PHÉBUS, Gaston, comte de Foix, vicomte de Béarn, & LA BIGNE, Gace de

Des deduiz de la chasse des bestes sauvaiges et des oyseaux de proye

Paris, Jehan Trepperel, [ca 1507-1510]

LE PLUS GRAND TEXTE DE CHASSE JAMAIS ÉCRIT.

EXCEPTIONNEL EXEMPLAIRE EN RELIURE DE L’ÉPOQUE.

“AS RARE AS THE FIRST EDITION, OR RARER, AND A BEAUTIFUL BOOK” (SCHWERDT).

EXEMPLAIRE JEAN BLONDELET

Deuxième édition

In-folio (264 x 185 mm). Grand bois gravé sur la page de titre, marque de l’imprimeur au dernier feuillet, nombreuses initiales gravées sur bois. Caractères gothiques, texte sur deux colonnes, 46 lignes à la page
COLLATION : a-t6 u4 : 118 feuillets
CONTENU : a1r : titre, a2r : prologue, a3v : table, a5 : texte, i2v : le Roman des deduis, de Gace de la Bigne, u6r : colophon, u6v : marque de l’imprimeur
ILLUSTRATION : gravure sur bois à pleine page pour le titre et 32 gravures sur bois dans le texte reprenant celles de l’édition de Vérard (17 pour Phébus et 15 pour Gace).
TRANSCRIPTION : notes manuscrites de l’époque sur le feuillet de garde, nous transcrivons ligne par ligne : (1) faicte mecre le gros doit de la main ; (2) destre sur la douleur et mal et fere le ; (3) signe de la +, et puys mectre les deux ; 4) gros doitz des deux mains en + sur ledit ; (5) mal, le doit d'estoc desoubz la premiere ; (6) foy, et le gros doit de la gauche la  ; (7) segonde foy, et l'autre foy comme a la ; (8) première, qui font trois foy, et a chacune foy ; (9) dire 3 Pastrenostres et 3 Avé Maria, et chacune ; (10) des trois foy dire « pater est pax, filius est ; (11) vita, spiritus sanctus est recquyes » ; et sy la ; (12) poincte et douleur se muche (cf. ci-dessous : musse/mucie) suyvre, fere ; (13) ce que dit est jusques a trois foy.

RELIURE DE L’ÉPOQUE. Veau brun, décor à la rose estampé à froid, dos à nerfs orné, traces de lacets. Boîte moderne de maroquin vert
PROVENANCE : marquis de Monteynard (1713-1793 ; ex-libris ; cote manuscrite du château de Tencin sur la garde supérieure et coiffe) -- Jean Viardot (1924-2022) -- Jean Blondelet (ex-libris manuscrit) -- Hubert Lebaudy (ex-libris)
RARETÉ : J. Thiébaud connaissait quatre exemplaires de cette édition :

1. Celui de Marcel Jeanson en reliure du XIXe siècle (Monaco, 1 mars 1987, n° 466, 360 000 FF marteau). Il appartient aujourd’hui à R.-L. Frank. 
2. Celui d’Yves Burrus, qui était celui d’Ernest Daguin et de Fernand Colomb vendu par nos soins en 2024, était aussi en reliure du XIXe siècle (cf. Paris, 2024, n° 115, 114 000 €). 
3. Celui de Schwerdt en maroquin vert de Chambolle-Duru aux armes du baron Seillière
4. Celui de Huzard (Paris, 1842, II, n° 4860), relié par Trautz-Bauzonnet
5. Celui de Damascène Morgand relié en vélin (Bulletin Morgand, 1882, n° 1268)

Aucun exemplaire en reliure de l’époque des premières éditions du Phébus n’est passé à notre connaissance sur le marché internationnal depuis un siècle.

Pour ce qui est de l’édition antérieure du Phébus, chez Antoine Vérard, vers 1507 : l’exemplaire de la vente Du Verne avait été adjugé 519 000 € (Paris, 5 octobre 2016, n° 212). Un exemplaire en reliure de soie ocre du XVIIe siècle passa dans la vente J. Berger (Monaco, 2 juillet 1993) et aurait été vendu privément après l’enchère pour 950 000 FF. Il est aujourd’hui conservé dans la collection A. D.

