Libraire-expert de livres et manuscrits anciens
3000 - 4000 €
Acheter
Estimation d'un livre ou d'un manuscrit
MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

04 July 2022

SUPERBE LETTRE DE DÉSESPOIR AMOUREUX : “MA SOUFFRANCE ME BRISE”.

FRANÇOIS MITTERRAND PERD LA FOI - “JE N’AI PAS LA FORCE DE DEMANDER SON ASSISTANCE À DIEU. À QUOI BON, PUISQUE MON CŒUR S’EST DESSÉCHÉ” -, PUIS SEMBLE RETROUVER UNE SPIRITUALITÉ SANS GRAND ESPOIR

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

2 pp. in-8 (280 x 147mm) encre noire, crayon papier, lettre à en-tête du “Kriegsgefangenenpost”, cachet du Stalag, cachet de la poste

CONTENU : 

[Suscription :] Mademoiselle Marie-Louise Terrasse, Paris, 5 avenue d’Orléans 5, XIVe, France. [Expéditeur :] François Mitterrand, 21716

[Verso :] Le 9 juillet 1941. Ma toute petite fiancée, mon amour chéri. Je viens de recevoir tes lettres des 22 et 24 juin, et j’ai tellement mal. Je ne puis t’exprimer ma souffrance : elle me brise mon pauvre courage. Comme je suis désespéré. Et quel recours ? Tu fais bien de prier, chérie, pour nous deux. Je n’ai pas la force de demander son assistance à Dieu. À quoi bon, puisque mon cœur est desséché ? Si tu t’éloignes de moi, il ne me restera qu’amertume et désespoir. Ma ravissante, je t’aime et tu es tout ce qui peut me sauver, me garder, me soutenir. Je n’aime que toi. Ne t’effraie pas ainsi ma douce chérie. Qui suis-je ? Et qui es-tu ? Et notre amour ? Ne crois pas qu’il soit trop lourd à supporter. Il est si simple et si humain, il est toute la facilité et le bonheur de vivre. Je comprends, chérie, cette angoisse qui t’étreint, cette torture. Il y a si longtemps que je t’ai abandonnée, mais je t’en supplie pense à tout ce qui fut entre nous. Penses-tu que tout ne fut qu’illusion ? Nous avons besoin l’un et l’autre d’un amour enfin réalisé, enfin à nous et non plus de cette tendresse qui n’a plus, à cause de l’absence, de points de repère où se reposer. Ne crois-tu pas que tout sera simple lorsque nous serons mariés. L’amour, ce n’est pas un objet désincarné, un but jamais atteint : ce sera le plaisir, la joie, la plénitude du don total. Ce seront nos nuits qui nous réserveront tant de bonheur. Ne sera-ce pas tout simple d’être l’un à l’autre ? De dormir dans les bras l’un de l’autre, de nous unir dans de douces caresses ? Et le jour, ne sera-ce pas merveilleusement facile de s’aimer, chacun dans son travail et ses occupations, avec la tendresse qu’éclaire la vie quotidienne ? Ne nous adorerons-nous pas dans nos enfants qui seront notre âme et notre chair ? Ma bien-aimée, n’imagine pas mon amour si extraordinaire, ne me dis pas qu’il te dépasse. C’est atroce. Notre vie commune, nous la ferons fructifier par le souci très simple de devenir meilleurs. Toi-même chérie chérie, tu seras pour moi l’intermédiaire dans mon amour de Dieu. Tu m’aideras à me rapprocher de Lui. Ne te torture pas à cause du passé. Ne saurai-je pas te conquérir toute, te révéler pour la première fois le véritable don de ton être ? Mon tout petit, aie confiance dans la vertu de la présence. Moi présent, tout sera clair et tout sera beau. Et je te le dis, tu dois me croire, ma présence est proche. D’ici peu, tu seras à moi réellement. Mais mon grand amour, ne sois pas triste ainsi. J’ai tant de mal aussi. Tant de mal que je suis comme perdu ne pouvant fixer ma pensée ni mon corps. Vois-tu, ma très aimée, c’est toi que je cherche. C’est toi qu’il me faut pour reposer ce corps et cet esprit. Toi, ma petite fille. Simplement mettre ma tête sur ton cœur et attendre un signe de toi.

François