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CHATEAUBRIAND, François-René de

Lettre autographe à la duchesse de Duras

Paris, 14 février 1820

CETTE LETTRE APPARTIENT À L’ENSEMBLE CHATEAUBRIAND-DURAS : 65 000 €

LA MORT DANS L'OREILLE : TOUT CHATEAUBRIAND EN QUATRE LIGNES.

ASSASSINAT DU DUC DE BERRY : "JE L'AI ENTENDU EXPIRER".

PRÉCIEUSE LETTRE ENVOYÉE DE L'OPÉRA À LA DUCHESSE DE DURAS : SORTE DE JOURNAL DES MÉMOIRES D'OUTRE-TOMBE COMME CERTAINS FRAGMENTS DE STENDHAL.

LA LETTRE PORTE LE CACHET AUX ARMES DE CHATEAUBRIAND, EN CIRE ROUGE, DONNÉES À SA FAMILLE PAR CONCESSION DE SAINT LOUIS

1 page in-8, avec suscription écrite à la hâte "Mde de Duras" et le cachet de cire rouge aux armes des Chateaubriand

“J'ai passé la nuit au lieu de la scène. J'ai tout vu. Je l'ai entendu expirer. J'irai vous voir, mais je n'en puis plus”

[entendu est souligné par Chateaubriand]

Cette très courte lettre, adressée à la duchesse de Duras depuis la scène même du drame (l'opéra), fait entrevoir l'intimité physique et incarnée - ici, par l'oreille - qui lie, chez Chateaubriand, l'histoire à la littérature. Ce document fulgurant, dans lequel François-René souligne le mot entendu puisque le râle a traversé la porte à laquelle il a collé son oreille, se retrouve comme transposé dans ce célèbre passage des Mémoires d'outre tombe.

“Je venais de me coucher le 13 février au soir, lorsque le marquis de Vibraye entra chez moi pour m'apprendre l'assassinat du duc de Berry. Dans sa précipitation, il ne me dit pas le lieu où s'était passé l'événement. Je me levai à la hâte et je montai dans la voiture de M. de Vibraye. Je fus surpris de voir le cocher prendre la rue de Richelieu, et plus étonné encore quand il nous arrêta à l'Opéra : la foule aux abords était immense. Nous montâmes, au milieu de deux haies de soldats, par la porte latérale à gauche, et, comme nous étions en habits de pairs, on nous laissa passer. Nous arrivâmes à une sorte de petite antichambre : cet espace était encombré de toutes les personnes du château. Je me faufilai jusqu'à la porte d'une loge et je me trouvai face à face de M. le duc d'Orléans. Je fus frappé d'une expression mal déguisée, jubilante, dans ses yeux, à travers la contenance contrite qu'il s'imposait ; il voyait de plus près le trône. Mes regards l'embarrassèrent; il quitta la place et me tourna le dos. On racontait autour de moi les détails du forfait, le nom de l'homme, les conjectures des divers participants à l'arrestation ; on était agité, affairé : les hommes aiment ce qui est spectacle, surtout la mort, quand cette mort est celle d'un grand. À chaque personne qui sortait du laboratoire ensanglanté, on demandait des nouvelles. On entendait le général A. de Girardin raconter qu'ayant été laissé pour mort sur le champ de bataille, il n'en était pas moins revenu de ses blessures : tel espérait et se consolait, tel s'affligeait. Bientôt le recueillement gagna la foule; le silence se fit ; de l'intérieur de la loge sortit un bruit sourd : je tenais l'oreille appliquée contre la porte ; je distinguai un râlement ; ce bruit cessa : la famille royale venait de recevoir le dernier soupir d'un petit-fils de Louis XIV ! J'entrai immédiatement.”

Chateaubriand écrit donc ici avoir été informé par le marquis de Vibraye. Mais on connaît un exemplaire des Mémoires... touchant la vie et la mort de S. A. R. le duc de Berry portant cette dédicace : "A. M. Denis Benoît qui m'a réveillé dans la nuit du 13 février pour m'apprendre l'assassinat de Mgr le duc de Berry". Denis de Benoist d'Azy était le fils du propriétaire de l'immeuble, 27 rue Saint-Dominique, dans lequel Chateaubriand habitait.

BIBLIOGRAPHIE : 

Correspondance générale, III, 1025