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[Mémoires d’outre-tombe]. [Fragment]. MANUSCRIT AUTOGRAPHE dit de “genèse”. (1) : Livres XXIII, chapitres XII à XVIII : Waterloo, abdication de Bonaparte ; (2) : Livres XXIV, chapitres I à VIII : Abandon général, jugement sur Bonaparte ; (3) : Livres XXIV, chapitres IX à XVI : Sainte-Hélène, maladie & mort de Napoléon
L’UN DES PLUS IMPORTANTS MANUSCRITS DE CRÉATION CONNUS;
CHATEAUBRIAND DÉTRUISIT TOUS SES BROUILLONS. IL EST DONC PRÉCIEUX DE POUVOIR COMME ICI RECONSTITUER LE PROCESSUS CRÉATIF DE L’ÉCRIVAIN ET COMPRENDRE LE CHANTIER DES MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE.
CE MANUSCRIT DES CENT-JOURS, VOLÉ À CHATEAUBRIAND PAR SON SECRÉTAIRE HYACINTHE PILORGE, EST L’ÉPICENTRE DES MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE : L’AUTEUR SE CONFRONTE À NAPOLÉON ET COMPOSE PARMI LES PAGES LES PLUS IMPORTANTES DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE.
PROVENANT DES ANCIENNES COLLECTIONS MAURICE CHALVET ET BERNARD MALLE
3 volumes in-4 (235 x 190mm). Nous donnons nos références dans l’ancienne édition de la Pléiade (en cours de renouvellement) ou dans notre édition du Livre de Poche (Paris, 1998)
COLLATION : 314 feuillets, fragments de feuillets ou béquets, tous numérotés à l’encre par Pilorge à partir du f° 6r qui est “2”, dont trois en bis
CONTENU : (vol. 1) : f° 1r : note de Maurice Chalvet sur papier bleu ; f° 2r : “je ne [me] mêle en rien [...] des affaires de Hyacinthe. Le pauvre garçon n’a pas plus fait sa fortune que moi. Mais c’est à moi qu’il faut s’adresser pour ce qui le regarde. Quant au Moïse, je m’en réfère à ce que j’ai cru [...] de mes anciens conseils et de mes lettres précédentes” ; f° 3r : début du chapitre XII du Livre XXIII : “On n’était point comme feu Thémistocle assis sur la cause en implorant l’hospitalité...
LISTE DES CHAPITRES DU MANUSCRIT :
(vol. 1) : Livre XXIII, ch. XII : Les Cent-Jours à Paris, ch. XIII : Suite des Cent-Jours. Soucis et amertumes de Bonaparte, ch. XIV : Résolution à Vienne. - Mouvement à Paris, ch. XV : Ce que nous faisons à Gand. - M. de Blacas, ch. XVI : Bataille de Waterloo, ch. XVII : Confusion à Gand. Quelle fut la bataille de Waterloo, ch. XVIII : Retour de l’Empereur... Nouvelle abdication de Bonaparte
(vol. 2) : Livre XXIV, ch. I : Bonaparte à la Malmaison. - Abandon général, ch. II : Départ de la Malmaison. Rambouillet. - Rochefort, ch. III : Bonaparte se réfugie sur la flotte anglaise. Il écrit au Prince Régent, ch. IV : Bonaparte sur le Bellérophon. - Acte qui confine Napoléon à Sainte-Hélène. Il passe sur le Northumberland et fait voile, ch. V : Jugement sur Bonaparte, ch. VI : Caractère de Bonaparte, ch. VII : Si Bonaparte nous a laissé en renommée, ce qu’il nous a ôté en force, ch. VIII : Inutilités des vérités ci-dessus exposées
(vol. 3) : Livres XXIV, ch. IX : Île de Sainte-Hélène. - Bonaparte traverse l’Atlantique, ch. X : Napoléon prend terre à Sainte-Hélène. - Son établissement à Longwood. - Précautions. - Vie à Longwood, ch. XI : Maladie de Bonaparte. - Rêveries de Napoléon à la vue de la mer. - Dernière occupation. - Il se couche et ne se relève plus. - Il dicte son testament (...) - Il reçoit les derniers sacrements. - Il expire, ch. XII : Funérailles, ch. XIII : Destruction du monde napoléonien, ch. XIV : Mes derniers rapports avec Bonaparte, ch. XV : Sainte-Hélène depuis la mort de Napoléon, ch. XVI : Exhumation de Bonaparte
RELIURES SOUPLES SIGNÉES DE LECA. Maroquin rouge, titres dorés sur les plats supérieurs, dos à la bradel. Entièrement montés sur onglets. Étui à triple compartiment
