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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

04 July 2022

POURSUITE DU PROJET D’ÉVASION DE FATOUNE QUI “COMPTE SE MARIER EN MAI, SI SES PROJETS RÉUSSISSENT”.

SILENCE DE MARIE-LOUISE : “TA DERNIÈRE LETTRE EST DU 12 NOVEMBRE”

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

2 pp. in-8 (289 x 147mm), crayon, en-tête du “Kriegsgefangenenpost”, cachet du Stalag, cachet de la poste

CONTENU : 

[Suscription :] Mademoiselle Marie-Louise Terrasse, Paris, 5 avenue d’Orléans. XIVe arrt. France. [Expéditeur :] Mitterrand François 21716, 1515

[Verso :] Le 5 février 1941. Ma petite fiancée adorée, je veux commencer cette lettre en te disant que je t’aime. Que veux-tu ? Je ne pense qu’à cela : toi que j’aime, le bonheur qui sera le nôtre quand nous serons unis, notre foyer. Et tout cela retardé si bêtement ! Alors que tout semblait pour nous, alors que la date merveilleuse semblait si proche. Quand j’apprends que Dayan, Dalle, mes amis continuent leur vie, que Marie Bouvyer se marie, je me réjouis pour eux, mais je suis tellement bouleversé pour nous. Nous devrions être mariés maintenant et peut-être aurais-je un travail que j’aime. Ma chérie, comme ce serait bon d’être tous les deux, chez nous. Mais je pense à toi aussi seule, alors que je t’avais tant promis. Mon tout petit bien-aimé, je te comblerai de tant d’amour. Je t’adore, mon grand amour, et j’ai tant besoin de toi en toutes choses. Ne crois pas pourtant que je perds courage. J’ai confiance en toi chérie chérie. Et puis peut-être serai-je près de toi plus tôt qu’on ne le suppose. Mais crois surtout que je t’aime plus que tout. Quant au courrier, je n’ai rien, rien de toi : ta dernière lettre est du 12 novembre et pourtant mes camarades de Paris ont de nombreuses lettres, les leurs datées même de fin janvier ! Tu imagines ma peine. Tu sais bien que toi seule compte pour moi et que ma vie n’est heureuse qu’en raison de toi : aussi, je maudis la malchance qui établit le long et dur silence entre nous. D’ailleurs, de Paris, aucun ami ne m’écris, ni Dalle, ni personne. Je m’en étonne un peu. De Jarnac, les nouvelles datent du 31 décembre. On me dit que tu irais à Jarnac. J’en serai content ma chérie. Mais comme il serait mieux de retrouver ensemble notre chambre et nos souvenirs si merveilleux. Je les recrée souvent. Surtout quand je songe avec effroi qu’un an bientôt s’est écoulé depuis. Et pourtant mon amour, comme ce temps a peu compté pour moi : je t’aime aussi follement que toujours. Dis à papa mon affection. Pour les colis, la nouvelle réglementation est : 2 kgs 1/2 de vivres, 2kgs de linge en principe. Envoie-moi des livres et surtout des photos de toi, des objets que tu aies touchés, qui aient vécu avec toi, ma petite fille tant aimée. Remercie J. Arond. J’ai reçu en janvier trois colis d’elle. Un des Barbayan. Dis à papa d’écrire pour moi aux Autric. As-tu des nouvelles de Fatoune ? J’espère qu’il ira te voir. Je crois qu’il doit passer chez Édith au terme de son voyage prochain. Il compte se marier en mai, si ses projets réussissent. Je t’embrasse ma chérie chérie, comme je le rêve. Je t’aime et je suis tout à toi.

Ton fiancé, François