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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

04 July 2022

“JE T’AIME DE TOUTES LES MANIÈRES, COMME UNE BRUTE ET COMME UN SAINT”

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

4 pp. in-8 (178 x 135mm), encre bleue

CONTENU : 

Le 12 juillet 1940

Mon zou bien aimé, mes journées sont si peu variées que si je voulais te les raconter, je te répéterais toujours la même chose. Aussi mon amour, j’aime mieux te raconter ma tendresse : si les mots sont les mêmes, eux au moins signifient des choses si diverses que je ne me lasse pas de te les écrire. Mon petit buju, ce qui m’intrigue surtout c’est ce silence d’un mois qui nous sépare. Un mois ! Comment ai-je pu vivre sans tes chères lettres quotidiennes ? Je t’assure que j’ai souffert. Mais nous avons dépassé le stade douloureux où l’absence et le silence amènent le doute. Nous sommes trop liés, si doucement, si fortement, pour souffrir l’un par l’autre. Désormais, les épreuves nous accablent tous les deux et notre consolation est de les supporter ensemble. Ma petite alliée chérie, avec toi je suis sûr de vaincre toutes les difficultés. Tout m’est indifférent sauf Toi. Je ne souffre qu’en raison de toi. Tu me manques terriblement. Sans toi ? Oh ! Je n’ose imaginer ce que je deviendrais. Ma petite femme adorée, ne t’étonnes-tu pas parfois de posséder en toi une telle puissance ? Cette puissance qui m’attire, me retient et me procure tant de bonheur ; qui peut aussi me déchirer. Je ne veux pas l’analyser. Tu es jolie ? (Plus que ça, merveilleuse). Mais je t’aime pour cela et pour autre chose. Tes caresses, ta tendresse, je sais bien qu’elles me lient à toi, je le sais et le sens, physiquement et avec mon esprit. Ma merveille aimée, pourquoi ai-je tant de joie à t’aimer ? J’ai tant de réponses à cette question que je n’en finirais pas… Ne te fâche pas, chérie, si je rêve bien souvent à la douceur de tout ce que tu m’as donné, si je désire ardemment ton amour total. Je t’aime de toutes les manières, comme une brute et comme un saint, et encore en passant par tous les degrés qui séparent ces deux états.

Je dépends tellement de toi. Cela m’effraie et me rassure : nous aurons à vivre une vie difficile si elle répond aux inquiétudes présentes. Mais moi, je me sens prêt à vivre en beauté près de toi. Ma toute petite fille, ne te récrie pas ; ne me dis pas que la tache est trop rude, que tu es trop petite, que je serai déçu. Mais non ! Il te suffira d’être celle que tu es : ma fiancée, ma femme, ma pêche chérie si douce, si attirante. Sais-tu que c’est merveilleux de t’aimer ? Et fou, absolument fou d’être aimé de toi ?

Mon grand amour, c’est si bon de te redire tout ce qui éclate en moi ! Et puis, il y a si longtemps que je me tais. Plus tard, je te raconterai ce mois terrible qui vient de s’écouler. J’ai hâte de savoir ce qui s’est passé à Jarnac. Et surtout, de t’entendre dire que tu m’aimes. Ma petite femme, mon amour, sitôt que nous nous retrouverons, nous bâtirons notre vie. Quelle que soit l’incertitude du lendemain, nous nous marierons, car c’est notre amour, notre union, notre bonheur qui créeront les certitudes.

Et cela peut arriver bientôt, ma petite fille de seize ans ! (Tu verras que nous nous marierons plus tôt que nous le pensions). Chérie chérie, bonsoir. Ne t’étonne pas si tu reçois irrégulièrement mes lettres. Je t’adore, je t’embrasse comme c’était follement bon et te donne la caresse que tu veux.

Fatoune

[Apostille :] Il pleut tout le jour, mais je t’adore.