PROVENANCE : Hyacinthe Pilorge -- Jean Dupin, membre de la Société des Amis de Chateaubriand, qui céda ce manuscrit à -- Maurice Chalvet (1888-1982), fameux libraire qui fit relier le manuscrit par Leca. Il annote le manuscrit au crayon, précisant sur chaque feuillet les parties publiées dans l’édition de la Pléiade et les parties encore inédites aujourd’hui. Chalvet place une note à l’encre sur papier bleu là où un feuillet manquant est désigné comme présent à la Bibliothèque Publique et Universitaire de Genève -- Bernard Malle (1929-2008), acquis du précédent. Ce célèbre collectionneur corrige de son écriture au crayon au début du volume I : “sur le plat de la reliure, le titre porte par erreur XV au lieu de XII”
NOTE autographe de Maurice Chalvet placée en tête du premier cahier :
“Les chiffres inscrits au crayon renvoient au texte de La Pléiade, sans qu’il ait été toujours possible de le suivre à raison des changements considérables apportés à la rédaction de 1834. Les lacunes que présente le manuscrit sont plus apparentes que réelles, car le fil de la narration se trouve presque toujours dans les rédactions successives, ce qui est normal dans un manuscrit de création.
Depuis la cession de ce manuscrit par M. Jean Dupin, dix-huit feuillets ou fragments de feuillets y ont été réincorporés qui avaient été soustraits par des mains indignes.
Ce manuscrit, unique pour les XXIII et XXIV, est parvenu jusqu’à nous du fait de la désobéissance de Pilorge aux injonctions de Chateaubriand pour la destruction de ses brouillons.
Après avoir levé une copie sur des brouillons informes - dont il subsiste ici de nombreux exemples -, Pilorge pliait les feuilles en deux, les datait et les présentait à son maître pour des corrections. Les nouvelles feuilles recopiées à nouveau constituaient le manuscrit définitif, à une époque perdu, mais retrouvé par Pierre Berès et conservé maintenant à la BnF.
Le tableau ci-dessous montre les bouleversements apportés aux premiers développements de 1834. En effet, les pages transcrites par Pilorge le 14 mars ont été placées avant celles transcrites le 13, celles transcrites le 4 avril ont été placées avant celles transcrites le 20, et celles transcrites le 5 avril ont été placées avant celles transcrites le 5.
Pages 1 à 28 : transcrites le 14 mars [1834]. Pages 29 à 52 : transcrites le 31 mars [1834]. Pages 53 à 55 : transcrites le 13 mars [1834]. Pages 84 à 97 : transcrites le 19 avril [1834]. Pages 98 à 146 : transcrites le 20 avril [1834]. Pages 147 à 176 : transcrites le 4 avril [1834].
Le manuscrit a donc été rédigé entre le 13 mars et le 20 avril 1834
Maurice Chalvet
1971”
Le manuscrit des Mémoires d'outre-tombe ne fut jamais un manuscrit autographe continu. Les uniques témoignages des différentes phases, appelés manuscrits de genèse ou manuscrits de création, sont soit les manuscrits de travail provenant du larcin du secrétaire Hyacinthe Pilorge, soit l’ensemble tout aussi conséquent donné à Madame Récamier (aujourd’hui à la BnF). Le second ensemble est formé de minuscules fragments de diverses époques, éliminés en cours de route et retrouvés par hasard, ou, enfin, des copies anciennes, plus ou moins étendues, et sur lesquelles la proportion des interventions directes du mémorialiste est très variable et, en général, faible.
Très brève histoire des Mémoires d’outre-tombe, en suivant Jean-Claude Berchet :
Les Mémoires d'outre-tombe furent une entreprise de longue haleine qui a été conduite, de manière intermittente mais obstinée, à travers une vie entière. Sur le point de les conclure, le mémorialiste observe :
“J'ai commencé à écrire ces Mémoires à la Vallée-aux-Loups le 4 octobre 1811 ; j'achève de les relire en les corrigeant à Paris ce 25 septembre 1841 : voilà donc vingt-neuf ans, onze mois, vingt-et-un jours, que je tiens secrètement la plume en composant mes livres publics, au milieu de toutes les révolutions et de toutes les vicissitudes de mon existence.”
