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[Mémoires d'outre-tombe]. [Séjour à Venise. Évocation de Natalie de Noailles. Second voyage à Prague. Charles X et autres fragments].
TRÈS PRÉCIEUX MANUSCRIT DE CRÉATION DES MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE COMPORTANT D’IMPORTANTES RÉÉCRITURES ET INTERVENTIONS AUTOGRAPHES DE CHATEAUBRIAND.
HYACINTHE PILORGE, SECRÉTAIRE DE CHATEAUBRIAND, LE SAUVA ALORS QU’IL ÉTAIT DESTINÉ AU FEU, SUIVANT L’HABITUDE QU’AVAIT L’ÉCRIVAIN DE NE VOULOIR CONSERVER QUE LES MISES AU NET DESTINÉES À L’IMPRESSION.
CE MANUSCRIT GÉNÉTIQUE DES MÉMOIRES CONCERNE LES TRÈS BEAUX ET CÉLÈBRES PASSAGES SUR VENISE, L’ÉVOCATION DE NATALIE DE NOAILLES, LE VOYAGE À PRAGUE ET LA VISITE À CHARLES X
MANUSCRIT EN PARTIE AUTOGRAPHE
In-4 (254 x 209mm)
COLLATION : 53 pages ou fragments : copie manuscrite de Hyacinthe Pilorge réalisée entre 1834 et 1834 selon P. Clarac, à l’encre noire, du Livre XXXIX, chap. 5 au livre XLII, chap. 1. À l'opposé de ce manuscrit génétique de création datant de 1834-1835, le manuscrit Champion-Berès de la BnF a été copié vers 1845 par le secrétaire de Chateaubriand
PARTIE AUTOGRAPHE DE CHATEAUBRIAND : 3 pages entièrement autographes et près de cent cinquante phrases et corrections autographes ajoutées par l’écrivain sur les pages de cette copie de 1834-1835
NOTE autographe de Maurice Chalvet sur un feuillet libre, en tête du manuscrit :
“Ces fragments du séjour à Venise appartiennent au 40e livre des Mémoires d’outre-tombe. Chacun des présents feuillets a été remplacé par un autre mis tout à fait net dans le manuscrit définitif parce que Chateaubriand n’aimait pas qu’on puisse voir ses recherches de style comme elles apparaissent ici.
Maurice Levaillant ne les a pas connus. Pierre Clarac en a fait un excellent exposé dans le Bulletin Chateaubriand (n° 15, 1972, p. 39) où il met en évidence l’intérêt de ces pages pour l’étude de la création littéraire de Chateaubriand.
Au verso de chaque feuillet, j’ai porté au crayon le numéro de la page du manuscrit définitif (manuscrit Champion - nous : puis Pierre Berès et maintenant à la BnF) paginé par Daniélo en 1845, et chaque feuille correspond à ce manuscrit. On peut dire que depuis 1834, il n’y a jamais eu qu’un manuscrit mais sans cesse remanié de la sorte. Page 25 : numérotation au crayon. Le fameux passage sur Natalie de Noailles. C’est un document précieux. M. C. 1973”
CONTENU (les références proviennent de l’édition de Jean-Claude Berchet, Le Livre de poche, 1998. Nous citons l’incipit de chaque page et des passages qui ont retenu notre attention) :
SÉJOUR À VENISE
p. 1 : Livre XXIX, ch. 5, [Venise] : “qu’un beau climat est nécessaire. Il y a assez de civilisation à Venise pour que l’existence y trouve des délicatesses” (Berchet, IV, p. 392)
p. 2 : [Zanze] : “Sa mère logeait derrière l’académie des Beaux Arts, au palais Cicognara [...] j’allais prendre Antonio à l’auberge et nous partîmes en gondole” (Berchet, IV, p. 615)
p. 3 : [Zanze] : “Signor, si : tutti dottori, canonici, nobili [...] J’ai vu apparaître une femme plus petite encore que sa mère, un peu contrefaite, enceinte de sept ou huit mois, cheveux nattés, chaîne d’or au cou, épaules nues, grasses et très belles, yeux longs de couleur grise” (Berchet, IV, p. 617)
p. 4 : [Zanze] : “J’ai dit à Zanze qu’admirateur de M. Pellico, j’avais voulu voir une femme qui fut si bonne pour un pauvre prisonnier” (Berchet, IV, pp. 615-616)
pp. 5 et 6 : [Canova] : "chacun se réjouit intérieurement quand un homme de mérite vient à mourir : c'est un rival de moins [...] dans les auberges et jusque dans les chaumières des paysans de Lombardie vénitienne. Nous sommes loin de ce goût des arts, et de cet orgueil national” (Berchet, IV, p. 622)
p. 7 : [Saint-Pierre] : “rivage de Chypre. Prisonnière des palais, la gondole attend ta beauté à la porte secrète sur la mer” (Berchet, IV, p. 630)
p. 8 : [Un aqueduc] : “De l’extrémité orientale de Venise, je me fis conduire à l’extrémité opposée” (Berchet, IV, pp. 630-631, 4 lignes inédites)
