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[LACRETELLE, Pierre-Louis de]

Plaidoyers

Bruxelles [Nancy], 1775

UN JALON DANS L’HISTOIRE DE L’IMPRIMERIE (HÉBRAÏQUE) EN FRANCE.

“MESSIEURS, LA VRAIE QUESTION DE CETTE CAUSE, C’EST DE SAVOIR SI LES JUIFS SONT DES HOMMES”, LACRETELLE (P. 4).

CE PETIT OUVRAGE EST INFINIMENT PLUS RARE QUE LE LIVRE DE L’ABBÉ GRÉGOIRE (1789).

UN SEUL EXEMPLAIRE AUX U.S.A. (HOUGHTON LIBRARY)

ÉDITION ORIGINALE

In-8 (200 x 120mm)
Vignette gravée représentant la justice sur la page de titre, bandeaux et culs-de-lampe gravés,
COLLATION : (1-2) 3-169 (170) pp.
CONTENU : p. 3 : Plaidoyer pour Moyse May, Godechaux et Abraham Lévy, Juifs de Metz, contre l’Hôtel-de-ville de Thionville & le Corps des marchands de cette ville ; p. 39 : Plaidoyer pour la Dlle. D**** ; p. 105 : Plaidoyer pour Denize D**** ; p. 151 : Précis pour le Sr
RELIURE PASTICHE par Devauchelle. Dos long de maroquin rouge, orné et doré, tranches rouges

RARETÉ : quatre exemplaires sur OCLC, sept en France (deux à la BnF, Cujas, Bar-le-Duc, Poitiers, Nancy, Metz), un à Leipzig (Albertina) et UN SEUL EXEMPLAIRE AUX U.S.A. (Harvard, Houghton Library). Aucun exemplaire sur les sites de ventes aux enchères ou de libraires. La British Library qui possède d’autres textes de Pierre-Louis de Lacretelle ne présente pas celui-ci

Pierre-Louis de Lacretelle (1751-1824), dit Lacretelle l’Aîné, fut avocat sous l’Ancien Régime, député plusieurs fois dans les assemblées de la Révolution, puis membre de l’Académie française sous l’Empire. Né à Metz, il collabora avec Malesherbes sur la question des protestants et donc, sur celle des Juifs. Il était ami de Buffon, de d’Alembert, de Condorcet et de Turgot, représentant bien cette seconde génération des Lumières, active dans l’émancipation des Juifs de France et des protestants, comme dans la lutte contre l’esclavage.

Les trente-six premières pages de ce recueil présentent son très fameux Plaidoyer pour Moyse May, Godechaux et Abraham Lévy, Juifs de Metz, contre l’Hôtel-de-ville de Thionville & le Corps des marchands de cette ville. Étonnamment, le texte ne parle jamais, en aucune occurence, de la nature de la profession interdite. Il s’agit en réalité de l’imprimerie. Godechaux et Abraham Lévy ne forment qu’une seule et même personne : il est le gendre de Moyse May.

Au-delà des hypothèses anciennes formulées sur la ville d’Avignon, ce furent Strasbourg (1501) et Metz qui, sur le territoire de la France d’aujourd’hui, connurent les premières impressions hébraïques réalisées par des imprimeurs de confession juive. Tous les incunables hébraïques ont été imprimés dans les péninsules italiennes et ibériques. Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, l’imprimerie en caractères hébreux, par des imprimeurs de confession juive, n’appartient pas au paysage du livre français.

Il fallut attendre la tolérance accordée par Malesherbes, alors en charge de la Direction de la Librairie, et la personnalité de Moyse May pour voir réapparaître des livres imprimés en hébreu par un imprimeur juif. Encore devaient-ils être à Metz camouflés sous le nom d’un imprimeur officiellement patenté par l’administration française. Ce sera Joseph Antoine comme le montre la Haggadah imprimée à Metz en 1767.

L’exercice d’une activité commerciale était donc interdit à Moyse May et à son gendre, contrairement aux stipulations d’un édit de 1767 accordé par Louis XV. Lacretelle plaida et perdit. Mais il fit imprimer sa plaidoirie à Bruxelles. Le retentissement en fut important au point que bon nombre d’historiens le considèrent aujourd’hui comme un prédécesseur de l’abbé Grégoire. Traitant de deux pauvres imprimeurs de textes liturgiques, il formula les premiers linéaments du futur concept de “régénération” (1789) des Juifs que l’abbé Grégoire et la Révolution allait faire triompher. Ce petit texte représente donc bien un jalon important dans l’histoire de l’émancipation des Juifs en France.

BIBLIOGRAPHIE : 

M. Ginsburger, “Les premiers imprimeurs juifs en France”, Revue des études juives, juill.-sept. 1928, t. LXXXVI, n° 171 -- “De la typographie hébraïque à Metz”, Revue orientale, t. III, Bruxelles, 1843-1844, pp. 209-215 (avec la liste des livres imprimés par Moyse May)