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MAURIAC, François

De quelques cœurs inquiets. Petits essais de psychologie religieuse

Paris, Société littéraire de France, 1920

ENVOI DE FRANÇOIS MAURIAC À MARCEL PROUST

ÉDITION ORIGINALE

In-12 (165 x 124mm)

ENVOI (à l'encre brune, sur le faux-titre) :

À Marcel Proust,

en témoigage de ma vive admiration

et de ma sympathie.

F. Mauriac

BROCHÉ. Non rogné, partiellement coupé. Chemise, étui

François Mauriac et Proust se rencontrent en février 1918 chez Madame Alphonse Daudet, assez tardivement alors qu’ils fréquentent les mêmes amis, Lucien Daudet, Anna de Noailles, Barrès, Cocteau et Jacques-Émile Blanche. Mauriac est depuis longtemps un grand lecteur de Proust : "Dès les premières lignes de cette préface [Sésame et les lys, 1906], je me sentis sur la frontière d’un pays inconnu. Si je possède un exemplaire du premier tirage de Du côté de chez Swann, c’est qu’à peine eus-je déchiffré le nom de Proust dans les vitrines d’un libraire, je me hâtais d’acquérir le livre" (Du côté de chez Proust, p. 276). Quand ils se rencontrent, Proust apparaît à Mauriac "plutôt petit, cambré dans un habit très ajusté, les épais cheveux noirs ombrageant des pupilles dilatées, semblait-il, par les drogues. Il arrêta sur moi un œil nocturne dont la fixité m’intimidait" (ibid, p. 246). Proust écrit à leur ami commun Jacques Truelle l’avoir trouvé "charmant" (lettre du 4 février 1918). Il lui fera l’année suivante "une confidence sur une méthode de travail", en lui révélant l’importance, dans l’architecture d’ensemble d’À la Recherche du temps perdu, de la scène de Montjouvain, "colonne au chapiteau obscène" et symbole de Gomorrhe.

En 1920, Mauriac publie une étude consacrée à ses écrivains préférés. Ce sera ce livre : De quelques cœurs inquiets. Il envoie un exemplaire à Proust, lequel lui répond, le 9 juillet :

"Cher Monsieur, Merci pour votre livre ravissant qui frappe également par la force et par la liberté du sentiment religieux [… ] Mais aussi pour défendre Beyle que de liberté, et célébrer vos chers poètes."

Les seules pages coupées de l'exemplaire sont justement celles consacrées à Baudelaire (pp. 52 à 61) et Stendhal (pp. 101-109) que Proust a manifestement lues. Il est remarquable que Proust intitulera le dernier chapitre de Sodome et Gomorrhe II, (1922) "Les Intermittences du cœur", comme un écho à ces Quelques cœurs inquiets.

Après l'envoi de cet exemplaire, Mauriac écrit une préface à l'extrait du Côté de Guermantes II que publie La Revue hebdomadaire (le 26 février 1921) : "Qu’il ne soit plus, à propos de cette œuvre, parlé d’immoralité. Son art a l’indifférence du soleil : tout est tiré de l’ombre, et même ce qu’avant lui nul n’osait nommer". Proust reçoit aussitôt Mauriac à dîner dans sa chambre rue Hamelin. Il lui dédicace un exemplaire des Plaisirs et les Jours. Quelques jours après la parution de l’article de Mauriac, il écrit à Jacques Boulenger, directeur de L’Opinion : "il a tâché de me servir préventivement de bouclier contre les attaques qui ne manqueront pas, je pense, de se produire, à l’occasion de mon prochain livre intitulé Guermantes II-Sodome et Gomorrhe I. Il dit notamment qu’avec moi la question de moralité et d’immoralité n’a pas à se poser. J’aurais été très content que l’on citât ce jugement de lui" (lettre du 5 mars 1921).

BIBLIOGRAPHIE : 

Kolb, Correspondance de Marcel Proust, XIX, p. 354 -- Dictionnaire Marcel Proust, Paris, 2004, article de Nathalie Mauriac Dyer, p. 599 -- François Mauriac, Du Côté de chez Proust, Paris, 1947 -- sur la notion d'inquiétude, cf. Jean Deprun, La Philosophie de l'inquiétude en France au XVIIIe siècle, Paris, 1979