p. 9 : [Dialogue avec una pescatrice : la porteuse d’eau] : “Dans ce moment Tonino, âgé de 10 à 12 ans, parut coiffé d’une calotte grecque rouge [...] Bientôt arriva une porteuse d’eau jouvencelle que j’avais déjà rencontrée à la citerne du palais ducal. Brune, vive, gaie, ayant sur sa tête un chapeau d’homme, mis en arrière et sous ce chapeau un bouquet de fleurs qui tombait sur son front avec ses cheveux. Sa main droite s’appuyait sur l’épaule d’un grand jeune homme avec lequel elle riait ; elle semblait lui dire, à la face de Dieu et à la barbe du genre humain : “je t’aime à la folie” (Berchet, IV, pp. 631-632, une ligne autographe de Chateaubriand)
p. 10 : [Neuf siècles de Venise] : “d’aborder la grande place aux trois cents belles femmes. J’en avais dit ce qu’Henry IV disait des filles d’honneur de Catherine de Médicis : “je n’ai point vu d’escadron plus périlleux” (Berchet, IV, pp. 633-634. 2 lignes autographes de Chateaubriand)
p. 11 : [Chute et fin de Venise] : “ses courtisanes et ses espions : son Doge, Géronte impuissant, renouvelait en vain ses noces avec l’Adriatique adultère” (Berchet, IV, pp. 636)
p. 12 : [Le Lido] : “Livre. Sixième partie. Venise du 10 septembre au [blanc]. Tous les lundis du mois de septembre, le peuple de Venise va boire et danser au Lido” (Berchet, IV, pp. 638-639)
p. 13 : “Les hommes qui ont des patries méditerranées [sic] ne les rencontrent plus quand ils les ont quittées. Nous autres, nés que nous sommes dans les vagues, avons une chance plus heureuse. Notre patrie, la mer, embrasse le globe ; nous la retrouvons partout. Elle semble nous suivre et s’exiler avec vous. Son visage et sa voix sont les mêmes en tout climat. Elle n’a point d’arbres et de vallons qui changent de forme et d’aspect. Seulement elle nous paraît plus triste, comme nous le sommes nous mêmes à des bords lointains et sous un autre soleil. Elle a l’air de nous dire : Suspends tes pas, comme je vais retirer mes flots et te rapporter dans mes bras à notre rivage” (Berchet, IV, p. 639, superbe page, entièrement autographe, 14 lignes)
pp. 14 et 15 : [Le Lido] : “Le Lido, isle longue et étroite, s’étend du Nord Est au Sud Ouest en face de Venise, et sépare les lagunes de l’Adriatique [...] De là Venise se développe aux yeux dans toute sa magnificence” (Berchet, IV, pp. 639-640)
pp. 16-18 : [Le Lido] : “elles furent ravies par les pirates de Trieste et délivrées par leurs parents de Venise [...] La pluie qui redoubla sépara ces bancs : saisi d’horreur je me jetai dans ma gondole pour regagner Venise [...] (qui tous sont en isle, tant d’hommes que de femmes, fort beaux et riches” (Berchet, IV, pp. 640-641, une ligne autographe de Chateaubriand)
p. 19 : “Goethe. Epigrammes. Venise 1790. Epigramme 8” (Berchet, IV, p. 642, un feuillet bleu pâle intercalé)
p. 20 : “La gondole portait des femmes qui chantaient des vers du Tasse [...] Tout change à tout moment et à toujours : je tourne la tête en arrière, et j’aperçois comme d’autres lagunes” (Berchet, IV, p. 642)
pp. 21-23 (becquet) : “À Tunis au lieu de cendriers d’albâtre dans le cimetière des hébreux, on aperçoit au clair de la lune des filles de Sion voilées” [...] “un faible vent rasant le sol, sifflait aridement dans ces plantes rigides [...] Rêverie au Lido” (Berchet, IV, pp. 644-645, une ligne autographe entière de Chateaubriand)
p. 24 : [Byron à Venise] : “Un grand vaisseau disparaissait à l’horizon [...] “J'adressai des paroles d'amour aux vagues, mes fidèles compagnes ; ainsi que de jeunes filles se tenant par la main dans une ronde, elles m'avaient entouré à ma naissance ; je plongeai mes mains dans la mer ; je portai à ma bouche son eau sacrée, sans en sentir l'amertume ; puis je me promenai au limbe des flots, écoutant leur bruit dolent, familier et doux à mon oreille. Je remplissais mes poches des coquillages dont les Vénitiennes se font des colliers” (Berchet, IV, pp. 645-646)
p. 25 : [Byron à Venise] : “où Byron enfant venait jouer, j’ai rêvé les ennuis de René et le vague de sa tristesse. J’ai vu la trace des premiers pas de Childe Harold’s sur la colline d’Harrow ; je rencontre les vestiges de ses premiers pas à l’une des stations de son pèlerinage [...] En 1806 au moment de périr sur la côte d’Afrique, j’enfermai dans une bouteille vide ce billet : F. A de Chateaubriand naufragé sur l’isle de Lampedousa le 26 Xbre 1806” (Berchet, IV, p. 647)
ÉVOCATION DE NATALIE DE NOAILLES.
