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Estimation d'un livre ou d'un manuscrit
Discours de M. Chateaubriand [sic] pour sa réception à l’Institut. (Buonaparte en défendit l'impression.)
RARE PLAQUETTE DU DISCOURS DE RÉCEPTION DE CHATEAUBRIAND À L’ACADÉMIE FRANÇAISE :
“BUONAPARTE EN INTERDIT L’IMPRESSION” (MENTION IMPRIMÉE SUR LA PAGE DE TITRE).
“LE CHALEUREUX ÉLOGE DE LA LIBERTÉ PRONONCÉ AU MILIEU DE LA SERVILITÉ DE L’EMPIRE” (MOT).
Édition pré-originale clandestine parue un an avant l’édition originale autorisée (chez Chaumerot aîné, 1815, 16 pp.)
Plaquette in-8 (193 x 121mm)
COLLATION : A8 B4, soit 23 pp.
RELIURE signée des Ateliers Laurenchet. Percaline bleu nuit, dos à la bradel, titraison reprenant la faute “Chateaubriant” de la page de titre
Chateaubriand fut élu à l’Académie française le 20 février 1811 au fauteuil de François-Marie Chénier (frère d’André) mort le 10 janvier précédent. Chénier avait été régicide et ses écrits critiquaient vertement l’Église catholique. La difficulté se posa, pour Chateaubriand, d’écrire un discours censé faire l’éloge d’un tel prédécesseur. Les Mémoires d’outre-tombe (Livre XVIII, chapitre 8) rapportent cet épisode :
“Je me mis de suite à travailler à mon discours, je le fis et le refis vingt fois, n’étant jamais content de moi : tantôt le voulant rendre possible à la lecture, je le trouvais trop fort ; tantôt, la colère me revenant, je le trouvais trop faible. Je ne savais comment mesurer la dose de l’éloge académique. Si, malgré mon antipathie pour l’homme, j’avais voulu rendre l’admiration que je sentais pour la partie publique de sa vie, j’aurais été bien au delà de la péroraison”.
Cette opposition de l’homme et de l’écrivain était déjà exprimée vingt ans plus tôt par Chateaubriand dans son Discours :
“ses écrits portent l’empreinte des jours désastreux qui l’ont vu naître [...] Ici se trouvent mêlés et confondus les intérêts de la société et les intérêts de la littérature ; je ne puis assez oublier les uns pour m’occuper uniquement des autres” (p. 6).
Ce discours, surtout, en exaltant la liberté, portait un coup au pouvoir de Napoléon :
“Mon discours étant prêt, je fus appelé à le lire devant la commission nommée pour l’entendre : il fut repoussé à l’exception de deux ou trois membres. Il fallait voir la terreur des fiers républicains qui m’écoutaient et que l’indépendance de mes opinions épouvantait ; ils frémissaient d’indignation et de frayeur au seul mot de liberté. M. Daru porta à Saint-Cloud le discours. Bonaparte déclara que s’il eût été prononcé, il aurait fait fermer les portes de l’Institut et m’aurait jeté dans un cul de basse-fosse pour le reste de ma vie [...] J’allai à Saint-Cloud, M. Daru me rendit le manuscrit cà et là déchiré, marqué ab irato de parenthèses et de traces au crayon par Bonaparte : l’ongle du lion était enfoncé partout, et j’avais une espèce de plaisir d’irritation à croire le sentir dans mon flanc. M. Daru ne me cacha point la colère de Napoléon [...] Le paragraphe commençant par ces mots : “M. de Chénier adora la liberté, etc.” avait une double rature longitudinale” (MOT).
Chateaubriand ne voulut pas réécrire son discours : “J’étais déterminé à faire entendre mes réclamations en faveur de la liberté et à élever ma voix contre la tyrannie ; je voulais m’expliquer sur les horreurs de 1793, exprimer mes regrets sur la famille tombée de nos rois, gémir sur les malheurs de ceux qui leur étaient restés fidèles” (ibid.) Napoléon en interdit l’impression, ce que mentionne cette édition sur la page de titre. Chateaubriand ne prononça donc jamais son discours de réception et ne put occuper son fauteuil qu’à la Restauration.
Si le manuscrit original de ce discours, d'après ce qu'affirme Chateaubriand dans les Mémoires d’outre-tombe, fut brûlé avec d'autres papiers au moment où il quitta l'Infirmerie Marie-Thérèse (1838), de nombreuses copies circulèrent. Chateaubriand se servit d'une de ces copies pour en reproduire le texte dans ses Mémoires. L’une d’entre elles est conservée à la Vallée-aux-Loups. Une édition clandestine (celle-ci) fut imprimée, un an avant l’édition autorisée. Toutes deux sont mutilées de certains passages du discours originel.
Catalogue Chateaubriand, 1996, n° 12 -- Mémoires d’outre-tombe, Livre XVIII, chapitre 8