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MITTERRAND, François

Lettre autographe signée à Marie-Louise Terrasse, dite Catherine Langeais

04 July 2022

ALLUSION À “UN CAHIER” (DE POÈMES ?) QUE FRANÇOIS MITTERRAND AVAIT OFFERT À MARIE-LOUISE.

“POURQUOI MAINTENANT TOUT CE MAL ?”

LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE

2 pp. in-8 (272 x 148 mm), encre bleue et crayon, lettre à en-tête du “Kriegsgefangenenpost”, cachet du Stalag, cachet de la poste

CONTENU : 

[Suscription :] Mademoiselle Marie-Louise Terrasse, Paris, 5 avenue d’Orléans 5, XIVe arrt, Seine, France. [Expéditeur :] François Mitterrand, 21716

[Verso :] Le 13 octobre 41. Mon Zou chéri, je pense à toi sans arrêt. Je me rends compte à quel point tu es proche de mon cœur et de mon esprit. Comme il est difficile d’exprimer ce que l’on sent. Toi, sauras-tu jamais combien je t’ai aimée ? Ne trouves-tu pas que notre amour, heureux ou malheureux, a quelque chose d’unique ? Malgré ma tristesse, et la violence de ma jalousie, mon amertume, ma colère, malgré cette immense révolte qui me fait tout renier, je sens que pour toi seule restent en moi une infinie tendresse, une compréhension parfaite, la volonté de ton bonheur, comme si tu m’étais devenue plus chère que moi-même. Ce que tu es pour mon désir, tu le sais. Tu as compris par mon cahier les forces qui m’attachaient à toi (tu les avais comprises, tu le sais bien, en nos heures si bienheureuses de mars, nous avons été unis par tous les liens. Et jamais je n’oublierai cette joie que nous avons partagée, qui pouvait pourtant par notre seule volonté, être tellement plus exaltante). T’aimer ainsi, sans rejeter un seul bonheur, de toutes mes forces ! Pourquoi maintenant tout ce mal ? Ma chérie chérie, je te l’ai souvent répété : aucun homme ne pourra t’aimer autant que moi. En toi, j’ai mis en plus de mes désirs, mon esprit tout entier. Et je sais bien que sans la femme que tu es, je n’aurai pas le courage de réaliser mes ambitions. Comme il faudra t’aimer pour te donner seulement une parcelle du bonheur que je veux t’offrir. Tu vois, je suis sûr que jamais, pas plus dans ton corps que dans ton intelligence, tu ne seras satisfaite. Pour combler ton exigence, il faut une folie comme la mienne. Ma très aimée, tu es si précieuse, si riche et si faible. Qui te comprendra, et en te donnant la force, saura recevoir de toi l’élan et cette qualité que je devine en toi ? Ma petite pêche, tu es si belle et si fragile. Crois-moi, quoi qu’il arrive désormais, tu resteras pour moi “ma femme”, et je souffrirai durement si je te sais incomprise, meurtrie. Certes, je ne le souhaite pas, ce serait si bon de te savoir heureuse. Mais comme il est difficile (et merveilleux) de t’aimer et d’être aimé de toi. Ici, rien de très neuf. Espère tout de même. Tout est en bonne voie. J’ai été assez déprimé par un rappel inopportun de mon éclat d’obus que je commençais à oublier ! Ce n’est pas grave. Tu sais, mon aimée, quelle est pour moi la seule chose grave.

François