p. 26 : [Fin du séjour à Venise] : “du repentir ? Une seule pensée m’absorbait. Je comptais avec impatience les moments. Du bord de mon navire, les regards attachés sur l’étoile du soir, je lui demandais des vents pour cingler plus vite, de la gloire pour me faire aimer : j’espérais en trouver à Sparte, à Sion, à Memphis, à Carthage et l’apporter à l’Alhambra. Comme le cœur me battait en abordant les côtes d’Espagne ! Aurait-on gardé mon souvenir ainsi que j’avais traversé mes épreuves. Le soleil les éclaire encore ; la raison que je conserve me les rappelle. Si je cueille à la dérobée un instant de bonheur, il est troublé par la mémoire de ces jours de séduction, d’enchantement et de délire. Venise ! quand je vous vis, un quart de siècle écoulé, vous êtiez sous l’emprise du grand homme, votre oppresseur et le mien. Une isle attendait sa tombe ; une isle est la vôtre. Vous dormez l’un et l’autre immortels dans vos Ste Hélène. Venise ! Nos destins ont été pareils : mes songes s’évanouissent à mesure que vos palais s’écroulent” (Berchet, IV, p. 648
SECONDE NOTE autographe de Maurice Chalvet sur un feuillet libre, en vis-à-vis de la page 26 (paginée 19 par Hyacinthe Pilorge) : “C’est dans cette page que figure le fameux passage sur Natalie de Noailles et la rencontre à l’Alhambra, “jours de séduction, d’enchantement et de délire”. Et c'est sur cette page même que Sainte-Beuve a copié le passage en question. MC”
PRAGUE ET CHARLES X
p. 27 : [Visites. Mr de Damas] : “Je ne fais point un reproche à M. de Damas de son exil et de son courage” (Un feuillet plus petit sur papier vergé, intercalé. 9 lignes autographes de Chateaubriand)
p. 28 : Charles X [titre de la main de Chateaubriand] : “J’ai souffert d’être aussi rude sur le compte de mon vieux Prince, mais je n’écris pas une petite relation sentimentale d’un voyage à Prague, j’écris l’histoire” (Un feuillet plus petit sur papier vergé, intercalé. Catalogue exposition BnF (1969, n° 651)
p. 29 : “doux quoique sujet à la colère, bon et tendre avec ses familiers bien qu’incapable de véritable attachement, aimable, léger, sans fiel [...] ayant plus d’imagination que d’esprit [...] pétri avec les préjugés de son siècle et de son rang [...] à une époque extraordinaire, homme de perdition, mais non de malheur.” (Sur le même feuillet, au verso de la page précédente. Page entièrement autographe de Chateaubriand).
p. 30 : [Charles X en exil] : “le spectacle d’un gouvernement despotique et militaire où la Schlagen est la Charte, et le Spielberg la chambre des députés”
pp. 31-32 : [Jugement sur les Bourbons] : “ce que la Révolution de Juillet lui a accordé. Une aristocratie bourgeoise s’est emparée du palais [...] ne veut porter que ses propres chaînes [...] Et voilà la plaie profonde, la plaie incurable !” (3 lignes autographes de Chateaubriand)
p. 33-34 : : [Jugement sur la duchesse de Berry] : “aux champs la chape de St Martin, ou l’oriflamme [...] Il y a dans son caractère quelque chose de bizarre, d’original et d’entraînant [...] Dans toute la famille des Bourbons il ne s’est rencontré qu’une femme : elle a eu les faiblesses de sa robe et le courage de son sang [...] Je rentrai avec une douce joie dans les habitudes de ma vie. À mon âge on n’a plus que des habitudes et des attachements sérieux. Je retrouvai mes vieux prêtres, le coin solitaire de mon jardin [...] mon boulevard d’Enfer, mon cimetière, mes chers Mémoires [...] les deux heures quotidiennes de l’Abbaye aux Bois. L’esprit ne se développe à l’aise que sous la protection du coeur : la bienveillance gracieuse et la haute supériorité d’une amitié sûre, font abonder les pensées”
SECOND VOYAGE À PRAGUE ET LA DUCHESSE DE BERRY
p. 35 : [Mon refus d’aller à Prague. Je cède sur un mot] : “M. de St Priest entrant dans ma chambre m’apporta la minute d’une lettre que S. A. R. [la duchesse de Berry] se proposait d’écrire et de me donner pour Charles X [...] Je courus chez la Princesse ; je renouvelai mes instances ; la mère de Henri V me dit : “Ne m’abandonnez pas” (Berchet, IV, p. 455, 3 lignes autographes de Chateaubriand)
