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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

04 July 2022

CONTINUATION DE LA PERCEPTION D’UNE TRISTESSE CHEZ LA FIANCÉE.

“SONGE QUE LES TENTATIONS, SI ELLES T’ÉPROUVENT, SERONT BIENTÔT VAINES”

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

2 pp. in-8 (269 x 147 mm), encre noire et crayon, lettre à en-tête du “Kriegsgefangenenpost”, cachet du Stalag, cachet de la poste

CONTENU : 

[Suscription :] Mademoiselle Marie-Louise Terrasse, Paris, 5 avenue d’Orléans 5, XIVe arrt, France. [Expéditeur :] Mitterrand François, 21716

[Verso :] Le 11 juin 1941. Mon amour chéri, ma petite fille très aimée, je t’écris avec tes photos devant moi, et j’éprouve pour toi une telle tendresse. Tu es si ravissante que j’ai l’envie folle de te serrer dans mes bras, et tu es si triste aussi que je donnerais tout ce que je suis pour te voir sourire du fond du cœur. Tu es ici, présente, vivante, grave. Je connais chacun de tes traits, je les recrée sous mes baisers et mes caresses. Il me semble te reconnaître si bien que je m’étonne de tout ce temps qui nous sépare. Jai sur mes lèvres le goût de tes lèvres, le goût de chacun de tes baisers. J’ai comme le souvenir matériel de chacun de tes gestes, de tous tes abandons. Et en mon esprit, chacune de tes paroles d’amour, chacun de tes regards, de tes silences aux moments les plus merveilleux, sont gravés pour toujours. Et ce qui est curieux, avec en moi, sur moi, une telle masse d’impressions où tu vis, où tu vibres, où tu respires, le premier geste que j’ai eu à te voir si désolée, si seule, a été de prendre tes mains et de les embrasser longuement comme si c’était le prélude le plus tendre et le plus confiant de notre union parfaite. Chérie chérie, touche tes cheveux, ton visage, contemple toi, n’est-ce pas que tu te rappelles combien je t’ai aimée, combien j’ai adoré tout ce que tu m’as donné de toi ? Il me semble que j’aimerais ainsi en moi tout ce que tu auras aimé. Connais-tu cet orgueil de l’amour ? Je voudrais, ma petite pêche, que tu penses surtout à moi comme à un être vivant, on a tellement tendance à momifier les souvenirs. Mais je vis, je pense, j’aime. Je t’aime. Je te cherche et t’attends sans cesse. Le jour, je pense à ce bonheur indicible que pourrait être la nuit, notre nuit, si tu était là, ma femme bien-aimée. À mon réveil, je pense à cette joie que serait le jour si je te quittais… pour quelques heures seulement, et pour te retrouver dans notre maison, à midi, et le soir. Je rêve souvent à ma ravissante petite maîtresse de maison future ; aussi, ma chérie, au jour où tu seras mère, mère de notre enfant. Mon amour, comme tout cela sera merveilleux. Notre souffrance présente ne durera pas. Je suis sûr qu’elle n’excédera pas nos forces, et bientôt ce sera le bonheur, la clarté. Aie une confiance extrême en moi. Je serai près de toi, à toi, plus près que tu ne le penses. Compte sur moi, raconte-moi tes affaires, tes soucis, et ton amour comme pendant nos promenades de Paris, quand nous allions l’un tout près de l’autre, oubliant tout pour nous-mêmes. Ne dis pas que je t’aime trop. Ne seras-tu pas ma femme, mon tout ? N’es-tu pas mon bien le plus précieux ? Sois forte. Songe que les tentations, si elles t’éprouvent, seront bientôt vaines puisque je serai là. Prie. Dieu et la Vierge Marie nous protégeront. Je compte tant sur toi. J’ai un tel désir de posséder de toi ton corps et ton âme, pour vivre en toi et ne jamais plus te quitter. Ma Marie-Louise chérie, souris-moi, mets ta tête sur mon épaule et laisse moi t’embrasser comme je l’aime. Je t’adore.

François