Ce “travail de trente années” et même davantage (puisqu'il continua de les retoucher jusqu'à la veille de sa mort) a néanmoins laissé peu de traces écrites, pour une raison très simple. Certes, Chateaubriand a été, comme Flaubert ou Proust, un écrivain perfectionniste, pour ne pas dire un maniaque de la correction ; en revanche, il a presque toujours eu soin de faire disparaître ses brouillons. Aucun fétichisme du premier jet chez ce professionnel de la littérature pour qui ne compte, en dernière instance, que le lecteur futur du texte imprimé, et qui, dans une perspective toute classique, privilégie le “produit fini” destiné au public.
Les rares manuscrits de genèse subsistants sont donc des “rescapés”. C'est dire leur importance. Ils nous font pénétrer pour ainsi dire par effraction sur le chantier des Mémoires.
“Loin de vouloir, comme certains, constituer lui-même les archives de son œuvre, Chateaubriand a tendance au contraire à supprimer les “avant-textes” (...) Aussi a-t-il délibérément éliminé ses brouillons au profit du texte imprimé, corrigé, parfait. Il souligne comme des exceptions les cas où il a conservé des manuscrits. On lit au début du manuscrit des Mémoires de ma vie : “Seule partie qui reste du 1er manuscrit de mes mémoires écrits de ma propre main. Tout le reste corrigé, raturé, a été brûlé après que Hyacinthe en a fait une copie complète. (Note écrite en 1840 au moment où j’achève de brûler tous mes papiers)”. Ce qu’on connaît aujourd’hui des manuscrits de Chateaubriand, on le doit surtout à des indélicatesses commises par son secrétaire Hyacinthe Pilorge. L’auteur en a donné aussi quelques-uns, à Mme Récamier notamment, qui nous ont été conservés” (notice de la BnF).
Les Mémoires de ma vie
La version la plus ancienne des Mémoires a pour titre : Mémoires de ma vie commencés en 1809. Dans cette autobiographie “intimiste” à la Rousseau, le mémorialiste retraçait une histoire complète de sa jeunesse jusqu'à la fin de son émigration en Angleterre. Des onze livres déjà rédigés lorsque ce travail fut interrompu en 1822, nous ne connaissons plus que les livres I, II et III, achevés en 1817. Ce récit de son enfance à Saint-Malo, de ses années de collège, enfin de son adolescence à Combourg, revêtait pour Chateaubriand une valeur particulière, à la fois personnelle et familiale. Il renonça donc à le détruire, mais inscrivit après coup sur la première page la note suivante :
“Seule partie qui me reste du 1er manuscrit de mes Mémoires écrit de ma propre main. Tout le reste, corrigé, raturé, a été brûlé après que Hyacinthe en a fait une copie complète (note écrite en 1840 au moment où j'achève de brûler tous mes papiers).”
Ces quelque trois cents feuillets recopiés de petit format oblong (environ 215 x 130 mm) furent partagés après sa mort entre les membres de sa famille, puis dispersés. Néanmoins, un nombre important de ces fragments a pu être retrouvé, puis répertorié au cours du XXe siècle.
Les Mémoires d'outre-tombe
Lorsque Chateaubriand, après la révolution de Juillet 1830, décida de reprendre la rédaction de ses Mémoires, ce fut dans une perspective élargie qu'il devait formuler dès le mois de juillet 1832 dans une “Préface testamentaire” : “Si j'étais destiné à vivre, je représenterais dans ma personne, représentée dans mes mémoires, les principes, les idées, les événements, les catastrophes de mon temps.” Après avoir retenu un nouveau titre plus approprié à ses nouvelles intentions, le mémorialiste commença (automne 1832) par récrire entièrement les Mémoires de ma vie qui vont devenir la première partie des Mémoires d'outre-tombe, au total douze livres. Il leur ajouta en 1833 six livres supplémentaires qui allaient former le noyau de la quatrième. Enfin, de 1836 à 1839, il compléta le « corps central » du monument (Empire et Restauration). Il ne lui restait plus à rédiger qu'une conclusion générale à laquelle il mettra le point final dans les dernières semaines de 1841.
Le manuscrit de 1845
Une circonstance imprévue (le rachat par Émile de Girardin à la Société propriétaire du droit de publier les Mémoires en feuilleton dans La Presse, son quotidien à succès, avant qu'ils ne paraissent en volumes) obligea en 1844 Chateaubriand à reprendre son manuscrit pour procéder à une relecture systématique. Secondé par son nouveau secrétaire Daniélo, il multiplia les corrections de forme, allant jusqu'à supprimer des séquences entières. Après cette révision, terminée au mois de février 1845, les Mémoires d'outre-tombe comprenaient encore une cinquantaine de livres, toujours regroupés en quatre parties. C'est alors que Daniélo en numérota de nouveau chaque feuillet pour établir une pagination continue : on arrivait ainsi à 4074 pages. Malgré le nom usuel de “manuscrit de 1845” qu'on a coutume de donner à ce manuscrit révisé, c'est en réalité la copie établie en 1840 par Pilorge, parfois demeurée intacte, parfois recomposée et souvent corrigée qui ont en général passé dans la version définitive.