pp. 36-38 : “que d’avoir laissé passer la duchesse de Berry ; on le regardait comme un niais, et peut-être lui ôterait-on sa place. Je craignais que quelque fine mouche de la police italienne, s’apercevant de la brioche du gouverneur, ne mît des obstacles au visa. Quand le délégué de Padoue vint chez moi, je lui trouvai une mine de secrétariat, un air de protocole, de formule de préfecture comme à un homme nourri aux administrations françaises. Cette capacité bureaucratique me fit trembler [...] Je proposai à S.A.R. de l’emmener déguisée à Prague et d’enlever à nous deux Henri V” (Berchet, IV, pp. 471-472)
pp. 39-41 : [Journal de Padoue à Prague] : “il était encore tout rempli de ses dérangements. Cette nièce de la princesse Bagration, autre injure des ans, est-elle encore aussi jolie qu’elle l’était à Rome en 1829 ? [...] Sur le livre de l’hôtel était écrit le nom de mon noble ami le Cte de Laferronais [...] mon compatriote à double titre puisqu’il est né en Bretagne et dans la même ville que moi [...] À Udine je pris la route de Villach ; je me rendais en Bohême par Salzbourg et Lintz [...] Je dormis presque toute la nuit, au bruit des torrents et je me réveillai au jour, le 22, au milieu des montagnes” (Berchet, IV, pp. 477-479)
p. 42 : “montagnes que celle que je franchis dans la nuit du 22 au 23 [...] Et pourtant ces remparts n’ont pas défendu l’Empire Romain [...] Des cascades descendaient de tous côtés, bondissaient sur des lits de pierre, comme les gaves des Pyrénées. Le chemin à peine tracé, passait dans des gorges qui n’avaient que la voie de la calèche” (Berchet, IV, pp. 479-480)
p. 43 : “envier quiconque voyage un peu commodément, se tenir sur la hanche prêt à olinder [ferrailler] contre tout porteur d’une redingote neuve ou d’une chemise blanche, voilà le signe caractéristique de l’indépendance nationale : bien entendu que nous passons nos jours dans les antichambres à solliciter une pension de quatre sous, et à essuyer toutes les rebuffades d’un manant parvenu [...] Le dernier rang des montagnes à traverser pour descendre dans la province de Salzbourg est très haut. Le Tauern a des glaciers ; son plateau ressemble à tous les plateaux des Alpes, mais plus particulièrement à celui du St Gothard. Sur ce plateau il y a un calvaire, consolation toujours prête, éternel refuge des infortunés. Autour de ce calvaire sont enterrés ceux qui périssent l’hiver au milieu des neiges. Les accidents doivent être assez fréquents, à en juger par le nombre de croix du cimetière. Ici les glaces de la mort reposent dans un asile glacé. Jamais monument n’a porté pLus haut dans le ciel les cendres de l’homme” (Berchet, IV, pp. 481-483,)
pp. 44-45 : “toutefois que je ne la quittai dans l’isle du lac des Florides. Jusqu’à Werfen, rien de nouveau ne me frappa, si ce n’est la manière dont on fait sécher les regains [...] L’Allemagne s’est voulu venger de l’humeur qui perce dans mes dernières observations [...] C’était la fête de St Rupert, patron de Saltzbourg ; les paysannes allaient au marché, parées à la façon de leur village : sur leur chevelure blonde et leur front blanc reposaient des espèces de casques d’or, ce qui seyait bien à des Germaines” (Berchet, IV, pp. 483-485)
pp. 46-47 : “Je lui préférai Vénus qui se leva à deux heures du matin le 25, aussi belle que je l’avais vue, lorsque je la suivais en l’implorant sur les mers de Grèce [...] À Linz, mon passeport fut visé sans difficulté. je passai le Danube à trois heures du matin [...] La fosse du mort dans le cimetière aura été comblée ; maintenant le décédé est mangé par quelques milliers de vers : il a eu l’honneur d’être homme” (Berchet, IV, pp. 486-488, 2 lignes autographes de Chateaubriand)
p. 48 : [Butschirad] : “Les Princes autrichiens ont leurs biens patrimoniaux en leur pays, et ne sont en Italie que des possesseurs viagers” (Berchet, IV, p. 494)
p. 49- : [Conversation avec le Dauphin] : “Je me trouvai libre à trois heures ; on dînait à six. Ne sachant que devenir, je me promenais dans les allées de pommiers, dignes de la Normandie” (Berchet, IV, p. 497-498)
