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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

06 July 2022

L’ÉLOIGNEMENT DE MARIE-LOUISE CONTINUE DE TOURMENTER FRANÇOIS MITTERRAND.

“AIE LA FORCE D’ATTENDRE MON RETOUR AVANT DE DÉCIDER DE TA VIE”

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

2 pp. in-8 (257 x 145 mm), encre bleue et crayon, lettre à en-tête du “Kriegsgefangenenpost”, cachet du Stalag, cachet de la poste

CONTENU : 

[Suscription :] Mademoiselle Marie-Louise Terrasse, Paris, 5 avenue d’Orléans 5, XIVe arrt, Seine, France. [Expéditeur :] François Mitterrand, 21716

[Verso :] Le 23 juillet 1941. Ma petite fille bien-aimée, cette longue période de silence après tes lettres du 26 juin m’a laissé dans une solitude et une détresse dont tu ne peux avoir idée. Je sens que sans le soutien de ton amour, je vais à la dérive. Je ne puis avoir foi qu’en toi et tu es toute ma joie de vivre. Ma chérie, mon tout petit, redonne-moi ton sourire et tes baisers tels qu’ils me ravissaient autrefois : tu sais bien que toi, si faible, si délicieuse, si petite fille, tu es mon seul soutien. Je t’aime et j’ai tellement besoin de toi. Es-tu toujours à Paris ? Que fais-tu ? Je me pose inlassablement ces questions. Ma Marie-Louise bien-aimée, je sais qu’il est impossible que personne ne t’aime, qu’il est forcé, ma ravissante, que ceux qui te voient soient fous de toi. Et moi qui t’aime plus que tout au monde, je suis débordé par ce désespoir : ne pouvoir te soutenir et te défendre, te combler de bonheur, te posséder, commencer la vie que nous avons rêvée l’un et l’autre si longtemps et avec tant de joie. Ma fiancée, ma très chérie, aie la force d’attendre mon retour avant de décider de ta vie. Je ne te propose pas là une épreuve sans fin, mais qui au contraire arrive à son terme. Tu pries pour ma libération prochaine. N’est-ce pas que nos cœurs ne peuvent pas être séparés ? Je crois, mon Zou, que notre vie sera toujours éclairée par la tendresse que nous nous sommes donnés, qu’elle sera commandée par notre amour. Alors, comme je sais, d’une évidence absolue, que tu seras toute mienne un jour, que ce soit dans l’union de nos vies, et dans un bonheur total. Et non pas dans la tristesse mêlée du ravissement, parce que, notre voie, nous l’aurions trouvée trop tard. Ma chérie, regarde-moi et lis en moi mon trouble et non la paix. Ton rôle peut être si grand. Ton amour, c’est l’exaltation de mon corps et de mon âme. Sans toi, je ne veux plus rien pour eux. Ma seule ambition, c’est de faire de toi ma femme bienheureuse : mes autres ambitions n’étaient qu’une manière de t’apporter davantage. Comme je t’aime. Un an et demi d’absence. Et pourtant tes lettres de juin encore si merveilleuses. Pourquoi d’un seul coup cette torture alors que tout s’éclairait puisque je vais revenir. Mon adorée, communie avec moi le 9 août. Je penserai à toi de toute mon âme. Tu seras ma femme bientôt, beaucoup plus tôt que tu ne le crois. Veillons à protéger, avec l’aide de Dieu, notre trésor. Mon tout petit, notre vie peut être exaltante, si belle, dans la perfection de notre union. Nos nuits contiendront tant de délices et nos jours tant d’espoirs. Ma chère chérie, comment pourrais-je cesser mes caresses ? Je t’aime et te réserve tout ce que je suis, tout ce que je désire.

François