncidera avec l’amour et avec la soif d’infini qui vit en tout homme. Avant toi : il n’y a rien eu, rien, rien, rien. Tu es, as été toute ma vie… Et tu me mèneras toujours dans la voie merveilleuse, tu m’aideras à ne pas m’en écarter. Je t’adore, chérie. Je te jure que si tu étais là, tout près de moi, dans mes bras, cela me serait égal de mourir avec toi. L’amour de la vie, c’est pour moi l’amour de toi, je t’aime. Plus tard, jamais je ne me séparerai de toi. N’est-ce pas mon Buju ? Notre amour, c’est quelque chose quand même ! Devrait-il finir maintenant, il nous aurait marqués je crois pour toujours. Tu es imprimée en moi. Comment te l’expliquer ? Je ne réagis plus physiquement et moralement qu’en raison de toi. Tu es déjà ma femme beaucoup plus que tu ne le crois ; si nous ne possédons pas tout ce qui nous est promis, il me semble que déjà tu es en moi, que tu commandes mes sens, ma volonté, mes désirs, mes rêves ; et moi je voudrais être ainsi pour toi, comme si j’avais vécu en toi, autant qu’un homme peut posséder une femme.

En cela, je reconnais la force extraordinaire de notre tendresse. Notre union complète ne sera que l’achèvement d’une union longuement préparée, amoureusement liée, entourée, rêvée. Il me semble que je te connais déjà. Précisément le mariage donnera à notre union le fini, la perfection qui lui manquent. Bien des caresses nous lient intimement, mais il leur fais pour s’achever l’élément spirituel. Tu seras ma femme devant Dieu. Et je ne puis concevoir une autre femme dans ce rôle extraordinaire. Je remercie Dieu souvent de m’avoir vraiment préservé. Car aucune femme n’a été mienne autant que tu l’as été. Je n’ai jamais donné autant de moi. Ce ne sont pas des mots. Tu seras ma seule femme.

Petite fille, ma Mariezou, je voudrais embrasser tes yeux, tes lèvres, je voudrais que tu sois ma femme, que nous soyons mariés… Je crois bien que je te prendrais dans mes bras et t’aimerais follement… Quelle merveilleuse ivresse m’émeut dès que je te sens près de moi. Je t’aime avec une passion que tu ne peux imaginer. N’as-tu pas ressenti ce feu qui me dévore quand je t’enveloppe d’Amour ? Ô ! Si ! Et tu me l’as merveilleusement rendu.

Nous avons bien fait d’attendre tout de même. Ça n’a pas été très commode ! Je m’étonne un peu de notre sagesse. Mais nous avons bien fait, c’est sûr. Maintenant, j’aurais le remords de ne t’avoir offert que ce qu’un amant peut offrir aussi passionné qu’il soit : une tendresse passagère, dénuée d’éternité, je n’aurais été qu’une expérience pour toi, pareille peut-être (Ô ! Non ! Plus ! Je le veux). Mon immense désir de toi exige plus. Et le soir de notre mariage, tu l’as dit, nous serons fiers dans notre émerveillement d’avoir attendu… Comme ce sera beau, notre union totale, mon amour ! Quand je prendrai possession de toi, n’est-ce pas que tu devineras mon orgueil, mon bonheur, ma promesse silencieuse de faire de toi, de nous, un couple heureux, libre, beau, de faire de toi une femme complète dont la vie connaîtra les joies les plus simples, les plus douces et le désir d’un progrès incessant. Pour toi, j’éprouve un sentiment inouï fait d’une extrême volupté et d’une pureté très neuve. Je t’aimerai ainsi. Tous nos plaisirs devront être des découvertes, jamais une installation. Ô oui, à t’aimer je connais d’infinies délices, mais aussi la perfection presque enfantine que l’amour vrai possède une pureté essentielle. ll n’y a rien de plus éloigné de l’amour que la seule recherche du plaisir. Sais-tu, chérie chérie, en m’unissant à toi dans la plus tendre union, dans la plus douce possession, il me semblera que j’étreindrai, au-delà de ton corps chéri, un peu de ton âme. Alors quelle commune mesure pourrait-il y avoir entre l’amour banal et le nôtre ?

