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ROBESPIERRE, Maximilien

Discours couronné par la Société Royale des Arts et des Sciences de Metz, sur les questions suivantes, proposées pour sujet du Prix de l'année 1784.

Amsterdam et Paris, J. G. Merigot, 1785

ÉTRANGE EXEMPLAIRE DE L'UN DES TOUT PREMIERS TEXTES POLITIQUES AYANT APPARTENU A L'UN DES PLUS GRANDS FAUSSAIRES ANGLAIS, CÉLÈBRES POUR SES "FORGERIES" DE SHAKESPEARE

1°. Quelle est l'origine de l'opinion, qui étend sur tous les individus d'une même famille, une partie de la honte attachée aux peines infamantes que subit un coupable ? 2° Cette opinion est-elle plus nuisible qu'utile ? 3° Dans le cas où l'on se déciderait pour l'affirmative, quels seraient les moyens de parer aux inconvéniens qui en résultent ?

ÉDITION ORIGINALE

In-8 (192 x 130mm) Fleuron et bandeau gravé sur bois
RELIURE ANGLAISE DU XIXe SIECLE. Dos de veau brun à coins avec titre doré en long, plats de papier marbré
PROVENANCE : W. H. Ireland (1775-1835 ; ex-libris) et avec une note manuscrite autographe et signée sur l'une des gardes : "This tract is extremely rare even in France, great research having been made for it during the sanguinary reign of Robespierre. W. H. I."

Ce livre a appartenu au grand et célèbre faussaire anglais William Henry Ireland. A dix-neuf ans, il inventa une fausse pièce de Shakespeare (Vortigern and Rowena), rédigea lui-même les prétendus manuscrits de Hamlet et de King Lear et découvrit de soi-disant livres annotés par Shakespeare lui-même. Il mourut en 1835 dans la misère la plus noire. Âgé de vingt quatre ans, Maximilien Robespierre plaide depuis 1782. Il n'avait jusque là rédigé que des plaidoyers judiciaires. Entré depuis peu à l'Académie d'Arras (novembre 1783), Robespierre suit maintenant la voie proposée par l'Académie de Metz, où siège Rœderer, pour rédiger son premier texte à portée politique, inspiré par le Discours de Lacretelle récemment publié. La question posée est la suivante : Quelle est l'origine de l'opinion qui étend sur tous les individus d'une même famille une partie de la honte attachée aux peines infamantes que subit un coupable ? Ce mémoire lui avait d'abord servi de discours de réception à l'Académie d'Arras.

C'est ce même texte, peut-être modifié, qui fut envoyé à Metz. Sa pensée est encore très modérée : "Sujet fidèle et respectueux de son roi, il parle de Louis XVI avec une grande déférence (…) il n'entend nullement porter une main profane sur l'édifice sacré de nos lois. Nous n'avons pas besoin de changer tout le système de notre législation, de chercher le remède d'un mal particulier dans une révolution générale souvent dangereuse. Des moyens plus simples, plus faciles, et peut-être plus surs semblent s'offrir à nous." (G. Walter, pp. 40-43). Robespierre ne propose pas, en effet, une révolution de l'ordre judiciaire mais des améliorations pratiques : limitation de la puissance paternelle ; suppression de la confiscation des biens du condamné ; égalité devant le châtiment ; amélioration du sort des enfants naturels.

Les mémoires de Robespierre et de Lacretelle furent tous deux couronnés, Lacretelle recevant le prix. Ce dernier fut d'ailleurs étonné du talent de son jeune confrère et publia une analyse assez critique de son Discours dans le Mercure de France (3 décembre 1785). En 1823, Lacretelle ajoutera : “Rien, dans ce début, ne promettait le personnage qu'on a vu sept ans après. On pourrait croire qu'il s'ignorait encore lui-même”.

BIBLIOGRAPHIE : 

Quérard, VIII, 8 -- repris dans les Œuvres complètes de Robespierre (Robespierre à Arras, tome I, publié par E. Deprez en 1910) -- Patricia Pierce, The Great Shakespeare Fraud. The strange, true story of William-Henry Ireland. Londres, Sutton Publishing, 2005