pp. 50-51 : “tout d’un coup, au milieu d’un profond silence, M. le Dauphin se mit à traduire à haute voix ce passage du Times [...] Le Roi parti, M. de Blacas me dit : “vous devriez venir à Leoben avec nous” [...] Lorsqu’il me tomba dans l’esprit qu’en allant à Leoben, je pourrais devenir le favori d’une des deux puissances et me trouver lié de destinées avec elle, je frémis de la tête aux pieds. la poste ne me semblait pas assez prompte pour m’éloigner de mes honneurs possibles : l’ombre de la fortune me fait trembler, comme l’ombre du cheval de Richard faisait trembler les Philistins [...] Ceux qui arrivaient dans Prague n’avaient rien perdu de leur caractère français : un Légitimiste et un Républicain, politique à part, sont les mêmes hommes” (Berchet, IV, pp. 500-501)
LOUIS-PHILIPPE
p. 52 : [Politique générale du moment. Louis-Philippe] : “Un échafaud élevé entre un peuple et un roi les empêche à jamais de se voir et de se reconnaître. Un crime d’État est non seulement un crime, mais c’est une révolution ; la plaie faite par ce crime ne se referme point” (Berchet, IV, p. 516, 4 lignes autographes de Chateaubriand)
p. 53 : “La légitimité n’est plus ni un sentiment, ni un dogme ; c’est un sentiment [...] Louis XVIII et Charles X, dira-t-on, étaient moins connus de la France en 1814 que ne le serait Henry V en 1840”
RELIURE SOUPLE SIGNÉE DE LECA. Maroquin rouge, titre doré sur le plat supérieur, encadrement d’un filet doré, dos à la bradel, entièrement monté sur onglets. Étui
PROVENANCE : Hyacinthe Pilorge -- Jean Dupin, membre de la Société des Amis de Chateaubriand, qui céda ce manuscrit à -- Maurice Chalvet (1888-1982), fameux libraire qui le fit relier par Leca. Il annote le manuscrit au crayon, précisant sur chaque feuillet les parties publiées dans l’édition de la Pléiade et les parties encore inédites aujourd’hui. Chalvet place une note à l’encre sur papier bleu là où un feuillet manquant est désigné comme présent à la Bibliothèque Publique et Universitaire de Genève -- Bernard Malle (1929-2008 ; cachet), acquis du précédent (vendu avec son certificat de libre circulation)
EXPOSITION : Catalogue BnF (1969, n° 651)
Le manuscrit des Mémoires d'outre-tombe ne fut jamais un manuscrit autographe continu. Les uniques témoignages des différentes phases, appelés manuscrits de genèse ou manuscrits de création, sont soit les manuscrits de travail provenant du larcin du secrétaire Hyacinthe Pilorge, soit l’ensemble tout aussi conséquent donné à Madame Récamier (aujourd’hui à la BnF). Le second groupe est formé de minuscules fragments de diverses époques, éliminés en cours de route et retrouvés par hasard, ou, enfin, des copies anciennes, plus ou moins étendues, et sur lesquelles la proportion des interventions directes du mémorialiste est très variable et, en général, faible.
Très brève histoire des Mémoires d’outre-tombe, en suivant Jean-Claude Berchet :
Les Mémoires d'outre-tombe furent une entreprise de longue haleine qui a été conduite, de manière intermittente mais obstinée, à travers une vie entière. Sur le point de les conclure, le mémorialiste observe :
“J'ai commencé à écrire ces Mémoires à la Vallée-aux-Loups le 4 octobre 1811 ; j'achève de les relire en les corrigeant à Paris ce 25 septembre 1841 : voilà donc vingt-neuf ans, onze mois, vingt-et-un jours, que je tiens secrètement la plume en composant mes livres publics, au milieu de toutes les révolutions et de toutes les vicissitudes de mon existence.”
Ce “travail de trente années” et même davantage (puisqu'il continua de les retoucher jusqu'à la veille de sa mort) a néanmoins laissé peu de traces écrites, pour une raison très simple. Certes, Chateaubriand a été, comme Flaubert ou Proust, un écrivain perfectionniste, pour ne pas dire un maniaque de la correction ; en revanche, il a presque toujours eu soin de faire disparaître ses brouillons. Aucun fétichisme du premier jet chez ce professionnel de la littérature pour qui ne compte, en dernière instance, que le lecteur futur du texte imprimé, et qui, dans une perspective toute classique, privilégie le “produit fini” destiné au public.
Les rares manuscrits de genèse subsistants sont donc des “rescapés”. C'est dire leur importance. Ils nous font pénétrer pour ainsi dire par effraction sur le chantier des Mémoires.
