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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

04 July 2022

“TON PÈRE ? TA FAMILLE ? MES AMIS DE PARIS ? TOUS M’ONT LAISSÉ ROYALEMENT TOMBER.”

POURSUITE DU PROJET D’ÉVASION : “FATOUNE IRA DONC TE VOIR BIENTÔT ? REÇOIS-LE BIEN !”.

SILENCE DU CÔTÉ DE CATHERINE LANGEAIS : “JE T’ÉCRIS TOUS LES DIX JOURS, CHAQUE FOIS QUE CELA M’EST PERMIS”

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

2 pp. in-8 (289 x 147mm), crayon, en-tête du “Kriegsgefangenenpost”, cachet du Stalag, cachet de la poste

CONTENU : 

[Suscription :] Mademoiselle Marie-Louise Terrasse, Paris, 5 avenue d’Orléans XIVe arrt, France. [Expéditeur] Mitterrand François 21716, 1515

[Verso :] Le 26 février 1941. Ma petite fiancée bien-aimée, les jours passent, bien longs sans toi. Bientôt, ce sera un cher anniversaire : celui du jour qui nous a unis. Te souviens-tu mon grand amour ? Pour moi, je revis chaque instant de bonheur et je sais que mon amour pour toi, ma ravissante chérie, est la raison de toute ma vie. Et aujourd’hui, après tant d’épreuves, je t’aime comme au premier jour. Je suis lié à toi par tant de joies, par tant de rêves et aussi par tant de souffrances. Tu es déjà tellement ma femme très chérie. Depuis ta lettre du 12 novembre reçue début janvier, je n’ai rien eu de toi. Depuis mon séjour en Allemagne, sept lettres de toi me sont parvenues. Et plusieurs de mes camarades de Paris en sont à leur cinquantième ! Cela me fait tant de peine : tout le reste est peu de chose, mais avant tout, savoir que tu vis, savoir que tu m’aimes. Ce silence, si tu savais ce qu’il représente de tortures quotidiennes. Peut-être toi non plus ne reçois-tu pas bien mes lettres ? Je t’écris tous les dix jours. C’est-à-dire chaque fois que cela m’est permis. Comme je ne puis écrire à Jarnac qu’une fois par mois, donne de mes nouvelles à ma famille. Où est le temps où nous pouvions écrire chaque jour. Quel bonheur c’était, bonheur pauvre pourtant à côté du merveilleux bonheur de te serrer dans mes bras, de te caresser, de t’adorer. Tu dois aussi tant souffrir, loin de moi, vivant pourtant parmi les autres comme autrefois. Mon Zou chéri, mon tout petit, quand donc serons-nous l’un à l’autre, quand serons-nous chez nous, avec seulement la douce tâche de veiller à notre bonheur. Je t’aime. J’emploierai toutes mes forces à te rendre infiniment heureuse : j’en aurai le pouvoir puisque notre amour est plus fort que tout. Tu sais bien “… plus que tout au monde”. Ton père ? Ta famille ? Mes amis de Paris ? Tous m’ont laissé royalement tomber. Cela fait sans doute partie de l’expérience. Mais tu le sais, pourvu que toi tu me restes, j’aurai tout. Ma Marie-Louise, je t’embrasse, je t’aime tant. Prie pour nous deux. Je t’aime. Fatoune ira donc te voir bientôt ? Reçois-le bien ! Bonsoir mon aimée, ma chérie chérie. Je me rappelle notre soirée d’il y a un an. Comme c’était doux. Je n’ai qu’une hâte, qu’un désir : t’avoir toute à moi et ne jamais plus te quitter, mon Zou adoré.
François