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Lettre autographe à la duchesse de Duras
CETTE LETTRE APPARTIENT À L’ENSEMBLE CHATEAUBRIAND-DURAS.
LE FACE-À-FACE DE NAPOLEON ET DE CHATEAUBRIAND.
L'ACADÉMIE RÉSISTE À L'EMPEREUR ET REFUSE LE 13 FÉVRIER DE DÉCERNER UN PRIX À CHATEAUBRIAND POUR LE GÉNIE DU CHRISTIANISME, MAIS CE 8 FÉVRIER TOUT SEMBLE ENCORE POSSIBLE
1 page in-4, avec suscription : “À Madame Madame la Duchesse”
“La querelle est entre F[ontanes] et M. Re[g]nault de St Jean d'Angéli. Elle a été très violente, mais le résultat n'en sera que trop bon pour moi. C'est mercredi que tout cela sera décidé.
Je ne pourrai pas vous voir ce soir ; je travaille trop. Demain, entre 4 et 5 heures. Mon ennemie se moque de moi.
Vendredi”
En mars 1809, Napoléon avait laissé fusiller Armand de Chateaubriand, compagnon de jeu de François-René, accusé d'espionnage pour le compte de l'Angleterre. Chateaubriand en avait été ulcéré.
Napoléon entendait pourtant rallier à son régime les hommes de lettres tels que lui. Il avait créé en 1804 les fameux “prix décennaux”, très richement dotés, qui devaient être décernés le jour anniversaire du 18 Brumaire. Leur distribution devait commencer en 1811.
L’Institut est chargé de présenter des candidatures. Quand elle apporte à l’Empereur ses propositions, il s’indignera : “Le Génie du christianisme n’y figure point ?” Le ministre de l’Intérieur, Montalivet, adressa alors au directeur de la deuxième classe un ultimatum : “Sa majesté désire que soit convoquée la classe pour indiquer les motifs qui l’ont déterminée à garder le silence sur cet ouvrage.” On tenta de tergiverser, arguant que le Génie du christianisme n’étant ni un ouvrage de littérature, ni un ouvrage de philosophie générale, il n’entrait pas dans les catégories susceptibles d’être primées. Furieux de la résistance d’une académie qu’il avait restaurée, Napoléon exigea des explications motivées
L’Académie dut former une commission de cinq membres qui produisit un rapport relativement modéré mais critique, auquel furent ajoutées d’autres opinions d’académiciens, souvent plus hostiles, qui avaient été lues lors d’une séance secrète. Elle concluait, le 13 février 1811, que “l’ouvrage lui avait paru défectueux quant au fond et au plan”, à l'inverse donc de ce qu'espérait Chateaubriand. Mais elle constatait dans le même temps que “tel qu’il est, l’ouvrage lui paraissait mériter une distinction de Sa Majesté”. En dépit de la rédaction confuse des conclusions, on comprend que le Génie du christianisme ne pouvait prétendre à un prix décennal, mais que les académiciens avaient entendu le propos de Montalivet et que, soucieux de complaire à l’Empereur et à l’opinion publique, ils recommandaient volontiers l’ouvrage pour quelque autre récompense. Napoléon fut si peu satisfait de ce jugement de Salomon qu’il suggéra une solution radicale : l’Académie, qui se refusait à distinguer Chateaubriand par un prix, devrait l’accueillir dans ses rangs.
Correspondance générale, II, 474