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[BONINIS, Bonin de]

Officium beate Marie virginis ad usum Romane ecclesie

Lyon, [Jacobinus Suigus et Nicolaus de Benedictis pour] Bonin de Boninis, 20 mars 1499 [pour 1500]

ÉDITION INCUNABLE DUE À L’IMPRIMEUR-LIBRAIRE CROATE BONIN DE BONINIS, ALORS ÉTABLI À LYON.

IMPRIMÉE SUR PEAU DE VÉLIN.

ELLE COMPORTE UNE ADMIRABLE DANSE MACABRE EN TRENTE VIGNETTES.

EXEMPLAIRE DU GRAND BIBLIOPHILE ANGLAIS HENRY HUTH

In-8 (159 x 109 mm). Imprimé sur vélin en caractères gothiques ronds (98 G, 83 G, 75 G), à l’encre noire et rouge, 18 ou 21 lignes à la page

“Either the first or the second edition of Boninus’ series of Lyons-printed Officia [… ] A distinct Italian style is evident in the cuts and many of the borderpieces, including Labors of the Months and Dance of Death. This series was also used by Boninus in a rare edition of identical format and collation date 20 May 1499 (Goff O-47), whose exact relation to the present ‘20 March 1499’ edition remains to be fully determined. Goff and other catalogues presume that the present edition’s completion date is to be interpreted as 20 March 1499/1500 according to Easter-style convention, but no convincing reason has yet been given. [… ] Scholderer suggests tentatively that the present edition is truly 20 March 1499, but his suggestion has not been followed by Goff or CIBN.” (vente Otto Schäfer, III, novembre 1995, n° 118)

COLLATION : 

[a-c8] A-T8 (les 3 premiers cahiers sans signatures ; T8v blanc) : 176 ff.


CONTENU : [a1r] : titre, [a1v]-[b5r] : calendrier, [b5v-8r] : évangiles, [b8v]-[c6r] : Passion selon saint Jean, [c7r-8r] : prières, [c8v] : incipit, A1r-8v : matines, B1r-C1v : laudes, C2r-5r : prime, C5v-8r : tierce, C8v-D2v : sexte, D3r-5v : none, D6r-E3r : vêpres, E3v-G2v : complies, G3r-5r : messe, G5v-I7v : psaumes pénitentiels et litanies, I8r-N8v : office des Morts, O1r-3v : office de la Croix, O4r-6v : office du Saint Esprit, O7r-T8r : suffrages, T8r : colophon

ORNEMENTATION : initiales peintes en rouge et bleu ; large bordure ornée de vignettes gravées sur métal encadrant chaque page, dont une DANSE MACABRE, en trente petites vignettes, répétée sept fois dans la bordure inférieure des ff. I8r à N8v

ILLUSTRATION : 17 grandes gravures sur métal : [a1r] : Annonciation, [b8v] : baiser de Judas, [c7r] : Saint Graal, [c8v] : arbre de Jessé, A1r : Annonciation, B1r : Visitation, C2r : Nativité, C5v : Annonce aux bergers, C8v : Adoration des mages, D3r : Présentation au Temple, D6r : massacre des Innocents, E3v : mort de la Vierge, G3r : Annonciation, G5v : David et Goliath, I8r : office des Morts, O1r : Crucifixion, O4r : Pentecôte. La gravure de l’Annonciation est la même, répétée trois fois



RELIURE ANGLAISE DU XIXe siècle. Maroquin olive à grain long, plats ornés d’un large encadrement à froid avec une croix au centre, dos à nerfs orné à froid, tranches dorées

PROVENANCE : 

Henry Huth (1815-1878 ; ex-libris “Ex Musæo Huthii”, avec sa devise latine “Animus non res” ; Catalogue of the Famous Library of Henry Huth, Londres, 1917, 6e partie, n° 5398) -- librairie Lardanchet à Lyon (étiquette) -- Bernard Malle