La révision de 1846 puis l’entrée en scène des copistes
Au début de 1846, le mémorialiste se laissa persuader par son entourage qu'il fallait consentir à des sacrifices supplémentaires. Il procéda donc à une dernière révision qui entraîna cette fois une réduction importante du volume du texte, puisqu'il fut alors amputé de près de cinq cents pages. Furent successivement éliminés : le livre consacré à Madame Récamier dans la troisième partie, et dans la quatrième plus de la moitié du séjour à Venise, ainsi qu'un livre composite, rédigé à la demande du duc de Noailles, mais à vrai dire assez mal venu. Chateaubriand ne livra toutefois pas au feu son ancien manuscrit (la copie de Pilorge avec les corrections de 1845). Il en conserva au moins la quatrième partie dans sa totalité pour la donner à Madame Récamier ; il avait aussi tenu à lui offrir le dossier complet du livre qu'elle avait inspiré.
Entre-temps les copistes étaient entrés en action pour établir une triple copie du texte de cette nouvelle version, à peu près définitive. Une fois menée à bien la révision de 1846 les Mémoires d'outre-tombe avaient perdu un peu de leur substance, ainsi que les grandes lignes de leur architecture imposante ; mais en vérité, cette opération de dégraissage ne touchait à rien de très essentiel Cette copie de 1846 représente le dernier manuscrit que le mémorialiste a eu entre les mains, et qui servit de base à la première édition des Mémoires. C'est pourquoi on lui donne en général le nom de “manuscrit de 1848”. Il ne nous est parvenu que sous forme fragmentaire (sept livres sur quarante-deux).
C’est l’une de ces copies, augmentée des brouillons donnés à Madame Récamier ayant un trait proprement génétique, qui a pu être acquise par la Bibliothèque nationale de France, après être passée entre les mains de l’éditeur-collectionneur Édouard Champion puis dans celles de Pierre Berès. Il les vendit à la BnF en 2000 (cote NAF 26450-26458).
Mais si les différentes copies sont les manuscrits les plus complets que nous connaissions des Mémoires d’outre-tombe, l’appréhension de l’œuvre au travail, en revanche, se perçoit uniquement dans les manuscrits génétiques, ou de création, qui sont, de loin, les plus rares.
Le larcin de Hyacinthe Pilorge : les manuscrits de Genève et leur histoire
Le plus important manuscrit de genèse des Mémoires d’outre-tombe aujourd’hui connu, avec les brouillons Récamier, provient d’un heureux larcin perpétré par le premier secrétaire de Chateaubriand. Hyacinthe Pilorge (1795-1861) fut pendant vingt-cinq ans le principal artisan de la transcription des Mémoires d'outre-tombe. Il mettait au propre ce qu'écrivait ou dictait son patron. Chateaubriand pouvait ensuite relire et corriger le manuscrit. Pilorge, à la suite de ces corrections faisait parfois une nouvelle copie de mise au net. Il exécuta en 1840 la première copie intégrale des Mémoires d'outre-tombe (aujourd’hui conservée à la Bibliothèque nationale de France) qui représenta longtemps le texte de référence sur plus de quatre mille pages, regroupées par livres dans des chemises de carton, et où chaque feuillet pouvait être corrigé, déplacé ou remplacé à volonté. Pilorge était parfois le seul à pouvoir relire l’écriture chevrotante du vieux mage.
Pilorge avait reçu de son maître, parallèlement, la consigne de faire disparaître tous les brouillons de travail, brouillons génétiques et versions intermédiaires. Mais ces “rogatons” qu'on lui enjoignit alors de brûler faisaient la fierté de Hyacinthe : ce serait la preuve, plus tard, qu'il avait été le collaborateur, voire le confident, du plus grand écrivain français. Aussi ne voulut-il pas se séparer de presque six cents feuillets condamnés au feu appelés “manuscrit de Genève”. Sans en rien dire à personne, il les réserva, puis les emporta avec lui lorsqu'il fut congédié, au mois de juillet 1843, pour des raisons obscures, mais indépendantes de ce “larcin” que Chateaubriand semble avoir toujours ignoré. Ils dormaient oubliés dans un placard lorsqu'ils furent retrouvés par hasard dans une villa genevoise, en 1938.