“Loin de vouloir, comme certains, constituer lui-même les archives de son œuvre, Chateaubriand a tendance au contraire à supprimer les “avant-textes” (...) Aussi a-t-il délibérément éliminé ses brouillons au profit du texte imprimé, corrigé, parfait. Il souligne comme des exceptions les cas où il a conservé des manuscrits. On lit au début du manuscrit des Mémoires de ma vie : “Seule partie qui reste du 1er manuscrit de mes mémoires écrits de ma propre main. Tout le reste corrigé, raturé, a été brûlé après que Hyacinthe en a fait une copie complète. (Note écrite en 1840 au moment où j’achève de brûler tous mes papiers)”. Ce qu’on connaît aujourd’hui des manuscrits de Chateaubriand, on le doit surtout à des indélicatesses commises par son secrétaire Hyacinthe Pilorge. L’auteur en a donné aussi quelques-uns, à Mme Récamier notamment, qui nous ont été conservés” (notice de la BnF).
Les Mémoires de ma vie
La version la plus ancienne des Mémoires a pour titre : Mémoires de ma vie commencés en 1809. Dans cette autobiographie “intimiste” à la Rousseau, le mémorialiste retraçait une histoire complète de sa jeunesse jusqu'à la fin de son émigration en Angleterre. Des onze livres déjà rédigés lorsque ce travail fut interrompu en 1822, nous ne connaissons plus que les livres I, II et III, achevés en 1817. Ce récit de son enfance à Saint-Malo, de ses années de collège, enfin de son adolescence à Combourg, revêtait pour Chateaubriand une valeur particulière, à la fois personnelle et familiale. Il renonça donc à le détruire, mais inscrivit après coup sur la première page la note suivante :
“Seule partie qui me reste du 1er manuscrit de mes Mémoires écrit de ma propre main. Tout le reste, corrigé, raturé, a été brûlé après que Hyacinthe en a fait une copie complète (note écrite en 1840 au moment où j'achève de brûler tous mes papiers).”
Ces quelque trois cents feuillets recopiés de petit format oblong (environ 215 x 130 mm) furent partagés après sa mort entre les membres de sa famille, puis dispersés. Néanmoins, un nombre important de ces fragments a pu être retrouvé, puis répertorié au cours du XXe siècle.
Les Mémoires d'outre-tombe
Lorsque Chateaubriand, après la révolution de Juillet 1830, décida de reprendre la rédaction de ses Mémoires, ce fut dans une perspective élargie qu'il devait formuler dès le mois de juillet 1832 dans une “Préface testamentaire” : “Si j'étais destiné à vivre, je représenterais dans ma personne, représentée dans mes mémoires, les principes, les idées, les événements, les catastrophes de mon temps.” Après avoir retenu un nouveau titre plus approprié à ses nouvelles intentions, le mémorialiste commença (automne 1832) par récrire entièrement les Mémoires de ma vie qui vont devenir la première partie des Mémoires d'outre-tombe, au total douze livres. Il leur ajouta en 1833 six livres supplémentaires qui allaient former le noyau de la quatrième. Enfin, de 1836 à 1839, il compléta le « corps central » du monument (Empire et Restauration). Il ne lui restait plus à rédiger qu'une conclusion générale à laquelle il mettra le point final dans les dernières semaines de 1841.
Le manuscrit de 1845
Une circonstance imprévue (le rachat par Émile de Girardin à la Société propriétaire du droit de publier les Mémoires en feuilleton dans La Presse, son quotidien à succès, avant qu'ils ne paraissent en volumes) obligea en 1844 Chateaubriand à reprendre son manuscrit pour procéder à une relecture systématique. Secondé par son nouveau secrétaire Daniélo, il multiplia les corrections de forme, allant jusqu'à supprimer des séquences entières. Après cette révision, terminée au mois de février 1845, les Mémoires d'outre-tombe comprenaient encore une cinquantaine de livres, toujours regroupés en quatre parties. C'est alors que Daniélo en numérota de nouveau chaque feuillet pour établir une pagination continue : on arrivait ainsi à 4074 pages. Malgré le nom usuel de “manuscrit de 1845” qu'on a coutume de donner à ce manuscrit révisé, c'est en réalité la copie établie en 1840 par Pilorge, parfois demeurée intacte, parfois recomposée et souvent corrigée qui ont en général passé dans la version définitive.
La révision de 1846 puis l’entrée en scène des copistes
Au début de 1846, le mémorialiste se laissa persuader par son entourage qu'il fallait consentir à des sacrifices supplémentaires. Il procéda donc à une dernière révision qui entraîna cette fois une réduction importante du volume du texte, puisqu'il fut alors amputé de près de cinq cents pages. Furent successivement éliminés : le livre consacré à Madame Récamier dans la troisième partie, et dans la quatrième plus de la moitié du séjour à Venise, ainsi qu'un livre composite, rédigé à la demande du duc de Noailles, mais à vrai dire assez mal venu. Chateaubriand ne livra toutefois pas au feu son ancien manuscrit (la copie de Pilorge avec les corrections de 1845). Il en conserva au moins la quatrième partie dans sa totalité pour la donner à Madame Récamier ; il avait aussi tenu à lui offrir le dossier complet du livre qu'elle avait inspiré.
