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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

04 July 2022

CHANGEMENT INTELLECTUEL DANS LA SITUATION DE FRANÇOIS MITTERRAND : “JE SUIS CHARGÉ DES COURS DE LITTÉRATURE CONTEMPORAINE. HIER J’AI PARLÉ DE PÉGUY”. IL ANNONCE QU’IL PARLERA DE GIDE, DE SELMA LAGERLÖF, DE GIRAUDOUX.

SANS NOUVELLE DE SA FIANCÉE, FRANÇOIS MITTERRAND SE DIT EN SITUATION DE “MONOLOGUE”

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

2 pp. in-8 (269x 146mm) encre bleue (adresse) et crayon papier. Cachet du stalag, cachet de la poste

CONTENU : 

[Suscription :] Mademoiselle M.-L. Terrasse, Paris, 5 avenue d’Orléans XIVème. France. [Expéditeur] Mitterrand François 21716

[Verso :] Le 23 mai 1941. Ma chère chérie, je continue toujours mon monologue puisque je n’ai pas encore reçu de réponse. Mais j’ai tout de même l’impression de tenir avec toi une conversation animée et qui ne cesse pas. Car je t’assure que le temps peut passer, l’absence se prolonger : je t’aime et tu vis en moi, je te raconte un tas d’histoires, mais surtout, en moi-même, je t’entretiens de mon amour. Ma chérie, si tu fais de même, n’est-ce pas qu’entre nous il ne peut pas y avoir de fossé ? Il n’y a pas de projet, pas de pensée qui pour moi ne trouve sa raison d’être en toi. Je t’associe à mes ambitions, un livre à écrire, et tu en inspires sinon le sujet, du moins l’esprit, une situation à acquérir et c’est pour que ta vie soit belle et comblée, une victoire à emporter sur moi-même, un progrès, et c’est pour pouvoir m’élever, me perfectionner avec toi de manière à faire de notre union une chose magnifique. De quoi est faite ma vie actuelle ? De toi mon amour. Le reste, mes occupations quotidiennes, s’effacent derrière cet immense désir de t’aimer, de te retrouver, de créer ton bonheur lié au mien. Je te l’ai dit, je suis maintenant à la Distribution des colis de la Croix Rouge, et suis chargé du Cours de Littérature Contemporaine de “L’Université”. Hier, j’ai parlé de Péguy poète. Je prépare un commentaire de La Porte étroite. Puis je passerai à Giono. Je suis en train de lire Gosta Berling de Selma Lagerlöf, et Juliette au pays des hommes de Giraudoux (je me souviens du temps où nous discutions de ce dernier que tu n’aimais guère). Enfin, tu le vois, je puis lire, écrire, concentrer ma pensée, ébaucher des plans précis d’avenir, commencer une œuvre mon Zou bien aimé. Je voudrais tellement être grand pour toi. Ma toute petite fille, je voudrais aussi tellement que tout ce qui fut entre nous vive en nous, que notre amour se répète inlassablement ses souvenirs. Je t’aime. Et je pense au passé, à l’avenir remplis de toi, de toi seule ma merveille chérie. Ce temps d’attente, si cruel, utilisons-le ma bien-aimée : il faudra être forts pour être dignes de notre bonheur. Nous avons déjà tant souffert à cause de notre amour. Il faudrait que cet amour fasse de nous des êtres de choix. Mon petit Zou, que je m’ennuie sans toi, et comme je t’aime. Je t’embrasse et t’aime d’un grand désir. Dis moi, chérie chérie, que tu m’aimes ainsi.

François