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CHATEAUBRIAND, François-René de Congrès de Vérone. Guerre d’Espagne. Négociations. Colonies espagnoles féletz

Congrès de Vérone. Guerre d’Espagne. Négociations. Colonies espagnoles féletz

Paris, Delloye, Leipzig, Brockhaus et Avenarius, 1838

ENVOI DE CHATEAUBRIAND À L’ABBÉ DE FÉLETZ, L’UN DE SES PLUS FIDÈLES LECTEURS.

SUPERBE CONDITION DE RELIURE

ÉDITION ORIGINALE.

2 volumes in-8 (214 x 128mm)
COLLATION : (vol.) 1 : π4 1-308 314, soit ; (vol. 2) : π2 1-308, soit 
ENVOI autographe signé sur le feuillet de titre du premier volume, à l’encre brune :

Hommage de l’amitié et de la reconnaissance.
 À Monsieur Féletz
 Chateaubriand

RELIURES DE L'ÉPOQUE. Dos en veau blond, dos à nerfs ornés, plats de papier marbré, tranches mouchetées
PROVENANCE : abbé de Féletz (1767-1850 ; envoi) -- Bernard Malle

Restauration des charnières

L’abbé de Féletz (1767-1850), prêtre réfractaire sous la Terreur, passe près d’un an sur l’un des pontons de Rochefort, en attente d’être déporté vers les bagnes de Guyane. Il échappe à l’exil en se réfugiant dans sa famille, à Angoulême. Il entame à partir de 1801 une carrière de critique littéraire au Journal des débats qui durera trente ans, et qu’il poursuivra au Mercure de France. Ses articles se distinguent par la sûreté du goût, la solidité de l'instruction et l'urbanité de la forme. Il qualifie par exemple Chateaubriand de “Tacite moderne”, dans Le Journal des débats du 13 avril 1814, pour s’être opposé, comme lui-même, à Napoléon. Féletz fut nommé conservateur de la bibliothèque Mazarine en 1809, membre de la commission des livres classiques de l'Université en 1812, puis inspecteur de l’Académie de Paris en 1820. Chateaubriand appuya sa candidature à l'Académie française en 1827. L’abbé de Féletz lui témoigna sa reconnaissance, dans son discours de réception.

Féletz ne manquait pas d’écrire un article dithyrambique à la parution de chaque nouveau livre de Chateaubriand. En 1828, par exemple, il loue dans ses Mélanges de philosophie, d’histoire et de littérature (volume 3), plusieurs textes de Chateaubriand parus dans ses Œuvres complètes (1826) éditées par Ladvocat. On lit, à propos des Aventures du dernier Abencerage :

“On sait avec quel talent et quelle éloquence M. de Chateaubriand sait peindre le combat des passions et des devoirs. On sait aussi avec quelle riche et brillante imagination il sait peindre la nature et les arts, et en décrire les beautés, les variétés, les accidents”

ou à propos des Natchez :

“Pour me résumer, je dirai que les Natchez sont l’œuvre d’un génie fort, vigoureux, puissant et original ; c’est un ouvrage qui n’a point de modèle” (ibid.)

L’abbé de Féletz reçut certainement plusieurs ouvrages de Chateaubriand dont deux sont aujourd’hui connus. L’un faisait partie de la collection de Maurice Chalvet (catalogue Chateaubriand, 1996, n° 16) : Réflexions politiques sur quelques écrits du jour (1814) ; l’autre est l’exemplaire du Congrès de Vérone (1838) que nous présentons ici. Ces deux ouvrages publiés à vingt-quatre ans d’écart témoignent de la longévité de l’estime et de “l’amitié” réciproque qui liait Chateaubriand et Féletz.

Le Congrès de Vérone offrait au lecteur un avant-goût de ce que seraient les Mémoires d’outre-tombe. Mais ses lecteurs furent rares. Ce livre relate les événements politiques de 1822 à 1824, période pendant laquelle Chateaubriand était ministre des Affaires étrangères. On trouve, parmi les passages remarquables, les portraits de Louis XVIII, du tsar Alexandre, la visite de Chateaubriand à Charles X, ainsi que des pages célèbres sur Waterloo.

“Le Congrès de Vérone est une œuvre oubliée de Chateaubriand. Plaidoyer paru en 1838 en faveur de son action comme ministre des Affaires étrangères au moment de la guerre d’Espagne de 1823, et plus largement en faveur de la Restauration, l’ouvrage n’eut aucun succès. Objet des critiques de la Gauche, qui lui reprochait d’avoir mené en Espagne une guerre visant à renverser un régime constitutionnel, et de la Droite qui l’accusait d’avoir, par son hostilité à Villèle, affaibli la monarchie, Chateaubriand n’a pas convaincu ses contemporains. Le lecteur est aujourd’hui en face d’un chef-d’œuvre, véritable morceau des Mémoires d’outre-tombe. On y retrouve le style éblouissant de l’écrivain, la verve du polémiste, l’imagination du poète. L’ouvrage contient de nombreux passages des Mémoires, Chateaubriand ayant hésité longtemps à réintégrer ce texte dans son œuvre majeure.” (Jacques-Alain de Sédouy).

BIBLIOGRAPHIE : 

L. Carteret, Le Trésor du bibliophile, I, p. 163 -- Clouzot, Guide du bibliophile français, p. 66 : “Texte dont l'importance a fini par apparaître. C'est en effet une partie, et non négligeable, des Mémoires d’outre-tombe” -- Jacques-Alain de Sédouy, “Le Congrès de Vérone de Chateaubriand”, Revue des Deux Mondes, juil.-août 2014, pp. 101-109 -- l’œuvre a été republiée en 2014 par les éditions Champion avec une préface de Béatrice Didier