Restaurations anciennes aux feuillets [a1], [a2], [b1], [b2], [c8], K1 et N3, infimes accrocs aux A5, C7 et O7. Traces de deux anciens ex-libris. Petits frottements à la reliure

Bonin de Boninis

Bonin de Boninis (vers 1450-1528), de son vrai nom Dobriša Dobrić ou Dobrić Dobričević, était né sur l’île de Lastovo (ou sur l’île de Korčula, selon les sources), en république de Raguse (aujourd’hui Dubrovnik, Croatie), sur la côte dalmate. Il fut formé au travail d’imprimerie à Venise, assez tôt, dès 1478, et poursuivit sa formation à Vérone (1480) ainsi qu’à Brescia (1483-1491). À Venise, il publia en mars 1478 une édition des œuvres de Lactance, De Divinis institutionibus, avec l’un de ses compatriotes Andrije Paltašić de Kotor (Andreas de Paltasichis Catharensis). Il s’établit ensuite à Vérone, où il imprima dix ouvrages entre 1481 et 1483, parmi lesquels il faut signaler le Doctrinale puerorum d’Alexandre de Villedieu, ainsi que deux éditions, l’une latine et l’autre italienne, du traité De re militari de Roberto Valturio, illustrées de gravures sur bois. À partir de 1483 et jusqu’en 1491, il officia dans la ville de Brescia où une trentaine d’ouvrages sortirent de ses presses. Il fut le premier à imprimer des livres illustrés de gravures sur bois à Brescia. Ses éditions des Fables d’Ésope (mars 1487) et de la Divina Commedia (mai 1487) sont à ce titre remarquables.

Ces impressions coûteuses le ruinèrent. Il liquida son imprimerie et quitta Brescia, à la fois pour fuir ses créanciers et pour se livrer au commerce de la librairie. Il établit son dépôt à Lyon, rue Mercière. Entre 1493 et 1495 il voyagea beaucoup afin de placer ses livres. On le trouve en effet absent aux nommées de 1493 : “Bonin de Bouxiis, libraire et marchant demourant en rue Marchière pour ses meubles et pratique LX l. t.”, en marge : “Vacat.” (Archives municipales de Lyon, Nommées de 1493, série CG 9). Durant tous ses déplacements à travers l’Europe, il n’avait cessé d’être au service de la République de Venise en tant qu’informateur politique du Conseil des Dix. Ce n’est qu’à partir de 1498 qu’il paraît s’être fixé définitivement à Lyon : en avril de cette année-là, il est recensé dans les rôles de la milice lyonnaise avec la qualité d’imprimeur : “Establies en cas d’effroy. Avril après Pâques. – Depuis le pont du Rosne tirant par Saincte Héleyne jusques à la chayne du puys d’Esnay.” VIIe dizaine, 9e nom “Bonin”, l’imprimeur” (Archives municipales de Lyon, série EE). Puis il abandonna l’imprimerie pour se livrer de nouveau au commerce du livre, comme en attestent deux rôles de 1503, dans lesquels il est appelé “Bonyer le libraire” et “Bonyer de Bnyns, le libraire” (Archives municipales de Lyon, série CC 113). Son véritable nom, Dobriša Dobrić, n’apparaît jamais dans ses publications. Dans le présent colophon de l’Officium beate Marie, on relève : “Impressum Lugduni expensis Bonini de boninis dalmatini”.

Baudrier et Claudin mentionnent qu’il faut se garder de confondre Bonin de Boninis avec Benoît Bonnin, autre imprimeur à Lyon au XVIe siècle, originaire du centre de la France, sans aucun lien avec le Croate. Retiré de toute affaire commerciale dès 1508, il ne s’occupa plus que de missions d’informations et de diplomatie, en France et en Italie, au service de Venise. Entré dans les ordres dès 1499, Bonin de Boninis fut nommé doyen de la cathédrale de Trévise, en raison de la loyauté de ses services. Il y mourut en 1528.