Entre-temps les copistes étaient entrés en action pour établir une triple copie du texte de cette nouvelle version, à peu près définitive. Une fois menée à bien la révision de 1846 les Mémoires d'outre-tombe avaient perdu un peu de leur substance, ainsi que les grandes lignes de leur architecture imposante ; mais en vérité, cette opération de dégraissage ne touchait à rien de très essentiel Cette copie de 1846 représente le dernier manuscrit que le mémorialiste a eu entre les mains, et qui servit de base à la première édition des Mémoires. C'est pourquoi on lui donne en général le nom de “manuscrit de 1848”. Il ne nous est parvenu que sous forme fragmentaire (sept livres sur quarante-deux).
C’est l’une de ces copies, augmentée des brouillons donnés à Madame Récamier ayant un trait proprement génétique, qui a pu être acquise par la Bibliothèque nationale de France, après être passée entre les mains de l’éditeur-collectionneur Édouard Champion puis dans celles de Pierre Berès. Il les vendit à la BnF en 2000 (cote NAF 26450-26458).
Mais si les différentes copies sont les manuscrits les plus complets que nous connaissions des Mémoires d’outre-tombe, l’appréhension de l’œuvre au travail, en revanche, se perçoit uniquement dans les manuscrits génétiques, ou de création, qui sont, de loin, les plus rares.
Le larcin de Hyacinthe Pilorge : les manuscrits de Genève et leur histoire
Le plus important manuscrit de genèse des Mémoires d’outre-tombe aujourd’hui connu, avec les brouillons Récamier, provient d’un heureux larcin perpétré par le premier secrétaire de Chateaubriand. Hyacinthe Pilorge (1795-1861) fut pendant vingt-cinq ans le principal artisan de la transcription des Mémoires d'outre-tombe. Il mettait au propre ce qu'écrivait ou dictait son patron. Chateaubriand pouvait ensuite relire et corriger le manuscrit. Pilorge, à la suite de ces corrections faisait parfois une nouvelle copie de mise au net. Il exécuta en 1840 la première copie intégrale des Mémoires d'outre-tombe (aujourd’hui conservée à la Bibliothèque nationale de France) qui représenta longtemps le texte de référence sur plus de quatre mille pages, regroupées par livres dans des chemises de carton, et où chaque feuillet pouvait être corrigé, déplacé ou remplacé à volonté. Pilorge était parfois le seul à pouvoir relire l’écriture chevrotante du vieux mage.
Pilorge avait reçu de son maître, parallèlement, la consigne de faire disparaître tous les brouillons de travail, brouillons génétiques et versions intermédiaires. Mais ces “rogatons” qu'on lui enjoignit alors de brûler faisaient la fierté de Hyacinthe : ce serait la preuve, plus tard, qu'il avait été le collaborateur, voire le confident, du plus grand écrivain français. Aussi ne voulut-il pas se séparer de presque six cents feuillets condamnés au feu appelés “manuscrit de Genève”. Sans en rien dire à personne, il les réserva, puis les emporta avec lui lorsqu'il fut congédié, au mois de juillet 1843, pour des raisons obscures, mais indépendantes de ce “larcin” que Chateaubriand semble avoir toujours ignoré.
Ce manuscrit de genèse : Venise-Natalie de Noailles-Prague
En juin 1833, Chateaubriand achève son premier séjour à Prague et rentre à Paris. En août de la même année, la duchesse de Berry lui donne rendez-vous à Venise (Chateaubriand s’y était déjà rendu une première fois presque trente ans auparavant, en 1806). Il y arrive le 10 septembre et passe une semaine à visiter la ville. Ce séjour donne lieu à des pages parmi les plus belles des Mémoire d’outre-tombe. Chateaubriand retrouve, au contact de la lagune, le souvenir de Saint-Malo. Le 17 septembre 1833, il part pour Ferrare où l’attend la duchesse de Berry qui a changé le lieu de leur rencontre. Le 26 septembre, Chateaubriand retourne à Prague. Le 6 octobre, il retrouve la rue d’Enfer.
Le séjour à Venise de septembre 1833 concernent vingt-trois pages de ce manuscrit, soit près de la moitié. La mythologie de la mer, propre à Chateaubriand, s’y exprime pleinement : “Ma joie et ma tristesse furent grandes quand je découvris la mer. Je passai deux heures entières dans un état de plaisir et de douleur dont on ne se peut faire une idée.” L’autre moitié du manuscrit a trait aux deux séjours à Prague, à Charles X et à ce que les Mémoires intituleront “la politique générale du moment”.
