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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

04 July 2022

FRANÇOID MITTERRAND RÊVE ENCORE DU MARIAGE ET DE LA VIE QUI S’EN SUIVRAIT MAIS : “ELLES AURONT ÉTÉ BIEN TRISTES NOS FIANÇAILLES, MA BIEN-AIMÉE”

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

2 pp. in-8 (283x 145mm) encre noire, crayon papier, cachet du stalag, cachet de la poste

CONTENU : 

[Suscription :] Mademoiselle Marie-Louise Terrasse, Paris, 5 avenue d’Orléans 5, XIV arrt, France. [Expéditeur :] François Mitterrand, 21716

[Verso :] Le 9 juillet 1941. Ma délicieuse petite fiancée, es-tu toujours à Paris ou as-tu rejoint Valmondois ? J’imagine mal que tu puisses rester à Paris en plein juillet, et il doit faire si bon d’être à la campagne avec le tennis, le bain et les promenades, et la danse peut-être aussi. Je rêve à tout cela. Ils me manquent beaucoup ces plaisirs des vacances, ces flâneries, ce farniente. Ma ravissante, j’aimerais tant te voir en plein soleil, ou bien attendre avec toi que les heures passent en écoutant tout simplement un phono, en regardant toute cette beauté des choses que nous avons connues. Souvent mes camarades me parlent de leurs femmes, et je suis plutôt étonné de constater qu’après dix ou quinze ans de mariage, ils restent extrêmement épris. Non pas ma chérie que j’aie fixé un bail à notre amour et qu’il me paraisse impossible de t’aimer plus que les premières années ! Ô non, chérie chérie, tu as tant à me révéler et ta tendresse est pour moi tellement essentielle. Mais l’image que le monde nous reflétait autrefois nous trompait sans doute sur beaucoup de ménages, apparemment divisés mais réellement solides. Je crois que l’élément principal du mariage heureux (après l’amour évidemment, qui est ou qui n’est pas, et qu’on ne peut raisonner) réside dans la compréhension. Et cela ne va pas de soi. Il faut certainement s’efforcer d’être chaque jour compréhensif. Les deux époux arrivent d’horizons si différents, avec un bagage de sentiments, d’expérience, de désirs si différents. Cette adaptation existe aussi bien pour l’accord physique, et ne trouves-tu pas que c’est là précisément l’explication du mariage heureux : cette nécessité et cette tendance à toujours mieux confondre deux personnalités pour arriver à ne faire qu’un seul être, qu’un seul plaisir, qu’une seule joie, qu’une seule peine. Elles auront été bien tristes nos fiançailles, ma bien-aimée. Quelle part aurons-nous eue de ce bonheur simple et merveilleux qui va jusqu’au mariage, jusqu’à cet autre bonheur plus exaltant encore qui se révèle. Mais je crois aussi que nous nous sommes davantage unis puisque nous avons souffert ensemble. De plus, nous n’avons pas perdu sans remède le temps des fiançailles : à mon retour, nous connaîtrons toutes ces joies dont nous rêvons. Et puis nous chercherons vite un appartement, nos meubles, tout ce qui fera le décor de notre bonheur. Bien vite nous nous marierons. Je te l’ai dit, ce sera bientôt. Mon Zou, ne crois-tu pas que j’ai terriblement besoin de ta tendresse ? Il me manque mon petit Zou, tel qu’il était, étendu et tout serré contre moi. Comme tu étais douce et adorable. Bientôt chérie, ce sera mieux encore. Sois en sûre, puisque tu seras ma femme, ma vie. Je t’embrasse et je t’aime, et te donne tous mes baisers. François