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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

04 July 2022

“JE VIENS DE ME LEVER. IL EST SIX HEURES ET DEMIE” : BRÈVE DESCRIPTION DU PAYSAGE AUTOUR DU CAMP.

FRANÇOIS MITTERRAND EST ANGOISSÉ : “IL POURRAIT MAINTENANT SURVENIR QUOI QUE CE SOIT QUI T’ÉLOIGNE DE MOI”. IL LUI ANNONCE ALORS : “JE NE TARDERAI PAS, TU PEUX ME CROIRE”

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

2 pp. in-8 (269 x 147 mm), encre noire et crayon, lettre à en-tête du “Kriegsgefangenenpost”, cachet du Stalag, cachet de la poste

CONTENU : 

[Suscription :] Mademoiselle Marie-Louise Terrasse, Paris, 5 avenue d’Orléans 5, XIVe arrt, France. [Expéditeur :] Mitterrand François, 21716

[Verso :] Le 18 juin. Ma petite fiancée chérie, je viens de me lever. Il est six heures et demie. Dehors le soleil est déjà magnifique. Depuis quelques jours nous sommes en pleine chaleur d’été. Les champs autour du camp évoquent la beauté et le plaisir de vivre, et je pense inévitablement à la douceur de ce mois de juin en France, près de toi. Je me rappelle nos rendez-vous du Luxembourg d’il y a trois ans. Tu portais souvent alors une robe verte que j’aimais beaucoup. Chaque fois que tu m’apparaissais, j’avais un choc au cœur, d’émotion et de plaisir. Tu étais ravissante au-delà de ce que je pouvais imaginer, et c’était merveilleux de te parler de mon amour. Tu étais pour moi une telle révélation. Ma toute petite fille bien aimée, je t’ai ainsi adorée dès le premier jour. Et rien n’a changé pour moi malgré tout ce qui aurait pu atteindre cet amour. J’éprouve toujours ce double sentiment : le désir passionné de te posséder, le goût violent de tout ce que tu es, ma petite merveille, et la certitude pourtant que toi seule pourras me donner la paix du cœur. Ces deux forces de mon amour, tu les sais. Pendant longtemps, j’ai cru qu’elles s’opposaient. Mais maintenant que le temps approche où tu seras ma femme, je sais bien que tout s’accorde, comme en ces quelques heures de Jarnac où nous avons été si heureux par une union, pourtant incomplète. Parfois aussi, je pense, non sans une souffrance aigüe, à la pire épreuve de mon amour. Mais n’est-ce pas en même temps la preuve suprême ? Cette amère souffrance n’a de motif qu’en ma tendresse si absolue. J’ai si passionnément désiré être tout pour toi, cause de toutes joies et de tout bonheur ; et même, au-delà de la joie, être par toi la cause de tous tes abandons. Mais je t’aime, chérie chérie, je t’aime. Et pourquoi ai-je cette certitude latente, absolue que moi seul je te donnerai la joie profonde, la joie complète et bouleversante de l’amour ? Jamais rien ne pourra réellement nous séparer. J’ai toujours su (même quand tu étais loin de moi par le cœur) qu’un jour nous serions l’un à l’autre, et que là seulement serait notre bonheur. Il pourrait maintenant survenir quoi que ce soit qui t’éloigne de moi, je le sais, tu seras à moi. Mais ce “quoi que ce soit”, il ne faut pas chérie, il ne faut pas qu’il survienne. Attends-moi désormais, je ne tarderai pas, tu peux me croire. Bientôt tu seras ma femme. Préparons-nous l’un et l’autre. Unissions parfaitement nos esprits par la prière et la pensée. Et puis, quand le jour merveilleux sera là, chérie chérie, comme je serai fou de toi. Je t’adore.

François