Pierre Clarac souligne, tout au long de l’étude qu’il consacre à ce manuscrit (1972), l’importance de ces pages qui “montrent l’écrivain au travail, éclairent chez lui le mystère de la création littéraire”. Après un relevé exhaustif des variantes entre ce manuscrit de Genève (1833) et le manuscrit Champion (1845), Clarac souligne les nombreux passages qui auront disparu d’un manuscrit à l’autre ; parmi les plus importants, la page essentielle consacrée à Natalie de Noailles, supprimée parce que Chateaubriand y avouait avoir effectué son voyage à Jérusalem non pas pour des raisons religieuses mais pour impressionner la jeune femme : “la page la plus précieuse de celles qui dans le manuscrit de Genève ont trait à Venise. Elle apporte une solution définitive à un problème qui a fait longtemps l’objets de discussions passionnées”. Cette page, en même temps, permet de dater la copie de Pilorge.
Sainte-Beuve eut accès à ce manuscrit de création, au début du printemps 1834, alors que des lectures en étaient faites chez Madame Récamier à l’Abbaye-aux-Bois. Il projetait d’écrire un article sur les Mémoires en cours. :
“Sainte-Beuve obtint de Chateaubriand l’autorisation de consulter, sans doute rue d’Enfer même, le manuscrit des Mémoires et d’en recopier des passages qu’il pourrait être amené à citer. Il découvre alors dans le livre sur Venise, tout récemment composé, quelques lignes étonnantes où Chateaubriand déclarait qu’au cours de son voyage aux Lieux Saints “une seule pensée” très profane l’absorbait. Ce qu’il allait chercher en Orient c’était “de la gloire pour se faire aimer”. Il était tout à celle qu’il devait retrouver à Grenade” (Clarac)
Un article qu’il préparait sur les Mémoires devait paraître le 15 avril 1834 dans la Revue des Deux Mondes. Or Sainte-Beuve citait dans son article ce passage évoquant Natalie de Noailles sans qu’on en retrouve trace dans les manuscrits connus, jusqu’à la découverte de ce manuscrit de Genève. En 1900 encore, un certain abbé Bertrin dans sa thèse sur La Sincérité religieuse de Chateaubriand soupçonnait Sainte-Beuve d’avoir inventé ces pensées peu religieuses de Chateaubriand, alors qu'elles étaient bien réelles.
Sainte-Beuve a bien eu cette page du manuscrit entre les mains. Une note si reconnaissable de Maurice Chalvet, sur papier bleu, le rappelle, à la suite de l’étude Clarac. Elle est placée en vis-à-vis de la page du manuscrit numérotée 19 par Pilorge.
Ce manuscrit de Genève conserve donc le premier jet de Chateaubriand, l’écriture la plus spontanée avant une autocensure visant à réduire et adoucir certains passages dans lesquels l’écrivain jugeait trop se dévoiler :
“c’est celle-là même sur laquelle Sainte-Beuve a copié le passage qu’il a si souvent cité […] Pour ce qui est de l’histoire du passage, on voit bien ce qui s’est passé. Chateaubriand l’a rédigé à la fin 1833 ou au début 1834. Pilorge l’a recopié ; Chateaubriand l’a revu. Plus tard, peut-être vers 1840, Chateaubriand en a rédigé une version raccourcie et moins explicite, celle du manuscrit Champion qui a remplacé celle du manuscrit de Genève. Enfin, lorsque, peu avant la mort de Chateaubriand, le livre consacré à Venise a été abrégé des deux tiers, cette version adoucie elle-même a été retirée du texte destiné à l’impression” (Clarac).
Les manuscrits de Genève dormaient oubliés dans un placard lorsqu'ils furent retrouvés par hasard dans une villa genevoise, en 1938. Après de longues et difficiles tractations, ils finirent par être dispersés sur le marché des autographes au cours des années soixante, sans avoir pu être ni répertoriés ni collationnés dans leur intégralité. Exception faite de quelques simples fragments acquis par des institutions accessibles (fondation Bodmer, bibliothèques universitaires suisses ou américaines), la plus grande partie du “manuscrit de Genève” est retournée à la clandestinité dans de très particulières collections : celle des deux célèbres amateurs de Chateaubriand, successivement Maurice Chalvet puis Bernard Malle. Un de ces deux manuscrits, appelé le “manuscrit des Cent jours” fut très récemment acquis par une institution américaine. Ce manuscrit en partie autographe de Venise et de Prague constitue donc, dans les allers-retours de sa création, l’un des rares et importants manuscrits génétiques du chef-d’œuvre de Chateaubriand encore aujourd’hui conservé en mains privées.
ce manuscrit a été étudié par Pierre Clarac dans le Bulletin de la Société Chateaubriand, 1972, n° 15, pp. 31-41