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Génie du christianisme, ou beautés de la religion chrétienne
SUPERBE EXEMPLAIRE SUR GRAND PAPIER, RELIÉ À L'ÉPOQUE EN MAROQUIN BLEU PAR BOZERIAN, ET ENRICHI D'UN DESSIN ORIGINAL.
ANCIENNES COLLECTIONS YEMENIZ PUIS BERÈS
"LE GÉNIE DU CHRISTIANISME RESTERA MON GRAND OUVRAGE" (MÉMOIRES D'OUTRE-TOMBE)
PREMIÈRE ÉDITION ILLUSTRÉE. TROISIÈME ÉDITION
4 volumes in-8 (198 x 126mm)
COLLATION : (t. I) : [I]-VI pp., 64 pp. (défense du génie du christianisme), [VII]-XII pp., 464 pp. ; (t. II) : 2 ff., 439 pp. ; (t. III) : 2 ff., 436 pp. ; (t. IV) : 595 pp.
TIRAGE : exemplaire imprimé sur papier vélin
ILLUSTRATION : 9 figures gravées à l’eau-forte AVANT LA LETTRE par Robert de Launay, Delignon, P. Baquoy, Delvaux, d’après des dessins de Le Barbier l’aîné, Boichot, Chauvet, Delvaux, DESSIN ORIGINAL PAR LE BARBIER, à l'encre brune, ajouté à l'époque (t. 1, p. 319)
RELIURES SIGNÉES DE BOZERIAN. Maroquin bleu nuit à grain long, décor doré, encadrement d’une roulette et de filets, dos à nerfs ornés à la grecque, tranches dorées
PROVENANCE : Nicolas Yemeniz (1783-1871 ; ex-libris ; Paris, mai 1867, lot 357, FF36 : “figures avant la lettre, mar. bleu, dent., tr. dor. (Borerian). Exemplaire sur papier vélin”) -- Auguste Genard, maître gantier à Grenoble (1819-1908 ; ex-libris) -- du 18 juillet 1947 -- Pierre Berès (étiquette)
Le Génie du christianisme fut publié la première fois le 14 avril 1802 en cinq volumes in-8, soit six jours après que le Concordat eut été ratifié par le Corps législatif, et quelques jours avant Pâques. Chateaubriand en avait retardé la parution afin de faire coïncider les deux événements. Rome et Bonaparte avaient réglé leur différend :
“Bonaparte, désirant alors fonder sa puissance sur la première base de la société, venait de faire des arrangements avec la Cour de Rome” (Mémoires d’outre-tombe).
Chateaubriand pouvait célébrer les “beautés de la religion chrétienne”. Le retournement était soudain. Dans son Essai sur les révolutions (1797), Chateaubriand réduisait le christianisme à un simple fait historique et social. Un double deuil, selon Chateaubriand (la mort de sa mère et celle de sa sœur en 1798), l’avait incité à écrire le Génie du Christianisme.
Le succès fut foudroyant et Migneret prétendit en avoir vendu pour mille écus en une seule journée. La France recherchait la paix des consciences après les tumultes révolutionnaires. L'année suivant Atala (1801) permettait à Chateaubriand d'entrer en littérature par la porte du Génie. Mais on sait qu'Atala lui-même avait déjà été détaché par son auteur du projet apologétique originel.
Dès l'édition originale de 1802, les contrefaçons fautives se multiplièrent. En 1803, Migneret proposa deux éditions : celle-ci, la première illustrée, en juin 1803, et une édition non illustrée en deux volumes in-8 parue en avril 1803, dite "seconde édition en partie originale". Ces deux éditions de 1803 sont les seules à comporter la fameuse et seule dédicace à Napoléon que Chateaubriand ait jamais faite. Elle fut bien entendu supprimée par l'auteur après le meurtre du duc d'Enghien le 21 mars 1804 qui marque l'entrée en résistance impériale de l'auteur des Mémoires d'outre-tombe. Il existe deux états de la célèbre dédicace. Dans le second, comme pour cet exemplaire, elle est adressée "Au premier Consul Bonaparte". Dans le premier état, elle est rédigée "Au premier Consul le général Bonaparte".
"L'action du Génie du christianisme sur les opinions ne se borna pas à une résurrection momentanée d'une religion qu'on croyait au tombeau : une métamorphose plus durable s'opéra. Il y avait dans l'ouvrage innovation de style, il y avait aussi changement de doctrine ; le fond était altéré comme la forme ; l'idée de Dieu et de l'immortalité de l'âme reprit son empire. Le heurt que le Génie du christianisme donna aux esprits fit sortir le XVIIIe siècle de l'ornière, et le jeta pour jamais hors de sa voie. Le Génie du christianisme restera mon grand ouvrage, parce qu'il a produit ou déterminé une révolution, et commencé la nouvelle ère du siècle littéraire" (Mémoires d'outre-tombe).
Les beaux exemplaires des éditions Migneret des années 1802 et 1803 sont rares. Pour cet ouvrage majeur, seules ces années peuvent en effet être considérées comme vintage puisqu'après l'exécution du dernier des Condé, le Génie et ses éditions ne changeront plus de forme.
C’est probablement après avoir lu le Génie du christianisme, en cachette , à Louis-le-Grand, que Victor Hugo déclara, à l’âge de quatorze ans, “Je veux être Chateaubriand ou rien !”
L. Carteret, Le Trésor du livre romantique, I, 160 -- G. Vicaire, Manuel de l’amateur des livres du XIXe siècle, II, col. 282 : cet exemplaire cité -- M. Clouzot, Guide du bibliophile français, p. 62 -- Chateaubriand. Le voyageur et l'homme politique. Cat. exposition BN, Paris, 1969, n° 154