Après de longues et difficiles tractations, ils finirent par être dispersés sur le marché des autographes au cours des années soixante, sans avoir pu être ni répertoriés ni collationnés dans leur intégralité. Exception faite de quelques simples fragments acquis par des institutions accessibles (fondation Bodmer, bibliothèques universitaires suisses ou américaines), la plus grande partie du “manuscrit de Genève” est retournée à la clandestinité dans de très particulières collections : celle des deux célèbres amateurs de Chateaubriand, successivement Maurice Chalvet puis Bernard Malle.
Chateaubriand et Napoléon
Dans ce manuscrit des Cent-Jours s’entrechoquent les événements et les hommes qui ont formé le grand théâtre de Chateaubriand. Louis XVIII et le proche entourage du Roi avec le favori Blacas croisent Talleyrand et Fouché dont les prochains destins de décident entre Mons, Cambrai et Saint-Ouen immédiatement après le désastre de Waterloo. Car le personnage central de ce manuscrit est bien Napoléon, Bonaparte dit-il plus souvent, auquel Chateaubriand fait ici face la plume et l’encre à la main. Lorsqu’il écrit ces lignes, Chateaubriand a sous les yeux ou près de lui la formidable Vie de Napoléon Buonaparte écrite par Walter Scott. Elle fut publiée en anglais en 1827 et connut un succès de polémique considérable en Europe.
Nous voudrions ici illustrer certains des passages les plus célèbres de ce texte en plaçant en dessous de l’image une brève transcription tirée de notre édition (Paris, Classiques Garnier, 1998). La comparaison de notre édition et de celle de la Pléïade fait apparaître de nombreuses omissions, manques et imprécisions par rapport au manuscrit originel.
1. Livre XXIII, ch. 12 : “Je vous fais voir l’envers des événements que l’histoire ne montre pas : l’histoire n’étale que l’endroit. Les Mémoires ont l’avantage de présenter l’un et l’autre côté du tissu : sous ce rapport, ils peignent mieux l’humanité complète en exposant, comme les tragédies de Shakespeare, les scènes basses et hautes”.
2. Livre XXIV, ch. 2 : “Moi qui crois à la légitimité des bienfaits et à la souveraineté du malheur, si j’avais servi Bonaparte, je ne l’aurais pas quitté ; je lui aurais prouvé par ma fidélité, la fausseté de ses principes politiques ; en partageant ses disgrâces, je serais resté auprès de lui, comme un démenti vivant de ses stériles doctrines et du peu de valeur du droit de la prospérité.”
3. Livre XXV, ch. 3 : deux versions de l’épisode de la lettre écrite par Napoléon au Prince Régent d’Angleterre lorsqu’il embarque sur le navire anglais nommé Bellérophon : “Altesse Royale, en butte aux factions qui divisent mon pays et à l’inimitié des grandes puissances de l’Europe, j’ai terminé ma carrière politique, et je viens comme Thémistocle, m’asseoir au foyer du peuple britannique. Je me mets sous la protection de ses lois, que je réclame de Votre Altesse Royale comme du plus puissant, du plus constant et du plus généreux de mes ennemis”. Dans une des versions copiée par Pilorge, Chateaubriand cite la lettre. Dans l’autre copie de Pilorge, cette fois corrigée, il la commente lourdement.
4. Livre XXIV, ch. 10 ; on trouve aussi deux versions du texte sur la traversée de l’océan Atlantique, dont certains passages furent empruntés à Humboldt : “la mer que Napoléon franchissait n’était point cette mer amie qui l’apporta des havres de la Corses, des sables d’Aboukir, des rochers de l’île d’Elbe aux rives de la Provence ; c’était cet océan ennemi, qui après l’avoir enfermé dans l’Allemagne, la France, le Portugal et l’Espagne, ne s’ouvrait devant sa course que pour se refermer derrière lui”
5. Livre XXIV, ch. 12 : superbe fin du livre XXIV qui, à une époque marquait avec le récit de la mort de Napoléon la fin des Mémoires d’outre-tombe, ce qui n’advint pas. ici, on trouve la première version, améliorée près de cinq fois, de la description de la tombe de Napoléon : “Dans une étroite vallée appelée la vallée de Slane ou du Géranium, maintenant du Tombeau, coule une source”...