Officium beate Marie virginis

Ce livre d’heures est le seul incunable à l’adresse lyonnaise de Bonin de Boninis. Il en existe quatre éditions, sorties de son officine entre 1499 et 1501, toutes imprimées sur peau de vélin. Très semblables, elles ne comportent que de minimes variantes, avec réduction des caractères typographiques pour l’édition de 1501. Leurs colophons sont respectivement datés : 20 mai 1499, 20 mars 1499 (sic pour 1500, selon un consensus établi par la plupart des bibliographies), 26 août 1500 et 26 août 1501. Claudin affirme que c’est l’édition datée du 20 mai 1499 qui “contient le premier tirage des gravures. Elle est restée inconnue de Brunet et a échappé aux recherches de M. J. Baudrier, qui, l’un et l’autre, ne citent qu’une seconde édition publiée l’année suivante, le 20 mars 1499 (1500 n. st.) [… ] La seconde édition correspond, page pour page et ligne pour ligne, avec la précédente, mais les bordures ne sont pas disposées dans le même ordre [… ] L’omission de la lettre i au commencement du colophon dans le mot Explicit, qui se lit Explcit (sic), servira aussi à distinguer le second tirage du premier”. C’est le cas dans notre exemplaire.

L’illustration et l’ornementation

Cette édition est ornée de dix-sept grandes gravures sur métal, dont celle de l’Annonciation répétée trois fois. Une centaine de vignettes, dont certaines répétées, viennent s’incruster dans des encadrements variés. Figures et bordures, bien ordonnancées et d’un dessin net, sont à l’imitation des Heures qui s’imprimaient alors à Paris. Brunet fait remarquer que les sujets placés au bas des pages ont une plus grande dimension que dans la plupart des éditions parisiennes du même format que celle-ci. Du reste, les sujets sont disposés dans un autre ordre et on peut y voir des scènes et des personnages différents. Les vignettes au bas du calendrier, aux feuillets liminaires, montrent des scènes de la vie quotidienne : moisson, taille des vignes, chasse, cuisine, etc. Une drôle de scène profane, plutôt surprenante ici, est visible au mois d’avril : “The cut illustrating April (two lovers in a garden, with a third party asleep) is more suggestive of Boccaccio than a devotional book.” (Fairfax Murray, n° 277). Suivant Baudrier, le fait que la taille des vignes soit située au mois de mars et la moisson au mois de juin, prouvent que ces figures sont l’œuvre d’un artiste italien, du moins très influencé par un style italien :

“On y remarque, en effet, au mois de mars, un vigneron taillant des vignes conduites sur des arbres, suivant la coutume italienne, et, au mois de juin, une scène de moisson. Or, dans tous les livres d’heures français que j'ai vus, la moisson est toujours placée en juillet, et les vignes taillées par les vignerons sont toujours basses et échalassées.”

En général, les bibliographies s’accordent à reconnaître le caractère italien de l’illustration, ce qui distingue nettement ce livre d’heures de tous ceux parus en France. Selon Firmin Didot : “Le goût italien s’y fait surtout remarquer, et l’on peut dire que c’est en ce genre, après les Heures de Venise de Hertzog [1493], le plus beau livre de style italien que nous connaissions.” (Catalogue raisonné, n° 878).

Une admirable danse des morts occupe la bordure inférieure des feuillets I8r à N8v. Elle se compose de trente petits tableaux et représente uniquement des hommes. La danse est répétée sept fois. Les silhouettes se découpent sur un fond criblé ou étoilé, formé d’un semis de points blancs sur noir ou de petites étoiles. Spécialement remarquable, elle constitue un bel exemple d’iconographie originale sur ce sujet populaire.