Certes, je ne t’adorerai pas de la même manière qu’on adore une idole ! Mais je t’assure, je puis te murmurer de toute mon âme que le jour où tu reposeras auprès de moi, où j’aurai le droit délicieux de t’aimer, de te couvrir de mes caresses, de te donner la caresse immatérielle de mes yeux qui te verront dans ta beauté de femme bien-aimée, je te prendrai contre moi avec tant de ferveur, Marie-Louise mon amour, que tu deviendras ma femme dans une joie presque immatérielle. Ô comme ce serait bien de créer un enfant à ce moment là. J’ai souvent pensé qu’il ne pouvait pas être indifférent à un enfant d’être conçu dans un moment merveilleux ou dans un instant commun. Or, nous voulons avoir des enfants splendides ! Alors nous serons obligés de nous aimer chaque fois avec splendeur. Quelle obligation ! Au fond, c’est un sacrilège de se donner l’un à l’autre par habitude, ou par désir brut, tu ne trouves pas ? Ça ne nous arrivera pas, n’est-ce pas mon buju ? Mais pour ça, il nous faudra veiller sur notre amour car pour exalter ce que nous sommes, il ne faut pas se contenter de laisser faire la vie, il faut la conduire, l’embellir chaque jour.

Ces vérités, on ne les distingue pas toujours nettement. Mais Dieu nous donne précisément des occasions de les mûrir. Et au lieu de produire une morale terne, morne, grise, assommante, on découvre que traiter la vie avec respect, avec pudeur, avec simplicité c’est encore le meilleur moyen de la rendre cent fois heureuse. Mon désir de toi est je le crois encore plus immense quand je le soumets à notre volonté, que si je l’abandonnais au plaisir indicible que j’attends impatiemment de toi. Non pas qu’un désir satisfait se détruise : nous nous aimons trop pour cela, mais parce qu’en liant notre désir à notre conception de l’amour, nous nous prouvons à nous-mêmes que notre Amour est une merveille plus belle encore qu’un très doux plaisir. Ô chérie ! Comme je t’adore. Lis-tu dans chaque mot mon adoration ? Il doit y avoir des nuits calmes en Charente. Un soir, promène toi seule dans le jardin et rêve un peu devant la beauté silencieuse, émouvante, des choses. À ces heures-là, souvent j’ai rêvé : après des journées vides ou accablantes, ou grisantes, je faisais le point. Le calme, la sérénité de la nuit me démontraient l’inutilité de mes actions, la sottise de mes désirs ou au contraire leur accord intime avec l’exigence de la beauté. De mon amour pour toi, je n’ai jamais regretté que bien peu de choses. Parfois, je pensais que nos caresses pouvaient attendre encore, que nous allions trop vite dans notre union car cela pouvait être dangereux…
Mais je crois aussi ma toute petite fiancée que puisque nous avons su arrêter notre élan si doux tout a été bien. Vois-tu, j’ai désiré passionnément te posséder, j’ai rêvé de toi et parfois j’ai voulu que tu sois à moi tout de suite. Maintenant, je le désire aussi passionnément, mais je sais que nous avons eu raison de nous dominer. Tu n’auras pas été ma maîtresse, mais tu seras ma femme. Et tout le bonheur et la vérité du monde sont contenus dans cette différence. Tu as été tellement exceptionnelle dans ma vie. Comment ai-je pu tout en ayant de merveilleuses caresses de petite fille et de femme maîtriser mon désir ? Il n’y a pas de comment. C’est que je t’aimais.

Aimer une femme jusqu’à se lier avec elle devant un sacrement, cela c’était exceptionnel, fou, invraisemblable. Mais Moi, je t’ai aimée comme cela. Le déchirement que fut pour moi l’aveu que ton corps, tu l’avais déjà donné, laissé, Ô ! Tu sais combien j’en ai souffert. J’aurais tant désiré te donner une première caresse ! Mais mon amour, je t’aime tout autant, je te l’ai déjà dit de tout mon cœur. Je t’aimerai tout autant ; et, quand tu seras ma femme, je couvrirai ton corps de mes baisers si bien qu’après cela pas une parcelle de toi n’aura été touchée par un autre que moi.

Ma fiancée chérie, devines-tu la tendresse inouïe dont je comblerai ma petite femme ? Mais non, tu ne peux pas deviner !

Vraiment Zou aimé, je suis en train de t’écrire une lettre d’Amour !

Mais ça s’explique :

Mademoiselle Zou,

Je suis amoureux de vous.

Je vous embrasse tout près de l’épaule aussi longtemps que vous le voulez, et puis je prends ces lèvres que vous m’offrez pour un baiser qui ne finira jamais. N’est-ce pas mon adorable petite pêche, ma petite femme de très bientôt que j’adore, c’est merveilleux !

François

À part ça, je suis toujours dans la même situation. Déchaînement d’artillerie.

Je t’aime (je t’embrasse aussi le doigt qui porte la bague, et puis le creux de ton bras. I love you my Mariezou).