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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

04 July 2022

“DANS LA MESURE OÙ TU AURAS LA FORCE DE M’ATTENDRE, J’AURAI LA FORCE DE TOUT SUPPORTER”.

FRANÇOIS MITTERRAND AIMERAIT SE FAIRE PASSER POUR UN AGRICULTEUR POUR ÊTRE LIBÉRÉ PLUS TÔT

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

2 pp. in-8 (210 x 135mm), encre bleue

CONTENU : 

Le 17 juillet 1940

Mon amour chéri, je voudrais pouvoir t’écrire une lettre où je te dirais seulement que je t’aime. Tu l’avais bien deviné : c’est en étant auprès de moi par ton amour dans les moments difficiles, que tu me prouves le plus parfaitement que tu es Tout pour moi. Quand tu m’écrivais que tu serais, toi ma petite femme adorée, toujours là pour m’aider, me relever, pour souffrir avec moi, savais-tu que l’épreuve était si proche ? Ma déesse chérie, maintenant je suis loin de toi, mes jours sont longs et vides de joie. Mais je ne suis pas seul. Je t’aime et je rêve à toi qui m’aimes. Je pense à toi ma fiancée, bien-aimée depuis si longtemps, et si violemment, si éperdument. Pourquoi faut-il que pour la deuxième fois alors que notre but était si proche, nous voyions l’avenir se faire incertain (incertain quant à la durée, évidemment). Remarque que je puis être libéré sans trop tarder, mais ce qui m’est dur, c’est de ne plus pouvoir dépendre de moi-même, et de t’entraîner, ma toute petite fille, dans cette souffrance.

Puisque la guerre est finie, nous avons par contre une certitude : c’est que si nous sommes assez forts pour nous attendre et réaliser notre bonheur, nous l’obtiendrons. Les risques sont abolis. Seulement, je m’irrite de cette patience à renouveler chaque jour. Ô ! Je ne m’inquiète pas de moi ni de mes sentiments : je sais bien que je t’adore et que tu es toute ma vie, que je t’aimerai toujours. Je ne m’inquiète pas de tes sentiments : je crois mon adorable Zou à ta tendresse absolue et trop d’amour est entre nous (rappelle-toi : cet amour nous l’avons limité par notre volonté ; mais comme j’ai désiré oublier cette volonté, comme j’aurais été follement heureux, ma chérie, d’obéir non à la raison, mais à mon désir ! Je t’aimais tant. Je t’aime tant, et quand je revis ces moments-là, je sens profondément en moi qu’en réalité tu es ma femme désormais. Et je te revois, toi, si merveilleuse que je ne comprends pas très bien quelle force m’a dominé. Cette force venait peut-être de ce que je t’aimais encore plus). Mon aimée, dans la mesure où tu auras la force de m’attendre, j’aurai la force de tout supporter. Ce qui me fait mal, c’est de penser que toi, mon incomparable chérie, tu souffres à cause de moi. Toi, si entourée parce que tu es tellement ravissante, tu n’es pas heureuse à cause de moi, tu ne vis pas comme cela t’est tellement dû dans un amour rempli de joies. Mais quel rôle est le tien, mon aimée ! Toi, ma merveille, tu es tout mon courage. Comme tu es bien ma femme ; je t’aime, mon aimée, et je n’ai aimé que toi. Comprends-tu pourquoi je t’adore. J’ai infiniment besoin de ta tendresse, de tes baisers. Je suis si petit près de toi. Mon amour, nous nous marierons bien vite à mon retour. Je m’exaspère des jours perdus. Je t’embrasse et je t’aime et te donne mes plus douces caresses, ma chérie.

François

P.S. Quand les mandats seront rétablis, dis à papa de m’envoyer un peu d’argent. Si je dois rentrer avant la fin de la guerre, il serait bon que Mamie me garde ma place d’avant-hier dans son exploitation agricole. Dis-le-lui, les agriculteurs rentreraient plus tôt…

[Apostille :] Je suis à peu près rétabli. Ma blessure est bien refermée, mais comme on m’a laissé l’éclat, il me gêne un peu. Ça risque de m’empêcher de rejouer bien au tennis ! Enfin, ce sera un inconvénient maigre ! Au camp, je ne suis pas très occupé : aussi je pense à toi mon amour. Est-ce que cela t’ennuie, mon Zou chéri ?