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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

04 July 2022

FRANÇOIS MITTERRAND, BLESSÉ ET PRISONNIER, À LUNÉVILLE.

“CETTE CAPTIVITÉ NE SERA PAS ÉTERNELLE ! JE REVIENDRAI, POUR T’AIMER”

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

2 pages in-8 (210 x 126mm), encre noire

CONTENU : 

Le 30 juin 1940,

Mon zou très chéri, voici la deuxième petite lettre que je t’adresse depuis l’interruption forcée du courrier. Je te dirai la même chose, aussi mal et aussi profondément : je t’aime et je n’attends et n’espère que toi. Et toi, ma chérie, sois patiente. Je t’avais dit : “un an”… Je compte bien que ce sera beaucoup plus court ! Mais tout de même, cela est bien dur. Ma toute petite fille, n’est-ce pas que tu sauras m’attendre ? Je pense parfois que c’est bien cruel de t’avoir liée à moi, toi qui devrais être si heureuse, toi dont je voudrais contenter le moindre désir. Mais cette captivité ne sera pas éternelle ! Je reviendrai, pour t’aimer.

Je songe à toi sans cesse. J’essaie de chasser les images heureuses qui pourraient être. Mais crois en moi : je serai aussi fort qu’il le faudra surtout contre le premier adversaire : l’ennui. D’ailleurs, ma blessure va bien ; je n’en souffre pas beaucoup et comme elle ne me gêne pas pour marcher, je puis me promener dans la cour et prendre l’air, ce qui est d’un grand agrément.

Vois-tu mon amour chéri, je voudrais avant tout que tu lises dans ces lignes brèves mon immense tendresse. Mais je te l’ai bien souvent exprimée… N’est-ce pas que tu la devines, absolue, derrière chaque mot ? Mon amour, je te vois telle que je t’aime. Je souffre de ta peine et ne puis tolérer ton visage chéri lourd de tristesse. Ma jolie merveille, je ne puis que te répéter cela : attends-moi. Bientôt, j’en suis persuadée, nous revivrons notre bonheur si désiré.

Quand tu m’écriras, donne-moi des nouvelles de tous, de ton père en particulier. Que pense-t-il de tout ce qui arrive ? Si ses amis étaient au gouvernement, j’aurais une espérance accrue ! Je sais évidemment peu de choses. J’entends parfois Radio-Stuttgart. Comme ici les Allemands sont très corrects avec les habitants, je suppose qu’il en est de même à Jarnac. Mon trésor chéri, quand tout le reste s’écroulerait, puisque tu me restes, je suis riche. Je t’aime et t’adore ma petite déesse silencieuse, ma Marie-Zou chérie. Reste à Jarnac jusqu’à mon retour, c’est mon désir formel. Je te renseignerai dès que possible sur les conditions de la correspondance. Mais écris-moi tout de même au plus tôt, mon aimée. Je t’embrasse comme je t’aime. N’est-ce pas tout ? Je compte sur ta pensée et ton amour : à chaque minute, je vais vers toi et espère te rencontrer. Je t’adore chérie.

François

Dis à tous mon affection.

[Apostille, en haut de la première page :]
Sergent chef F. Mitterrand
Hôpital des prisonniers de guerre français
Lunéville. Meurthe-et-Moselle