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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

04 July 2022

CAMPAGNE DE FRANCE (26).

“JE VEUX, MON AMOUR, QUE TU SOIS HEUREUSE À EN DÉFAILLIR”.

“ENVOYEZ-MOI DU LINGE”

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

4 pages in-8 (135 x 210mm), encre noire

CONTENU : 

Le 6 juin 1940,

Ma toute petite fille, mon aimée, je t’adore. À mon lever, quatre heures, j’ai trouvé ta lettre du 3. Comme c’est bon de s’aimer ainsi. Tu es délicieuse. Tu es ma petite merveille. J’aurais pu courir les cinq continents, impossible de trouver une fiancée plus merveilleuse que toi, mon bout de Zou du Bal de Normale. Chérie chérie, comment ne serait-on pas amoureux de toi ? Plus tard, je ne garderai pour amis que ceux qui auront la franchise de m’avouer qu’ils sont épris de toi ! Je les excuserai de bon cœur : je ne vois pas comment ils pourraient faire autrement.

Mon amour je m’ennuie de toi. Je te voudrais tant près de moi, et à moi. Je suis heureux, Mademoiselle, d’apprendre que vous désirez beaucoup m’appartenir : quelle douce coïncidence : si nos désirs sont aussi fous, peux-tu imaginer sans un peu d’ivresse ce que seront nos caresses ? Et tu le dis, si notre amour est trop beau pour ne pas savoir résister à nos désirs, comme nous serons mariés d’ici peu, il ne s’agira absolument pas de leur résister ! Et notre amour sera un élan de tout notre être, en accord avec tous nos rêves, toutes nos exigences. Je t’aimerai indiciblement. Tu m’écris : je saurai t’aimer. Et j’en suis ravi. Car je n’ai pas besoin d’imaginer beaucoup pour reconnaître la douceur infinie de ta tendresse : il me suffit de me souvenir… Et je vois ma petite femme adorée toute abandonnée à mes caresses, si merveilleuse dans son abandon et dans ses gestes d’amour. As-tu lu à ce moment-là mon adoration, dans mes yeux, dans mes mains, dans mon cœur ? Et tu me promets encore plus : ton abandon suprême, tes caresses les plus parfaites de femme qui aime et est terriblement aimée.

Quand tu me serreras contre toi, comme moi je te serrerai, mon amour, comme si nous ne devions plus faire qu’un seul être. Il faudra que chacune de mes caresses, de mes paroles te murmure : je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime. Et je veux, mon amour, que tu sois heureuse, heureuse à en défaillir. Et tu sentiras vivant en moi un immense bonheur. Le bonheur de t’aimer et de recevoir ta tendresse.

Mon Zou chéri, j’aime ton exclamation en réponse à ma question : “penses-tu souvent aux joies de notre mariage ?”. “Mais, es-tu fou ?” C’est vrai, au fond, que l’un et l’autre nous ne pensons plus qu’à ça. Nous n’attendons plus que notre mariage pour connaître tout le bonheur rêvé, et aussi pour faire face à la vie - joies, souffrances. Vécues ensemble, elles seront presque saintes ; notre vie, comme celle des autres, sera soumise à bien des tristesses. Mais elle sera notre vie. Ne serait-ce pas déjà immense ? Ton rôle de femme, très chérie, je t’assure qu’il ne sera pas si difficile que tu crois. Moi, avec tes deux bras autour de mon cou, tes baisers, et les longues heures qui nous verront blottis l’un contre l’autre, avec tes douces paroles, tes regards, ton appui, ta présence, que pourrai-je exiger de plus ? Je passerai mon temps, même dans le silence et le travail, même quand je semblerai loin de toi à t’adorer, mon aimée. Oui tout sera beau entre nous comme tout a été beau. Notre Force, nécessaire, sera faite de notre amour - nos progrès, notre perfection. Nous serons beaux par notre amour. Mon tout petit, bonsoir, le courrier va partir. Tu vas donc t’installer avec ta mère ? Où ? Raconte-moi dans quel coin de Jarnac ? C’est une excellente idée.

Dis à Papa de réclamer d’urgence tous mes certificats de diplômes. Il ne faut pas qu’une catastrophe me trouve démuni de tout mon capital. Envoyez-moi du linge (en particulier 1 ou 2 serviettes, 1 chemise, 2 ou 3 mouchoirs) sous enveloppes, timbrées, du linge léger passe très bien. Plusieurs de mes camarades en ont reçu. Pour les revues ou lectures possibles, pense à m’en faire parvenir. Personne n’en a eu l’idée. Et si tu savais comme ça m’occuperait.

Chérie chérie, je t’aime et je t’aime. Odile m’écrit : “Marie-Louise a changé de coiffure et cela lui fait une figure plus ronde et l’air petite fille”. Si tu savais comme je la couvre de baisers, cette figure ronde de mon tout petit Zou, mon grand amour, ma petite fille. Et comme toutes les histoires, ça se termine par un long baiser qui résume tout ! Je t’adore

François

[Apostille :] 1. J’ai recu un mot de ton père. Il va bien. Donne-moi des nouvelles de ta mère et de tes frères. Et dis-moi que tu m’aimes, chérie. 2. Où sont les Bouvyer ?”