Henry Huth

Henry Huth (1815-1878), né à Londres, fit ses études à l’école de George Keylock Rusden à Leith Hill (Surrey). En parallèle de son cursus, il apprit également l’arabe, le persan et l’hindoustani. En 1833, il intégra l’entreprise de son père, Frederick Huth (1777–1864), luthérien originaire de Hanovre naturalisé britannique, qui avait créé une banque d’affaires à Londres. Mais il en partit rapidement et passa plusieurs années à voyager, principalement en Allemagne, en France, aux États-Unis et au Mexique. Il rentra en Angleterre en 1843, se maria l’année suivante, puis partit s’installer à Hambourg. En 1849, il rejoignit de nouveau l’entreprise familiale à Londres. Là, il put s’adonner à sa passion pour les livres, fréquenta quotidiennement les libraires et acheta à presque toutes les ventes importantes. Il fut membre de la Philobiblion Society (élu en 1863) et du Roxburghe Club (élu en 1866), mais n’assistait jamais aux réunions. Sa collection était particulièrement riche en livres de voyages, ainsi qu’en littératures anglaise, espagnole et allemande, quelques bibles occupaient une place de choix. Vers 1868, il commença l’établissement du catalogue de sa bibliothèque, mais, faute de temps, employa Frederick Startridge Ellis et William Carew Hazlitt pour la rédaction des fiches, se contentant de revoir uniquement les épreuves. Il mourut avant de le voir achevé. Le catalogue parut finalement en 1880. Dans ses dernières années, il vécut à Wykehurst Place, à Bolney (Sussex). Ce manoir néo-gothique avait été construit pour lui par l’architecte Edward Middleton Barry en 1871. Après sa mort en 1878, son deuxième fils, Alfred Henry Huth (1850-1910), également bibliophile, s’occupa de la collection et la dispersa aux enchères à Londres, en sept ventes, entre 1911 et 1918.

BIBLIOGRAPHIE : 

ISTC ih00399360 -- USTC 201493 -- CIBN, II, H-245 -- BMC, VIII, pp. 324-325 -- J.-C. Brunet, Manuel du libraire, IV, col. 168 ; V, col. 1675, “Notice sur les heures gothiques”, n° 380 -- Van Praet, Catalogue des livres imprimés sur vélin de la bibliothèque du Roi, VI, pp. 12-13, n° 113 bis ; Catalogue de livres imprimés sur vélin qui se trouvent dans des bibliothèques tant publiques que particulières, I, p. 64, n° 154 -- F. R. Goff, Incunabula in American libraries, Millwood, 1973, O-48 -- H. Bohatta, Bibliographie der livres d’heures, n° 98-99 -- H. W. Davies, Catalogue of a Collection of Early French Books in the Library of C. Fairfax Murray, I, n° 227 -- S. Gliubich, Dizionario biografico degli uomini illustri della Dalmazia, Vienne-Zara, 1856, pp. 49-50 -- Catalogue raisonné des livres de la bibliothèque de M. Ambroise Firmin Didot, Paris, 1867, I, n° 878 -- The Huth Library. A Catalogue of the Printed Books, Manuscripts, Autograph Letters, and Engravings, collected by Henry Huth with Collations and Bibliographical Descriptions, Londres, 1880, III, p. 1057 -- N. Rondot, Les Graveurs sur bois et les imprimeurs à Lyon, au XVe siècle, Lyon-Paris, 1896, p. 43 -- H.-L. Baudrier, Bibliographie lyonnaise. Recherches sur les imprimeurs, libraires, relieurs et fondeurs de lettres de Lyon au XVIe siècle, Lyon-Paris, 1899, IV, pp. 9-17 -- P. Lacombe, Livres d’heures imprimés au XVe et au XVIe siècle conservés dans les bibliothèques publiques de Paris, Paris, 1907, n° 500-501 -- A. Claudin, Histoire de l’imprimerie en France au XVe et au XVIe siècle, Paris, 1914, IV, pp. 283-294 -- L. Donati, “Bonino de Boninis stampatore”, in Archivio storico per la Dalmazia, II, 1927, pp. 55-64 -- H. Tenschert, Horae. B. M. V. 158 Studenbuchdrucke der Sammlung Bibermühle. 1490-1550, Ramsen-Rotthalmünster, 2003, n° 150