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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

04 July 2022

FRANÇOIS MITTERRAND IMAGINE MARIE-LOUISE TERRASSE EN “MAILLOT DE BAIN AVEC LES ÉPAULES BRONZÉES” SUR LA CHARENTE.

FRANÇOIS MITTERRAND N’A AUCUNE NOUVELLE DE SA FIANCÉE

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

2 pp. in-8 (209 x 127mm), encre bleue

CONTENU : 

Le 5 juillet 1940

Ma toute petite fiancée chérie, voici encore un bien petit mot. Mon Zou, me le pardonneras-tu ? Je le crois tout de même… Comment dire ? Mon état ne favorise pas l’expression vagabonde et abondante des sentiments ! Mais si j’écris : je t’aime. J’espère que cette synthèse de toutes mes pensées te suffira. As-tu reçu ma première lettre ? Es-tu rassurée à mon sujet ? Bien souvent, j’ai songé à l’inquiétude que devait t’infliger mon long silence forcé. Mais me voici avec une carcasse fort solide, malgré l’échancrure d’ailleurs modeste, qu’y a fait un idiot de minuscule éclat d’obus. Tu penses bien que mon seul rêve est de te retrouver, mon amour chéri ! De quoi seraient faites mes journées si tu ne remplissais constamment des heures apparemment vides ?

Je t’imagine, ma ravissante, supportant l’été de Charente et le supportant tantôt en maillot de bain avec tes épaules bronzées que je préfère ne pas recréer trop précisément car j’aurais vraiment trop envie de les embrasser, tantôt dans des robes légères qui te font l’allure d’une petite déesse. Mais là encore je suis prudent. À quoi bon rêver de ce qui est loin de moi, de ce qui reste à moi, n’est-ce pas chérie chérie ? Mais [c’]est tout de même si merveilleux que je tomberais rudement et me ferais très mal si une seconde après, j’apercevais les murs gris qui dessinent mon horizon. Après tout, s’il faut voir cela du bon côté, je gagne le temps de réfléchir. Je souhaite toutefois de toute mon âme que cela ne dure pas trop longtemps. J’ai tellement hâte, mon grand amour, de retrouver mon bonheur près de toi. Et puis, ma libération cela signifiera notre mariage aussitôt après, car désormais plus rien ne s’opposera, ne pourra s’opposer à notre volonté ; à notre désir. Chérie chérie, mon Buju aimé, je revis nos soirées tranquilles de février et mars. Quand tu me racontais les histoires de Bedeur, Gredet et cie, quand tu me montrais tes liasses de correspondance, quand nous nous aimions si merveilleusement. Que fais-tu en cet instant, ma très aimée ? Il y a quatre mois, j’étais auprès de toi. Il ne faut pas que tu t’ennuies, chérie, parce que je suis loin de toi ; sors et amuse-toi autant qu’il est possible par ces jours tristes. Mais n’est-ce pas que mon domaine à moi, tu me le réserves pour bientôt, ce domaine chéri, composé de ton visage, de ton corps, de ton cœur. Ô ne crois pas que cette question signifie une inquiétude. Elle est seulement le rappel de mon amour qui souffre de ces heures perdues et qui seraient douces… Je suis follement jaloux de ceux qui te voient, ma merveille. Pourquoi moi, justement moi, en suis-je privé ? Ne crois pas, mon Zou chéri, que ma patience se lasse : j’ai tant la certitude que notre bonheur est proche et puis, je crois en toi, mais j’ai tant besoin aussi de tes baisers, de ta présence, de tout ce qui est mon amour que parfois j’ai envie de te le crier. Je t’adore ma chérie.

François

[Apostille :] Hôpital des Prisonniers de guerre Français. Lunéville. (Meurthe-et-Moselle)