Restauration dans la partie inférieure du feuillet L1, le manque du texte a été comblé par un fac-similé pour 25 lignes, pâles mouillures dans la partie supérieure de quelques feuillets, sans la coiffe inférieure

Le Livre de Chasse de Gaston Phébus (1331-1391), constitue avec le Livre du Roy Modus, “le plus ancien grand traité de vénerie écrit en français. Composé vers 1370, il fut avec Le Roy Modus le seul traité de chasse que purent consulter nos aïeux pendant près de deux siècles, jusqu’à la venue de Du Fouilloux” (Thiébaud). Il contribua à la constitution de la langue française, à la fois de manière poétique, politique et métaphysique puisque la définition d’un langage commun (toujours actuel), favorisait un art de vivre ensemble dans une verticalité rapprochant de Dieu : “bon veneur ne peult avoir nuls des septs pechez mortelz”.

“Je, Gaston [… ] me suis délecté spécialement de trois choses : les armes, l'amour et la chasse. Et comme pour les deux premières, il y a eu de bien meilleurs maîtres que moi, car de bien meilleurs chevaliers ont été que je ne suis, et bien des gens ont eu de plus belles aventures d'amour que je n'en eus, ce serait pour moi sottise d'en parler. Je néglige donc ces deux offices d'armes et d'amours, car ceux qui les voudront suivre comme il faut y apprendront mieux de fait que je ne le pourrais dire en paroles ; et c'est pourquoi je m'en tairai. C'est du troisième office, dont je doute d'avoir eu nul maître, si vaniteux que cela semble, que je voudrais parler, c'est-à-dire de la chasse” (feuillet A2).

Le comte de Foix prit ainsi le surnom de Phébus ou Phœbus pour renvoyer au dieu solaire Hélios et à Apollon. Ce “prince soleil” comme l’appela Jean Froissart construisit sa légende d’administrateur juste et d’habile diplomate alors que la guerre de Cent Ans ravageait la France. Son œuvre tirée de ses expériences, mais aussi d’une solide connaissance encyclopédique demeure un traité à la gloire des plaisirs de la nature et de la chasse. L’exercice et la recherche des vertus cynégétiques procureraient la paix aux Hommes ; comme une forme de catharsis des passions les plus violentes de la société. Tout l’art de la chasse y est enseigné à la première personne du singulier : les différentes races de chien de chasse, la façon de suivre une proie, ou encore le comportement des animaux. Ce dernier chapitre fut connu et parfois repris plus tard par Buffon (1707-1788) pour son Histoire naturelle. En revanche, “nulle place n’est réservée à la chasse au faucon pour laquelle Phébus n’aurait eu aucune estime” (En Français dans le texte).

Malgré cette œuvre abondante, la personnalité du comte de Foix fut assombrie par la répudiation de son épouse à la naissance de son fils légitime, puis du meurtre de celui-ci, accusé justement de comploter contre son père avec une puissance étrangère. Il l’assassina à Orthez d’un coup de couteau à la gorge. Phébus s’exila et écrivit alors son Livre des oraisons pour infléchir la miséricorde divine. Après un deuil de trois ans, il revint à Orthez pour rédiger son fameux Déduits de la chasse des bestes sauvaiges.

BIBLIOGRAPHIE : 

USTC 71082 -- Thiébaud, 730 -- J.-C. Brunet, Manuel du libraire IV, 598 -- Bulletin Morgand, 1895, n° 27768 -- Schwerdt, Hunting, Hawking, Shooting, II, 69-70 -- Bechtel, P-124 -- R.-L. Frank, De Futaie en folio, II, 186-191 -- pour la marque du typographe : L. C. Silvestre, Marques typographiques, n° 74 -- En Français dans le texte, n° 30 -- Bechtel, P-124

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