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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

04 July 2022

CAMPAGNE DE FRANCE (21).

FRANÇOIS MITTERRAND FÊTE LE SEIZIÈME ANNIVERSAIRE DE SA PREMIÈRE COMMUNION.

IL A DORMI TOUTE L’APRÈS-MIDI SANS SE SOUCIER DES AUTRES ÉVÉNEMENTS DU FRONT

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

2 pp. in-8 (210 x 136mm), encre bleue

CONTENU : 

Le 1er juin 1940

Ma toute petite fille chérie, ce matin ton mot du 29, assez bref. La journée a été calme, belle. J’ai dormi une partie de l’après-midi, aussi ai-je la tête assez lourde. La nuit fut pleine de vacarme : c’est une habitude à prendre ; le sommeil finit par s’en accomoder. Nous sommes évidemment sur le qui-vive, puisqu’en réserve et appelés à renforcer telle position entamée. Jusque-là, seule l’Artillerie présente quelque danger. Ce n’est rien à côté du vrai combat. J’aimerais pouvoir lire : mais rien ne peut me parvenir ; manger : mais l’approvisionnement est nécessairement maigre. C’est l’occasion de gagner l’esprit de sacrifice ! Je réussis mal. Tu ne me dis pas grand chose de tes occupations, de tes pensées. Enfin, tu me dis que tu m’aimes. Cela me plaît. Tant que j’aurai ça, je serai un homme vivant.

Je pense beaucoup à toi et les Allemands ne m’en empêcheront jamais. Ne t’inquiète pas à ce sujet : rien ne pourra m’écarter de toi : ce serait me déchirer moi-même. Tu ajoutes qu’il y a trop longtemps que je t’ai quittée. J’espère que ce trop longtemps n’a pas jeté un voile trop épais entre nous ! Tes lettres d’ailleurs me le prouvent. Mais quel bonheur si je pouvais revivre d’ici peu nos heures de tendresse que tu sais.

Ça ne t’ennuiera pas que je m’occupe sans arrêt de toi ? Il me semble que je serai si fou de toi que nos caresses ne pourront cesser. Il faudra pourtant bien s’occuper parfois du reste du monde ? Cela me mettra de mauvaise humeur. La nuit, je t’empêcherai peut-être de dormir ! N’est-ce pas ma petite femme insensible qui voudra dormir sitôt couchée ? M’aimeras-tu assez pour me donner un tout petit peu d’amour de plein gré ? Je le crois tout de même… T’occuperas-tu un peu de moi, chérie ? M’aimeras-tu sans que je te le demande ? Mais je me rappelle cette toute petite femme amoureuse, si délicieuse et je me rassure… Parce que tu sais ? même un homme qui se dit fort a terriblement besoin d’être aimé… Mon amour chéri, je t’aime et je t’embrasse. Il n’y a pas à hésiter : tes lèvres, tout ce que tu m’as donné, en attendant ce que tu me donneras, sont tout le ravissement du monde. M’en voudras-tu si très souvent je vais vers toi, vers toi ma ravissante, pour être heureux ? Oh ! Je devine comme tu me recevras bien ! Mon Zou adoré, c’est fou ce que c’est bon de t’aimer.

Puisque j’en suis aux anniversaires, aujourd’hui je fête le seizième de ma première communion ! Tu avais neuf mois ! On m’aurait dit alors que mon grand amour était ce bébé, j’aurais été assez vexé. Mon bout de Zou, je t’adore. Écris-moi bien longuement. Dis, mon tout chéri, raconte-moi comment tu m’aimes, puisque tu ne peux bien donner la meilleure explication : tes baisers et ton abandon si plein de merveilles. Tout de même, je te serre très très fort contre moi, comme tu me le demandes. Mais je t’avertis, chérie chérie, la prochaine fois ou très bientôt, tu ne pourras plus te détacher de moi, car tu seras ma femme et je te serrerai si fort mon amour que nous ne ferons qu’un, toi et moi confondus dans un même bonheur.

François

P.S. Je t’aime.