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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

04 July 2022

CAMPAGNE DE FRANCE (30).

“J’AI DORMI LÀ AVEC MA TOILE DE TENTE POUR TOUT MATELAS”… “LE SOLEIL QUI EST LÀ PAR-DESSUS LES ARBRES JOUE PEUT-ÊTRE EN CET INSTANT DANS TES CHEVEUX”.

BLASONS DU CORPS FEMININ

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

4 pp. in-8 (209 x 135mm), encre bleue

CONTENU : 

Le 10 juin 1940

Ma Marie Zou chérie,

Dernier bivouac tranquille je crois, dans un pays pas encore très éloigné de l’ex [du précédent cantonnement] ; piqué de trous d’obus de l’autre guerre. Mais épargné par l’actuelle dans son ensemble, si ce n’est la destruction de certains points névralgiques par l’Aviation. Comme toujours, je suis dans un bois. J’ai dormi là avec ma toile de tente pour tout matelas. Je prends l’habitude de dormir dans les fossés, n’importe où, quelle que soit la dureté du sol ! Ma chérie chérie, ne t’inquiète pas tout de même, je n’en ai pas pris un tel goût que plus tard je dédaignerai les fastes d’un lit civilisé. Alors, comme il me semble qu’il est convenu que ce lit sera pour nous deux, mon amour de Zou, nous pourrons y dormir ensemble sans que ma toute petite femme aimée en soit trop courbatue !

Je ne sais comment seront mes lettres des jours qui viennent. Mais même brèves, elles exploseront de tendresse. Je t’aime tellement que toute chose auprès de moi est imprégnée de cet amour. Ainsi, mes lettres. Pas une virgule n’ignore les merveilles qu’elle contient. Hier soir, j’ai reçu ta lettre du 7, écrite au bord de l’eau. Tu m’as dit ta tristesse. Mon tout petit chéri, l’été ne passera pas sans que je te retrouve, c’est sûr. Alors, pense aux jours que nous vivrons. Tant pis pour la société. Nous nous évaderons dans notre monde d’amour à nous et n’en sortirons pas. Je t’imagine, ma fée adorée, en maillot de bain. Tu dois être resplendissante. Ce n’est pas un secret : je ne t’ai pas aimée tout de suite pour autre chose que ton délicieux corps chéri. Que savais-je de toi autrement ? Et je voudrais te voir maintenant, t’admirer, te caresser de mes yeux avant d’autres caresses. Quand tu seras ma femme toute à moi, je te contemplerai ainsi, je te l’ai dit. Ma statuette vivante, tant aimée, il y a tant de beauté en toi : ton visage, tes épaules, ton dos, ta poitrine, ta taille, tes jambes… J’ai besoin de me raisonner pour arrêter en moi la naissance d’une admiration païenne pour ton corps… Heureusement que je crois en un Dieu tout esprit qui me commande d’aimer l’éternel. Mais je vois aussi qu’il a créé la beauté des corps pour qu’on l’aime, pourvu qu’on lui rapporte à Lui-même l’adoration.

Oui, quand tu seras ma femme, il me semble que je te regarderai de longues heures, surtout pendant ton sommeil. Devineras-tu mes caresses muettes, mon Zou que j’aime ? J’avoue que j’ai hâte aussi du mariage pour connaître ces joies. Est-ce un raffinement de volupté ? Il y a trop de toi qui m’échappe encore, trop de toi que mes yeux, que mes mains ignorent. Et puis, je ne te connais pas, si je puis dire, “dans ton ensemble”, toute entière offerte à ma tendresse. C’est une révélation indicible que j’attends passionnément. La première fois (et toutes les autres fois) que tu seras dans mes bras, parfaitement à moi, ma petite merveille, je t’habillerai de caresses, et puis je m’écarterai de toi pour te voir. Comme tu es belle, mon aimée, et plus encore dans ton abandon, dans ton amour.

Mon grand amour chéri, tu crois peut-être après cela que ma conception de l’amour s’attache surtout au plaisir physique. Oh ! Non. Tu le sais, le plaisir est lié à l’Amour. Il ne signifie rien sans lui. Qu’est-ce qu’une réaction instinctive ? Si peu de chose. Mais lié à l’Amour, quelle douceur ! Ce plaisir physique, je le sais plein de délices inouïes puisque je t’aime, ma fiancée chérie, avec toute la passion de mon cœur, tous les espoirs de mon esprit. Ma toute petite fille, le soleil qui est là par-dessus les arbres joue peut-être en cet instant dans tes cheveux (il est 17h1/4). Ma déesse bien-aimée, y a-t-il des garçons près de toi ? Ils sont bêtes s’ils ne se déclarent pas immédiatement fous de toi. Mais toi, ma fidèle femme, tu leur diras : “je me suis déjà donnée sans espoir de retour. Il ne me reste rien à moi. Écrivez à mon fiancé, c’est lui qui me possède, et je doute qu’il concède à la moindre petite concession sur son bien… ” Oh ! Mon amour. Je suis fou de toi, moi aussi, moi surtout. Je te couvre de baisers, ils sont de feu et de fraîcheur. Es-tu heureuse, lourde de mes caresses, ma pêche ? Je rêve à notre trésor commun, vécu, à vivre.

Chérie ma chérie. Bonsoir. Prie bien, ardemment pour moi. La Vierge Marie nous servira d’intermédiaire et Dieu nous exaucera. Mais toi chérie, prie bien, de tout ton cœur pour moi si pauvre, si mal croyant. Je t’adore mon aimée chérie. J’embrasse longuement tes lèvres, tes épaules, ta peau douce. Comme tu es douce, belle enivrante, ma toute petite femme très aimée. Oh ! Je t’aime. Et de toute mon âme.

François

1. P.S. je t’aime
2. P.S. je t’adore
3. P.S. tu es ma femme. Je passerai ma vie à créer ton bonheur, mon tout petit Zou